Depuis jeudi, la Chine partage avec l’Allemagne nazie le triste privilège d’avoir laissé mourir en détention un Prix Nobel de la paix. Carl von Ossietzky, écrivain pacifiste allemand, est décédé d’une tuberculose dans un hôpital de Berlin en 1938. Liu Xiaobo, intellectuel démocrate chinois, a succombé à un cancer du foie à l’hôpital de Shenyang en 2017. Tous deux s’étaient vu décerner le prix du Comité d’Oslo après une lourde condamnation pour trahison ou subversion de leur Etat. Tous deux avaient bénéficié d’une campagne internationale pour leur libération. Tous deux sont morts aux mains de leurs geôliers, inflexibles, jusqu’au bout.

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La comparaison entre le IIIe Reich et la République populaire de Chine a bien sûr ses limites. On pourrait même dire que tout oppose ces deux régimes. Sauf une chose: la dictature d’un parti unique et l’élimination systématique des mal-pensants. Liu Xiaobo n’était ni un terroriste, ni un sécessionniste, ni un extrémiste. Il se disait simplement dissident politique. Sa mort lamentable – il souffrait depuis des années d’une hépatite probablement mal soignée – doit nous alerter sur la véritable nature du pouvoir chinois.

Risque calculé de Pékin

Six mois après la tournée triomphale de Xi Jinping en Suisse, et l’euphorie qu’elle a déclenchée, il est encore temps de tempérer notre jugement. S’il est heureux que Pékin se réclame d’un ordre économique libéral (comme il l’a fait à Davos), s’il est remarquable que le secrétaire général du Parti communiste chinois célèbre l’action du CICR au sein de l’ONU (comme il l’a dit à Genève), il n’en est pas moins à la tête d’un système qui continue de broyer les individus et de restreindre les libertés fondamentales.

 Berne a proposé en vain d’accueillir Liu Xiaobo

La disparition de Liu Xiaobo est une catastrophe pour les militants chinois des droits de l’homme. Ce pourrait aussi être un désastre pour l’image des communistes, à trois mois d’un congrès du parti qui doit consolider la voie des réformes économiques et sociales prônées par Xi Jinping. Le secrétaire général a jugé qu’il pouvait aujourd’hui prendre le risque de bâillonner un poète jusque dans sa tombe au vu de l’ascendant économique de la Chine sur la scène internationale.

Pression internationale

Il est dès lors d’autant plus important que des grands pays comme l’Allemagne condamnent fermement l’attitude de Pékin (contrairement au silence complice de Donald Trump et d’Emmanuel Macron hier en conférence de presse à Paris). Il est tout aussi significatif que de plus petits pays comme la Suisse, se prévalant de bonnes relations avec la Chine, fassent entendre leur voix.

Berne – qui a proposé en vain d’envoyer des médecins au chevet de Liu Xiaobo et de l’accueillir en Suisse – doit aujourd’hui exercer toute son influence pour obtenir la libération de Liu Xia, la veuve du martyr. Les Chinois, qui verront un jour l’avènement des libertés défendues par leur Prix Nobel de la paix, en seront reconnaissants.

Image : Liu Xiaobo photographié près de son appartement. Pékin, 2004. 

© Frédéric Koller
Publié jeudi 13 juillet 2017 à 20:59, modifié jeudi 13 juillet 2017 à 21:00.