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05/10/15 | 14 h 03 min

Zhong Jinhua : « Les avocats chinois vivent dans la peur »

Zhong Jinhua, ancien juge au Tribunal Populaire Intermédiaire de Wenzhou dans la province chinoise de Zhejiang, devenu avocat pour échapper aux interférences politiques, est arrivé le mois dernier aux États-Unis avec sa famille.

Son arrivée, le 4 septembre 2015, coïncide avec l’opération nationale, ayant pour cible les avocats des droits de l’ Homme à travers tout le pays. Cette opération a donné lieu à des centaines de détentions  dont beaucoup dans des lieux tenus secrets depuis l’arrestation de Wang Yu, grand avocat des droits de l’Homme à Pékin  et de ses collègues au cabinet juridique Fengrui dans la nuit du 9 juillet.

Zhong nous informe, par Radio Free Asia, que les mesures de répression n’affectent plus seulement les avocats en charge de cas politiquement sensibles mais toute la profession.

« La majorité des avocats vivent aujourd’hui dans la peur des « conversations » forcées avec les autorités, depuis l’arrestation de plus de 200 avocats. » témoigne Zhing. « Une telle action est sans précédent.»

« Dans de telles circonstances, de nombreuses voix à travers toute la société chinoise ont été réduites au silence, ainsi que des défendeurs des droits de l’Homme » déclare Zhong qui prévoyait initialement de prendre un vol pour les États-Unis le 11 août, avec sa femme et ses deux enfants, avant que les gardes frontières ne les renvoient à l’aéroport international de Pudong à Shanghai et ne les forcent à subir une fouille corporelle.

Selon le Chinese Human Rights Lawyers Concern Group – CHRLCG – basé à Hong Kong, au moins 288 avocats, membres de cabinets juridiques, activistes des droits de l’ Homme et membres de leurs familles ont été arrêtés, interrogés par la police, interdits de quitter le territoire, placés sous surveillance à domicile ou ont tout simplement disparus.

Alors que depuis, 255 personnes ont été relâchées, les autres restent sous surveillance ou ont été placées en détention criminelle, annonçait le CHRLCG lors d’une déclaration sur son site Internet vendredi dernier.

Cependant, selon Zhong, beaucoup d’avocats continuent de se battre pour leurs droits et ceux de leurs clients.

« Ce n’est vraiment pas facile, car ils peuvent être arrêtés, battus ou envoyés en prison à n’importe quel moment» affirme Zhong.

Il déclare qu’il a quitté la Chine car il ne voyait aucun relâchement dans cette politique de répression.

« Cela ne va pas cesser en 1 ou 2 ans »pense-t- il.

Ingérences gouvernementales

Zhong, qui en 2012 menaçait publiquement de démissionner du Parti Communiste Chinois – PCC – si ce dernier ne mettait pas en œuvre des réformes politiques, déclare qu’il avait constaté une ingérence politique et personnelle constante dans les cas qu’il présidait durant son mandat de juge.

« Les cas soi-disant sensibles devraient être transmis à un Comité de Détermination de Peine puis transmis de nouveau à la Commission des affaires légales » déclare Zhong.

Il déclare également que ces dernières années, le système judiciaire chinois a été surtout utilisé comme outil par le Parti au pouvoir pour maintenir le contrôle .

Cela signifie qu’il y a dans ce domaine très peu de surveillance, comme la police, les poursuites et les tribunaux se prêtent au jeu.

Zhong affirme qu’il n’a jamais envisagé de quitter la Chine, qu’il est aujourd’hui aux États-Unis en tant que touriste, sans savoir trop quoi faire par la suite.

Mais ses amis lui conseillent de ne pas revenir, de peur qu’il soit immédiatement arrêté.

Zhong nous apprend que le manque d’indépendance de la justice chinoise l’a incité à quitter son emploi de juge pour devenir avocat, avant d’être entraîné dans ces dernières répressions.

« En Chine, vous ne pouvez pas vraiment prendre position, parce que vous devez penser à votre famille », déclare Zhong à RFA.

«Il y a toujours cette peur là-bas, particulièrement depuis cette importante opération contre les avocats qui a commencé le 9 juillet, lorsque des personnes qui avaient seulement tweeté quelques phrases ont été convoquées pour des entretiens obligatoires avec la police chargée d’assurer la sécurité de l’Etat.

«La police chargée d’assurer la sécurité de l’Etat est venue frapper à ma porte le 14 juillet.»

Traduction France Tibet