Un homme, souvent en larmes, exposant ses fautes et demandant pardon aux téléspectateurs : on croyait les désagréables séances d’autocritique passées de mode avec la fin de la Révolution culturelle. Mais depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, en 2013, la vieille pratique maoïste a repris du service. Dernière en date, mardi soir, celle de Peter Dahlin, Suédois employé par une ONG qui se présente comme spécialisée dans l’assistance aux défenseurs des droits de l’homme en difficulté, Chinese Urgent Action Working Group.

Deux semaines après avoir été arrêté alors qu’il s’apprêtait à embarquer pour la Thaïlande depuis Pékin, l’homme de 35 ans est apparu dans un journal télévisé de la chaîne CCTV, assurant en anglais «avoir violé la loi chinoise par ses activités» dans le pays et «blessé les sentiments du peuple chinois». Accusé de «mise en danger de la sécurité de l’Etat», chef d’accusation très grave, il assure s’«excuser sincèrement» et avoir «été traité de façon juste».

Extrait du journal télévisé CCTV mis en ligne par l’ONG Hong Kong Free Press)

Au même moment, l’agence de presse officielle Chine Nouvelle publiait une dépêche en anglais expliquant que «les autorités chinoises avaient démantelé une organisation illégale qui parrainait des activités menaçant la sécurité nationale», que l’ONG, «non enregistrée sur le continent chinois» et qui recevait «d’énormes sommes d’argent de sept organisations étrangères», avait «formé des « avocats » et des pétitionnaires pour rassembler, déformer, exagérer et même fabriquer des informations négatives sur la Chine».

L’ambassadeur européen à Pékin s’est dit mercredi «profondément préoccupé» par cette affaire mettant en cause un ressortissant de l’Union, deux jours après une autre vidéo de confession troublante d’un autre citoyen suédois, Gui Minhai, éditeur de livres critiques sur le pouvoir chinois, qui avait mystérieusement disparu depuis trois mois.

Cet épisode survient dans un contexte de répression accrue des avocats et défenseurs chinois des droits humains, mais aussi d’incidents répétés impliquant des étrangers. Fin décembre, l’expulsion de la correspondante de l’hebdomadaire français l’Obs avait suscité une vive émotion. Et mardi, Londres a réitéré sa demande d’éclaircissements aux autorités chinoises sur le cas d’un autre éditeur de HongKong, Lee Bo, détenteur de la double nationalité sino-britannique, détenu sur le continent chinois dans des circonstances très floues.

Par Laurence DEFRANOUX