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21/05/17 | 15 h 16 min

TERREUR ORDINAIRE AU TIBET : Lavage de cerveaux à grande échelle avec, à la base, les « détecteurs de mensonges » et une escalade de tous les contrôles.

L’utilisation de « détecteurs de mensonges » sur des membres du Parti Communiste indique une escalade des contrôles au TibetLes officiels chinois d’une région de l’est du Tibet ont été sommés de se soumettre à un test polygraphe, plus communément appelé « détecteur de mensonges » [1] dans le cadre d’une évaluation de leur loyauté au Parti Communiste Chinois (PCC). La nouvelle, publiée dans les médias d’État, est une preuve d’un perturbant nouveau niveau d’intrusion dans la vie privée et les opinions des Tibétains. Cela révèle aussi l’existence d’une atmosphère de suspicion et de paranoïa dans la sphère officielle ainsi que l’insécurité du PCC quant à l’érosion de son autorité.

Un rapport d’ un média de Kardze (chinois : Gandzi) indique que le détecteur de mensonges a été mis en place pour établir les « véritables sentiments » des cadres du Parti dans la région.[2] Alors qu’ en fait, il est écrit que tout ceci a été mis en place pour établir l’état de leur « stabilité psychologique », la priorité des autorités semble plutôt de s’assurer de la loyauté politique envers le PCC ainsi que de l’adhésion à ses politiques.
L’introduction des détecteurs de mensonges pour tester même les représentants du Parti Communiste représente une vraie escalade dans les efforts du PCC pour asseoir sa domination, créant dans le même mouvement un climat de peur et de méfiance. C’est aussi un signe implicite de reconnaissance que dans la sphère officielle aussi bien que dans le reste de la société civile, de nombreux Tibétains restent loyaux au Dalaï Lama et maintiennent un fort attachement à leur identité tibétaine.
Les autorités chinoises ont récemment admis que certains des membres du Parti faisaient des dons au Dalaï Lama, ce qui, selon eux, « sapait le combat du Parti contre le séparatisme. » (Global Times, 1er mai 2017). Le Global Times, un journal officiel, a en fait cherché à politiser une pratique tibétaine courante qui consiste à effectuer des offrandes religieuses aux représentants du Dalaï Lama quand un membre d’une famille meurt ou tombe malade par exemple. Le Global Times a ainsi rapporté les mots de Wang Yongjun, un membre de la Commission d’Inspection de Discipline du Parti : « certains officiels du Parti ont négligé des problèmes politiques importants et la lutte du pays contre les séparatistes » en pratiquant ces dons monétaires. Il a ajouté que « de tels comportements ont affecté la cohérence du PCC et son habilité à combattre le séparatisme. »

Le fait de rendre publique l’utilisation des détecteurs de mensonges semble être une stratégie pour faire comprendre aux Tibétains qu’ils pouvaient non seulement être punis pour leurs actes mais aussi pour le simple fait de penser au Dalaï Lama. Ceci a été souligné par le Secrétaire du Parti de la Région Autonome du Tibet (RAT) Chen Quanguo, qui avait dit en 2014 : « Ceux qui fantasment quant au Dalaï Lama et à sa clique, ceux qui suivent la clique du 14ème Dalaï Lama et ces cadres du Parti impliqués dans le soutien aux activités d’infiltration et sabotage des séparatistes seront strictement remis sur les rails et sévèrement punis en accord avec la loi. » [3]

Le rapport dans le média officiel de Kardze (dans la province administrative du Sichuan mais faisant partie de la région tibétaine du Kham) indique que depuis le 7 avril dans le cadre d’un « entraînement progressif des cadres les candidats ont le devoir de répondre à des questions en accord avec leurs véritables sentiments et idées » et qu’un détecteur de mensonges a été installé dans le but « de vérifier l’authenticité » des réponses. Jusqu’ici 168 cadres du Parti ont participé à l’évaluation cette année selon l’article qui rapporte aussi une visite par le Directeur du Département de l’Organisation du Parti Liu Jixiang.

Le climat politique dans le préfecture tibétaine autonome de Kardze a été particulièrement lourd, son histoire étant très liée à la résistance aux règles chinoises et à un lien très fort à l’identité culturelle bouddhiste tibétaine. Dans plusieurs rapports officiels, les autorités chinoises ont fait référence à la « lutte ardue pour maintenir l’ordre public et la stabilité » dans la province, ceci faisant référence au nombre élevé de protestations pacifiques et à la loyauté des habitants au Dalaï Lama qui ne faiblit pas.[4]

International Campaign for Tibet a observé une hausse des activités militaires et de la surveillance dans la préfecture de Kardze, particulièrement aux environs de l’Institut religieux de Larung Gar, depuis la démolition des habitations et les expulsions des moines et des nonnes, [actions répressives ] entamées depuis un an. Un observateur dans la région a évoqué le fait que des stations de police mobiles ont été déployées dans plusieurs villes du Sichuan. « Elles sont équipées de caméras vidéo, d’un arsenal particulier et de signaux lumineux ordonnant à la population de maintenir l’ordre et l’harmonie ainsi que de respecter les lois chinoises. Aucun véhicule transportant des passagers n’est autorisé à s’arrêter aux alentours des stations mobiles. Ces installations ont créé des tensions accrues et plus de pression sur la vie quotidienne des Tibétains, en particulier si l’on considère que la plupart de villes orientales du Tibet (Sichuan et Qinghai) ont vu augmenter la présence militaire et la construction de grandes installations militaires, y compris dans la région de Serthar ces dernières années. » [5]

