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21/05/17 | 13 h 26 min

L’UE se retire de la déclaration commerciale portant un coup au projet de « modernisation de la Route de la Soie » de la Chine.

Les États membres de l’Union Européenne sont très réservés sur la « Belt and Road initiative» [initiative de ceinture économique et de route de la Soie] du Président Xi Jinping, en l’absence de toute garantie de transparence, de soutenabilité et de processus d’appel d’offre.

L’UE a porté un coup à l’offre du Président chinois Xi Jinping de mener à bien une refonte révolutionnaire des infrastructures, après que ses membres aient refusé d’assumer une part de son plan de plusieurs milliards de dollars car celui-ci n’incluait aucun engagement quant à ses conséquences sociales et environnementales.

Xi a fait sa dernière offre d’un management mondial du projet lundi, en indiquant aux dirigeants concernés, dont le Président russe Vladimir Poutine et le Président turc Recep Tayyip Erdogan, que le monde devait rejeter le protectionnisme, embrasser la globalisation et avancer de concert comme un troupeau d’oies.

Les propositions de Xi sont arrivées le second et dernier jour d’un sommet de haut niveau à Pékin sur la Belt and Road initiative. Cette débauche d’investissements en infrastructures, de plusieurs milliards de dollars, est proclamée par la Chine comme étant le début d’une nouvelle ère de commerce et de développement. L’objectif final de ce programme – qui comprend la construction de pipelines et d’un port au Pakistan, de ponts au Bangladesh et d’un chemin de fer en Russie – est de créer ce que la Chine appelle « une Route de la Soie moderne ».

Cependant, selon [le journal anglais] « The Guardian », les 28 États membres de l’UE, ignorant le cri de ralliement à la coopération de Xi, ont décidé de ne pas soutenir la déclaration commerciale de clôture du sommet préparée par Pékin.

« Nous avons dit clairement que, pour l’Europe, la Belt and Road initiative ne peut réussir sans se fonder sur la transparence et une appropriation commune. » rapporte un diplomate de l’Union Européenne de haut niveau sous couvert d’anonymat. « L’UE a été unie à ce sujet, à la surprise des chinois semble-t-il.  »

La déclaration qui a été rejetée provenait d’une commission sur le commerce tenue pendant le sommet de Pékin à laquelle participaient les représentants de pays incluant la Belgique, l’Estonie, l’Allemagne, la Hongrie, l’Italie et l’Espagne. La Chine avait espéré que tous les États membres de l’Union Européenne, ainsi que les autres nations participant à la conférence, soutiendraient ce texte qui est l’un des trois préparés en clôture de la convention ce lundi.

Pékin avait présenté ce forum comme son événement diplomatique le plus important de l’année et avait espéré qu’il donnerait une légitimité mondiale à cette initiative de politique étrangère signée par Xi. Des dirigeants africains, asiatiques et d’Amérique Latine ont volés jusqu’à Pékin pour apporter leur soutien.

Toutefois, les dirigeants de la plupart des grandes puissances occidentales, y compris Donald Trump, Angela Merkel et Theresa May, ont évité l’événement tandis que l’Inde a exprimé publiquement son opposition à ce qu’un journal a appelé « une entreprise coloniale ».

Le Gardian indique que les membres de l’Union Européenne ont décidé de ne pas soutenir la déclaration commerciale de la Chine car une série de points d’attention, qu’ils avaient soulevés auprès du gouvernement chinois, n’a pas été reprise dans le projet de texte.

Un relevé public de la position de l’UE sur la Belt and Road initiative, publié en préparation du forum, montre que les États membres voulaient des garanties quant à la soutenabilité économique et environnementale du projet et que celui-ci donne lieu à un processus d’appel d’offre équitable.

Un diplomate a confirmé anonymement à l’Agence France-Press que plusieurs états de l’UE avaient refusé d’approuver la déclaration de la Chine.

Un porte-parole du gouvernement britannique a déclaré que, puisque le Royaume-Uni n’avait pas participé à la commission sur le commerce à l’origine de la déclaration, il ne pouvait pas être attendu de leur part de souscrire aux conclusions de cette session.

« Le Royaume-Uni se félicite de la Belt and Road initiative, qui a le potentiel de favoriser et de stimuler la croissance économique » a déclaré le porte-parole en ajoutant que le chancelier Philip Hammond avait participé à une autre session sur les finances et que le Royaume-Uni avait souscrit aux principes définis à cette occasion.

Dimanche matin, Hammond a offert un soutien retentissant au «projet audacieux et visionnaire» de Xi disant à ses hôtes que la Grande-Bretagne était «un partenaire naturel» du projet.S’exprimant dimanche soir dans la grande salle du palais du peuple de Pékin, qui date de l’ère Mao, Xi a déclaré que son «projet du siècle ajouterait de la splendeur à la civilisation humaine» et contribuerait à créer une nouvelle ère d’harmonie et de commerce. Lundi, il a déclaré que son plan était «ouvert à tous les amis partageant le même esprit… Il n’exclut ni ne cible aucun participant».

Cependant, certains sceptiques voient le plan comme une ruse pour stimuler l’économie chinoise, en déversant son excès de capacité industrielle sur les pays moins développés, et pour attirer les pays les plus pauvres dans les griffes économiques de Pékin.

Les médias chinois ont répondu lundi aux critiques. « Certains pays semblent obsédés par l’idée d’endiguement ou de terrain de jeu [approches stratégiques visant à contenir une puissance économique et militaire] et semblent incapables de voir la vérité dans les brumes de l’histoire », selon un éditorial du « Beijing Youth Daily ».

Parlant dans le « China Daily », journal contrôlé par l’État, un universitaire chinois a rejeté l’insinuation selon laquelle Pékin serait coupable de «pratique néocolonialiste… en exploitant les ressources énergétiques … [et] en soutenant des régimes autoritaires». He Jingtong, un professeur de commerce à l’Université Nankai de Tianjin, a déclaré: « Je pense que cela ne tient pas la route. Si vous regardez l’histoire, dites-moi quand la Chine a-t-elle été une puissance coloniale? Si ce n’était pas le cas par le passé, pourquoi en serait-il autrement maintenant?  »

Traduction France Tibet