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17/02/16 | 14 h 27 min

« Liu Xiaobo Plaza »: Colère de Pékin contre le projet de loi des sénateurs américains pour le changement d’adresse …

Plaza

Un projet de «Place Liu Xiaobo» à Washington insulte Pékin

Un projet de «place Liu Xiaobo» à Washington insulte Pékin

Des manifestants chinois pro-démocratie marchent à Tokyo avec une photo de Liu Xiaobo, le 1er juin 2014. Photo Toru Yamanaka / AFP

Agence France-Presse 

PÉKIN, Chine – Pékin a vivement fustigé mardi un projet de loi du Sénat américain visant à rebaptiser la portion de rue de Washington où se trouve l’ambassade de Chine, pour lui donner le nom du dissident chinois emprisonné Liu Xiaobo, prix Nobel de la Paix.Le singulier projet de loi, adopté vendredi par le Sénat, a été introduit par le sénateur républicain Ted Cruz, candidat ultra-conservateur à la Maison Blanche.

S’il se concrétisait, la nouvelle adresse de l’ambassade de Chine aux États-Unis serait désormais le «numéro 1, Liu Xiaobo Plaza».

«Si ce texte devenait une loi (effective), cela aurait de graves conséquences», a averti mardi Hong Lei, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

Le projet du Sénat américain «contrevient aux normes de base des relations internationales», a-t-il fulminé, lors d’une conférence de presse régulière.

«Nous demandons aux sénateurs américains de cesser de promouvoir cette proposition de loi, et nous espérons que le gouvernement américain saura mettre un terme à cette farce politique», a ajouté M. Hong.

Une commission de la Chambre des représentants est en train d’étudier une proposition de loi similaire à celle du Sénat. Si la Chambre l’adopte, il faudra la signature du Président américain Barack Obama pour lui donner force de loi.

L’écrivain et intellectuel dissident Liu Xiaobo purge depuis 2009 une peine de 11 ans de réclusion pour «subversion», après avoir corédigé un texte prônant la démocratie en Chine, la Charte 08. Il s’était vu décerner en 2010 le prix Nobel de la Paix.

L’affaire avait déjà fait l’objet dimanche d’un éditorial du quotidien officiel chinois Global Times, qui avait qualifié l’initiative sénatoriale de «futile».

«Cette apparente provocation visait à susciter la fureur de la Chine, à nous déstabiliser. Mais au fond, ce n’est pas grand chose», a-t-il raillé, fustigeant des «élites américaines étroites d’esprit».

«Les États-Unis ne savent plus quoi faire dans leurs relations avec la Chine, et comme ils sont réticents à recourir à des menaces militaires ou des sanctions économiques, la seule option pour Washington reste ces petites actions mesquines pour déranger la Chine», a insisté le journal, lié au Parti communiste.

«Cela ne change pas le fait que Liu a mis en danger la sécurité nationale de la Chine et a été emprisonné» pour son «crime», ajoutait le Global Times.

Sous la direction du président Xi Jinping, le régime communiste a drastiquement renforcé la répression des voix dissidentes, avec l’arrestation de dizaines d’activistes, avocats et intellectuels.

Pékin a vivement critiqué ce mardi un projet de loi du Sénat américain visant à rebaptiser la rue où se trouve l’ambassade de Chine à Washington, du nom du prix Nobel de la paix chinois emprisonné, Liu Xiaobo. Une idée « ridicule » selon le pouvoir chinois. Pour le coup, on n’est pas loin d’être d’accord.

 

Le projet est qualifié de « futile » et « dérisoire » par la presse officielle chinoise, ce qui forcement conduit ces mêmes journaux à en faire des tartines. Or en réalité, l’idée de renommer la rue desservant l’ambassade de Chine à Washington n’a rien de nouveau. En juin 2014 déjà, un amendement allant dans ce sens avait été proposé à la chambre des représentants par le Républicain Frank Rudolph Wolf. Ce changement d’adresse est évidement vécu comme une provocation par Pékin. Passer du « 3503, International Plaza » aujourd’hui,  au « 1, Place Liu Xiaobo » demain, constitue en effet une piqure plus que douloureuse pour le régime communiste.

