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28/02/19 | 12 h 55 min par Gao Feng / Traduction France Tibet

Le Royaume-Uni demande l’évaluation des Instituts Confucius

Le Parti Conservateur majoritaire en Grande Bretagne a signalé que le réseau chinois d’Instituts Confucius souvent implantés sur les campus universitaires du monde entier, pourrait constituer une menace pour la liberté d’expression et la sécurité nationale dans la mesure où il étend la présence et l’influence du Parti Communiste Chinois bien au-delà de ses frontières.

La Commission des Droits Humains du Parti Conservateur a recommandé un réexamen de tous les accords passés entre les institutions britanniques et les Instituts Confucius, en arguant du fait que les centres culturels et éducatifs de Pékin ont d’ores et déjà été à l’origine de mesures de censure ou de refus de débats.

« Les témoignages que nous avons reçus soulèvent de graves questions quant à l’influence que les Instituts Confucius pourraient avoir dans les écoles et les universités britanniques, » a déclaré la député Fiona Bruce, présidente de la Commission.

« Nous accueillons et encourageons l’enseignement des langues et les échanges culturels, mais sommes convaincus qu’une enquête est indispensable pour déterminer si les Instituts Confucius constituent ou non une menace pour la liberté pédagogique, la liberté d’expression, ainsi que d’autres droits fondamentaux et surtout la sécurité nationale, » a indiqué Mme Bruce dans une déclaration publiée sur le site de la Commission.

Le rapport préconise un gel de tous les accords à venir avec les Instituts Confucius tant que l’enquête réclamée sera en cours, ainsi que la prise de mesures visant à assurer une transparence et une responsabilité accrues vis-à-vis des institutions britanniques et du public en général.

La Chine continue d’étendre son “soft power” dans le monde au moyen d’une quantité de stratégies soigneusement programmées, incluant les Instituts Confucius et les Associations d’Etudiants et d’Universitaires Chinois (CSSA) soutenues par le gouvernement sur les campus du monde entier, ont alerté les universitaires.

A première vue, les Instituts Confucius pourraient apparaître comme des répliques du British Council, de l’Institut Goethe ou de l’Alliance Française, mais leur menace potentielle sur la liberté pédagogique réside essentiellement dans le fait qu’elles sont fondées en dehors des universités, assurent des professeurs d’université américains.

Et alors que leurs contreparties européennes se conforment aux objectifs du « soft power » et des programmes nationaux, les Instituts Confucius en réfèrent au Hanban, un organisme placé sous le contrôle direct du Ministère Chinois de l’Education, qui a sa propre antenne du Parti.

 

Menaces sur la démocratie

La semaine dernière, les sénateurs américains Mark Rubio et Catherine Cortez Masto ont réintroduit un texte de loi visant à contrecarrer les opérations d’influence du gouvernement chinois sr le sol américain.

« Notre fonctionnement démocratique est de plus en plus l’objet d’attaques émanant de gouvernements autoritaires, » a déclaré Cortez Masto. « Il nous faut bien comprendre ces menaces pour les combattre efficacement. »

« Ce projet de loi bipartite va provoquer une prise de conscience quant aux menaces d’interférence que le gouvernement chinois fait planer sur les sociétés démocratiques du monde entier, tout en préparant nos gouvernements à mettre en place des solutions politiques pour protéger notre fonctionnement politique et notre sécurité nationale, » a-t-elle déclaré.

Bruce Lui, chargé de l’enseignement en journalisme à l’Université de Hong Kong, a dit que les Instituts Confucius font partie de la stratégie d’influence et de l’effort de propagande chinois.

«  Ils … veulent normaliser le modèle de dictature à parti unique du Parti Communiste Chinois, sous couvert de l’enseignement de la langue chinoise, » a déclaré M. Lui. « La valeur essentielle de la liberté de parole et de la presse réside dans le fait qu’elle permet à des voix différentes de s’exprimer. »

L’enquête cite l’ancien pape de la propagande du Parti Communiste Chinois Li Changchun, qui a décrit les Instituts Confucius comme « des rouages essentiels du dispositif international de propagande de la Chine, » et Xu Lin, directeur général de l’Hanban, qui a déclaré : « les Instituts Confucius… sont une partie importante du soft power. Et c’est parce que nous voulons étendre nos influences que nous ne le nions pas. »

Renforcer le contrôle

 

Zhang Tao, chargé de cours sur les media et les communications à l’Université Trent de Nottingham, affirme que les Instituts Confucius « permettent aux autorités chinoises de renforcer leur contrôle sur l’enseignement de la culture et de la langue chinoises.»

« Depuis son organisation et sa fondation jusqu’aux livres de cours et au personnel enseignant, les Instituts Confucius sont une émanation du système éducatif chinois, sous le contrôle direct de l’état [chinois], et avec les mêmes rôles idéologique et de propagande que les écoles et universités chinoises, » déclare encore Zao dans cet article.

L’article évoque aussi la rupture des contrats d’un certain nombre d’Instituts Confucius avec des universités du monde entier.

Au moins 27 universités et un conseil scolaire ont rompu avec les Instituts Confucius, parmi lesquels l’université de Stockholm, L’Ecole de Commerce de Copenhague, L’Université des Media de Stuttgart, l’université de Hohenheim, la faculté de Lyon, l’université de Chicago, l’université de Pennsylvanie, l’université du Michigan, l’université McMaster, le Conseil Scolaire de Toronto, a déclaré la Commission dans un rapport.

Le rapport, basé sur des témoignages d’universitaires, d’anciens diplomates, de défenseurs des droits humains et de chercheurs, souligne le refus des Instituts Confucius d’aborder les questions du massacre de Tiananmen en 1989, du Tibet, et de Taïwan.
Conseil d’écoute sur le soft power chinois, émission de Frédéric Martel :