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16/10/15 | 14 h 14 min

L’Inde s’ inquiète de la mise en exploitation, par la Chine, du plus grand barrage sur le Yarlung Tsangpo

zangmu-dam

La Chine a déclaré ce mardi 13 octobre que le plus grand barrage hydroélectrique sur le fleuve Yarlung Tsanpo (Brahmaputre) au Tibet occupé était devenu opérationnel le 12 octobre et commence à produire de l’énergie. La centrale hydroélectrique très controversée de Zam est construite à Gyaca (tibétain: Gyatsa) dans la préfecture de Shannan (Lhokha). La Chine avait auparavant nié que le barrage soit construit jusqu’à ce que des images satellites aient révélé la construction du barrage, quasiment finalisé.

La Chine a ensuite cherché à apaiser les inquiétudes de l’Inde en indiquant que le barrage n’affectera ou n’interférera pas avec le débit du fleuve. Mais en Inde, la peur que ces projets de barrage deviennent une arme chinoise pour contrôler l’eau de l’Asie demeure une principale source de tensions au même titre que les intrusions frontalières fréquentes ; ces barrages  pourrait devenir source de conflit entre les deux pays.

Construit par le groupe Chine Gezhouba basé à Wuhan, le projet à 9,6 milliards de yuan (environ 1,5 milliard de dollars) produira 2,5 milliards de kilowattheures chaque année,  indiquait, ce 13 octobre 2015, la China’s official Xinhua news agency .

« Il permettra d’atténuer la pénurie d’électricité au Tibet central et valorisera le développement énergétique de la région.»  déclarait la société chargée des travaux.

Le projet, situé à 140 kilomètres de la capitale du Tibet, Lhassa, est détenu et exploité par le groupe China Huaneng géré par l’Etat, l’un des cinq plus grands conglomérats de Chine.

Carte-barrage

En aval de l’Inde, où la rivière est appelée le Brahmapoutre, et ce malgré les assurances de la Chine, les peurs demeurent que le barrage soit utilisé pour perturber l’approvisionnement en eau. Le barrage soulève également les préoccupations de l’Inde sur la capacité de la Chine à libérer de l’eau en période de conflit,  ce qui pourrait poser un grave risque d’inondations, a déclaré le rapport du site businessinsider.in le 13 octobre.

Le groupe inter-ministériel d’experts indiens (IMEG) réuni sur ce sujet avait indiqué en 2013 que trois des barrages avaient été construits sur le cours supérieur du fleuve et avait appelé à davantage de surveillance compte-tenu de leur impact sur l’écoulement des eaux en aval. Ces spécialistes avaient précisé que trois barrages (Jiexu, Zangmu et Jiacha) étaient tous à moins de 25 km les uns des autres et à 550 km de la frontière indienne.

Côté tibétain, la ministre tibétaine des Affaires étrangères Kalon Dickyi Choeyang a également soulevé des préoccupations concernant l’absence d’enquête sur la construction du barrage et sa légalité : «Les ONG, les experts de l’environnement et d’éminentes personnalités, ne cessent de nous indiquer que la destruction de l’environnement du plateau tibétain s’accélère. »

« Le Tibet est la source principale des fleuves de l’Asie. Par conséquent, il est important que tous les pays voisins puissent prendre part sérieusement à la question de la construction de ces barrages. Si nous laissons faire, nous allons tous devoir faire face à de graves conséquences dans l’avenir « .

Lobsang Yangtso,  Tibétaine actuellement en doctorat à la prestigieuse Jawaharlal Nehru University en Inde, estime que le manque d’analyse du site du barrage par des experts étrangers fait qu’il est difficile de prédire les conséquences de ce gigantesque ouvrage sur le Brahmapoutre.

« La Chine considère que ces questions sont très sensibles comme le sont celles des exploitations minières et ne permettent donc pas aux experts et aux universitaires de se rendre sur les barrages pour examiner le site. En ce moment nous ne disposons que des informations données par le Gouvernement chinois « , indique-t-elle. Ces informations étant plutôt associées à de la propagande nationaliste, il est difficile d’y trouver de vrais éléments qui soient des sources d’analyse pour les chercheurs.

Lobsang Yangtso a ajouté que sa principale préoccupation demeure la possibilité de tremblements de terre en raison de constructions massives sur le fleuve. Nous avons beaucoup de cas récents de tremblements de terre dans la région. Si un tremblement de terre se produisait et que des ruptures de barrages aient lieu, ce sont les populations installées en aval qui vont courir un grand risque.

De nombreux experts et hydrologues ont exprimé leurs préoccupations d’autant que le barrage de Zangmu n’est pas le seul barrage prévu par Pékin. Selon Tashi Tsering, un expert sur le sujet, la Chine projette de construire six barrages sur le fleuve. Yang Yong, un hydrologue chinois indique de son côté que la Chine envisage 11 barrages sur ce fleuve.

 Ces 6 ou 11 barrages représentent de vastes constructions qui peuvent conduire à des catastrophes comme le glissement de terrain au Tibet en 2000, qui avait créé un amoncellement de boue et de roches sur le cours du Brahmapoutre. Pendant trois mois un lac s’était formé et son effondrement avait provoqué une inondation massive tuant des centaines de personnes au Tibet et en Inde.

Traduction France Tibet

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http://www.chinedirect.net/2015/10/14/un-barrage-construit-par-la-chine-au-tibet-seme-la-controverse/