Courriers au nom d’un « criminel »

Alors que le nom de Liu Xiaobo est totalement banni des médias et des réseaux sociaux en Chine, imaginer que tous les courriers adressés aux diplomates de la deuxième économie du monde puissent porter le nom de l’ennemi numéro un du pouvoir chinois fait sourire certains défenseurs des libertés. Pour avoir signé la« charte 08 » réclamant le respect de la liberté d’expression inscrit dans la constitution chinoise, l’écrivain et intellectuel Liu Xiaobo est enfermé dans une prison de la province du Liaoning dans le nord-est de la Chine depuis 2009. Le pouvoir l’accuse de « subversion« , un terme régulièrement employé à l’encontre des dissidents. Pour les autorités chinoises, si la loi proposée par le sénateur républicain Ted Cruze est adoptée, cela reviendrait  à donner un nom de« criminel » à une rue de Washington. « Si ce texte devenait une loi (effective), cela aurait de graves conséquences » a menacé ce mardi Hong Lei. « Nous espérons que le gouvernement américain saura mettre un terme à cette farce politique » a poursuivi le porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères dans des propos rapportés par l’AFP.

Cette guerre des boites aux lettres à donné des idées aux lecteurs du très nationaliste Global Times à Pékin. Le journal proche du Parti communiste chinois a lui aussi condamné l’initiative des sénateurs américains. Au bas de l’éditorial dimanche, les commentateurs se déchainent et suggèrent de rebaptiser la rue de l’ambassade des Etats-Unis à Pékin, qui est aussi celle de l’ambassade de France et de l’ambassade d’Israel, rue ‘Edward Joseph Snowden’ du nom du transfuge de la CIA qui a révélé l’existence de programme de masse destinés à surveiller les Américains et les Britanniques. Dautres suggèrent le nom de Bradley -Chelsea- Manning, ancien analyste de l’armée américaine à l’origine des fuites de Wikileaks sur l’engagement américain en Afghanistan et en Irak, voir celui de Monica Lewisky. Et le quotidien anglophone de conclure : « Cette apparente provocation visee à susciter la fureur de la Chine, à nous destabiliser. Mais au fond ce n’est pas grand chose. Les Etats-Unis ont beaucoup de mal à respecter les règles et à respecter les autres« , cela en raison « d’élites américaines étroites d’esprit. »  

Un air de « révolution culturelle » et de « guerre froide »

Cette bataille des noms de rues remonte à la révolution culturelle notent nos confrères américains. Les gardes rouges avaient alors rebaptisé la rue de l’ambassade d’URSS à Pékin « rue de l’opposition au révisionnisme ». La voie d’accès à l’ancien quartier des légations près de la place Tiananmen avait elle été renommée « rue des anti-impérialistes ». Même inspiration pour Hong-Kong, devenue « la ville d’où il faut expulser les impérialistes ». Après le procès de la bande des quatre évidemment, les panneaux révolutionnaires ont été enlevés et les rues ont retrouvé leur nom d’antan. Un autre précédent marquant remonte à la « guerre froide », quand la rue de l’ambassade soviétique à Washington a changé de nom. En 1984, les service municipaux l’ont rebaptisé Andrei Sakharov du nom de l’ingénieur en physique nucléaire et grand pourfendeurs du goulag. Mais l’époque a changé, et contrairment à l’ex URSS,  il est peu probable que Pékin libère Liu Xiaobo suite à une modification de nom de rue.

 

La loi 2451 proposée par le sénateur Ted Cruz a été approuvée à la majorité du Sénat, mais elle doit encore passer devant la Chambre des représentants. Elle doit surtout obtenir l’aval de Barack Obama, or pour l’instant la présidence s’y refuse : « Alors que nous continuons de faire pression sur la Chine pour qu’elle respecte impérativement les droits de l’Homme et relâche liu Xiaobo, et les autres prisonniers politiques affirme le communiqué de la Maison Blanche, nous ne croyons pas que la proposition du sénateur Cruz de renommer une rue de Washington nous aide à parvenir à ces objectifs. »  Pour certains militants des libertés, ce changement d’adresse s’il avait lieu serait même contreproductif, car il risquerait d’attirer les foudres du Parti sur son prisonnier politique et surtout son épouse. Assignées à résidence à Pékin, Liu Xia souffre de graves ennuis de santé. Or pour ce genre de perte de face, les dirigeants chinois ont la vengeance qui s’éternise. L’ambassadeur de Norvège à Pékin se souvient ainsi avoir« amélioré son revers au tennis » pendant les deux ans qui ont suivit la remise du Prix Nobel de la paix 2010

 

     

 

 

 

 

 

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