En même temps que la nouvelle du recours aux détecteurs de mensonges, la presse officielle du Kardze a annoncé une autre conférence d’inspection impliquant un responsable qui a reconnu la nécessité d’une « amélioration » dans la « position politique des cadres du parti. »[6]

Signalant l’importance politique de ces développements, les autorités provinciales du Sichuan viennent d’annoncer un entraînement à grande échelle des cadres du Parti pendant les deux prochaines années. Un ordre émis le 25 avril 2017 a détaillé le plan pour entraîner des dizaines de milliers de personnes, il fait état du fait qu’il n’est pas seulement important pour le service au Parti mais aussi pour “renforcer le leadership” sur une base idéologique et politique, particulièrement dans la période précédent le 19ème Congrès du Parti cet automne où Xi Jinping cherchera à consolider son pouvoir.[7]

Les mesures « d’améliorations idéologiques » à travers le Tibet

Ailleurs au Tibet, on a aussi vu une concentration plus forte des autorités pour s’assurer de l’allégeance des officiels travaillant avec le PCC avec l’établissement d’un système « d’inspection » dans la RAT. Cette initiative a été imposée par Beijing et destiné à couvrir les « travaux de supervision internes »,[8] selon un rapport officiel. Le secrétaire du Parti au sein de la RAT Wu Yingjie a indiqué qu’il était nécessaire de développer « la supervision et l’inspection » au niveau les plus bas pour s’assurer d’une politique efficace du PCC. Au Qinghai aussi, des dizaines de milliers de cadres du parti basés dans les villages tibétains dans le cadre des mesures de contrôle intensifiées au niveau de la base ont commencé à subir une formation en mars, selon les médias d’État.[9]  L’article a déclaré que les cadres voyageraient en différents groupes dans différentes provinces chinoises pour une formation qui serait terminée d’ici la fin du mois de juin (2017). Un des principaux objectifs de cette « politique d’inspection » est de s’assurer que les tous les cadres du Parti ainsi que tous les membres du PCC soient unis dans le travail « anti-séparatiste » et le « maintien de la stabilité sociale », termes politiques visant à s’assurer de leur adhésion aux politiques du Parti ainsi qu’à éliminer la dissidence et la loyauté au Dalaï Lama.

L’inquiétude des autorités chinoises pour assurer la loyauté de la prochaine génération était évidente dans un autre rapport médiatique d’État de la province de Ngaba qui faisait état d’un système d’éducation policière dans lequel la police est installée dans les écoles afin de superviser l’éducation politique et la «gestion morale». Dans un article qui rappelle la Révolution culturelle, un article de Ngaba (chinois: Aba) Daily a déclaré que le comité du Parti et du département de l’éducation de Dzoege (chinois: Ruo’ergai) travaillait pour faire fleurir les fleurs «morales et juridiques» sur tous les campus scolaires et universitaires [10] L’article a déclaré que des agents de police avaient été nommés pour travailler avec des écoles dans la réalisation de travaux de sécurité afin de créer un environnement politique » harmonieux « .

Notes:

[1] Le détecteur de mensonge, aussi appelé test polygraphe, utilise des techniques d’interrogation ainsi qu’une technologie enregistrant des fonctions physiologiques pour démontrer la véracité ou non des réponses. La mesure la plus commune pour mesurer ces fonctions est le polygraphe. Bien que le média d’Etat ne le spécifie pas, c’est très certainement la mesure utilisée. Selon l’Académie des Sciences des Etats-Unis, un polygraphe peut distinguer la verité du mensonge avec une véracité assez elevée mais pas à la perfection. (The polygraph and lie detection. Washington, D.C: National Academies Press. 2003. ISBN 0-309-08436-9).

[2] Rapport officiel chinois du 6 avril 2017, extraits en anglais traduits par ICT

[3] Xinhua, 5 novembre 2014, en anglais

[4] Ganzi Daily, 4 janvier, 2008. Kardze, l’un des 18 comtés de la préfecture, a été le lieu dans lequel le plus de détentions politiques de tibétains ont eu lieu en dehors de la RAT.

[5] Rapport de ICT ‘Shadow of Dust Across the Sun’, 13 mars 2017

[6] Article dans la presse officielle chinoise, le 10 avril 2017, il se réfère à une conférence d’inspection menée par le Comité du Parti de la Province de Kardze le 6 avril 2017

[7] En chinois, site officiel du Sichuan le 2 mai 2017

[8] Presse officielle en chinois le 16 avril 2017

Vous pouvez consulter le rapport du 28 janvier 2015 de ICT en anglais

Traduction France Tibet