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13/07/17 | 19 h 57 min

Mort de Liu Xiaobo : le Comité Nobel dénonce la « lourde responsabilité » de la Chine

Les médias officiels chinois ont diffusé en ligne une vidéo montrant le médecin allemand Markus Buchler affirmant à son homologue chinois «que nous ne pourrions faire mieux en Allemagne». La publication de ce document a déclenché en retour la colère de Berlin.

Le Prix Nobel de la paix 2010 est mort jeudi sans que le régime communiste le laisse finir ses jours en liberté à l’ étranger

Le Comité Nobel norvégien, qui avait attribué le Nobel de la paix en 2010 à Liu Xiaobo, a souligné la « lourde responsabilité » de la Chine dans la mort « prématurée » du dissident chinois à l’âge de 61 ans, jeudi 13  juillet.

Ce symbole de la lutte pour la démocratie dans le pays le plus peuplé du mondeavait été admis à l’hôpital universitaire n o  1 de Shenyang ( nord-est de la Chine) après plus de huit années passées en détention.

« Nous trouvons profondément perturbant que Liu Xiaobo n’ait pas été transféré dans un établissement où il aurait pu recevoir un traitement médical adéquatavant que sa maladie n’entre en phase terminale » , a dit la présidente du comité, Berit Reiss-Andersen.

Pékin a toujours refusé d’ accorder à Liu Xiaobo, qui souffrait d’hépatite chronique, une remise de peine. A la suite de sa libération conditionnelle, il avait été transféré, en juin , dans un hôpital, alors que son état de santé s’était dégradé.

Le dissident avait fait savoir qu’il souhaitait suivre un traitement à l’étranger, un appel relayé par la communauté internationale mais rejeté par Pékin, qui y voyait une ingérence dans ses affaires intérieures.

 Lire aussi :   Mort de Liu Xiaobo, écrivain et dissident chinois, Prix Nobel de la paix

« Un héros de la lutte pour la démocratie et les droits de l’homme »

Le ministre des affaires étrangères français , Jean -Yves Le Drian, a témoigné de sa « profonde tristesse » à l’ annonce de la mort du défenseur des droits de l’homme, et appelé Pékin à « assurer la liberté de mouvement de son épouse, M me Liu Xia, de sa famille et ses proches » . Une requête également émise par le secrétaire d’Etat américain , Rex Tillerson, qui a souligné que « dans son combat pour la liberté, l’ égalité et le respect des règles de droit » , Lu Xiaobo avait incarné l’esprit du Nobel.

Berlin , qui avait multiplié les appels à transférer le dissident chinois en Allemagne pour qu’il y soit soigné, a rendu hommage au « héros de la démocratie », mort jeudi en Chine d’un cancer« Sa résistance par la non-violence a fait de lui un héros de la lutte pour la démocratie et les droits de l’homme » , a tweeté le ministre de la justice allemand , Heïko Maas. La chancelière , Angela Merkel, s’est, quant à elle, dite « profondément attristée »par la nouvelle.

Condamné en 2009 à onze ans de prison pour « incitation à la subversion de l’Etat » , Lu Xiaobo avait participé en 1989 à la révolte de la place Tiananmen. Il était l’un des initiateurs de la Charte 08, demandant l’instauration d’une démocratie libérale en Chine. Le texte, diffusé en décembre 2008, avait recueilli la signature de plus de 300 intellectuels et militants des droits de l’homme chinois.

« Aujourd’hui nous pleurons la perte d’un géant des droits de l’homme. Liu Xiaobo était un homme d’une intelligence acérée, pétri de principes , d’esprit et avant tout d’ humanité » , a réagi Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International.

Liu Xiaobo meurt sous l’étreinte implacable de Pékin

Les médias officiels chinois ont diffusé en ligne une vidéo montrant le médecin allemand Markus Buchler affirmant à son homologue chinois «que nous ne pourrions faire mieux en Allemagne». La publication de ce document a déclenché en retour la colère de Berlin.

Redoutant de lui offrir une ultime tribune pour ses appels en faveur de la démocratie, le pouvoir chinois n’a pas cédé aux pressions internationales enjoignant Pékin à autoriser le transfert à l’étranger du plus célèbre dissident chinois pour s’y faire soigner.

Shanghai

Jusqu’au bout, Pékin a maintenu l’étreinte sur Liu Xiaobo, le héraut mourant de la démocratie en Chine. Pas question d’offrir une dernière tribune libre à l’étranger au Prix Nobel de la Paix, même à l’article de la mort. L’intellectuel de 61 ans a succombé, jeudi, à un cancer du foie en phase terminale, ont annoncé les autorités de Shenyang, où il était soigné sous bonne garde, en dépit des demandes du malade de transfert à l’étranger. Une agonie qui a tourné au bras de fer entre le régime, la famille de Liu et les pays occidentaux, sur fond d’incertitude sur l’état exact du malade après huit ans d’incarcération.

Liu Xiaobo lors d'une interview accordée à Associated Press en juillet 2008.

Mercredi, la famille a refusé qu’il soit «intubé» afin d’être placé sous respiration artificielle, comme le suggéraient les médecins, semblant fermer la porte à un acharnement thérapeutique. L’hôpital N°1 de Shenyang avait affirmé que «le patient est en défaillance respiratoire» et souffrait notamment d’infections abdominales, et de péritonite. Un tableau sombre qui faisait craindre la mort imminente du dissident le plus célèbre du pays, vétéran de Tiananmen. Pour certains, ces affirmations officielles dramatiques visaient avant tout à saper les demandes d’extradition vers l’étranger. La décision de la famille de refuser l’intubation permettait de maintenir en vie l’infime espoir d’un transfert, selon le dissident et ami Hu Jia. «S’il est placé sous respiration artificielle, il ne pourra quitter son lit. Tant qu’il respire encore, les avions doivent se tenir prêt à venir le chercher à tout moment. Tiens bon, Xiaobo» a déclaré quelques heures avant le décès ce compagnon de lutte, submergé par l’émotion.

Un proche du malade, cité par le journal de Hongkong Ming Pao, affirmait jeudi que le malade était proche de la mort.«Nous n’avons aucun moyen d’avoir de ses nouvelles directement par lui ou sa famille», a déclaré à l’AFP le dissident Ye Du, craignant un décès.

Xi est resté sourd aux pressions jusqu’au bout

La défiance s’était accentuée depuis que deux médecins occidentaux ont affirmé dimanche que Liu était en état d’être évacué, après l’avoir examiné, contredisant le diagnostic de Pékin. «L’évacuation médicale devrait avoir lieu le plus vite possible», ont jugé Joseph Herman, du Centre de traitement du cancer MD Anderson, et le médecin allemand Markus Buchler, de l’Université de Heidelberg, invité au 23e étage de l’hôpital suite aux pressions diplomatiques, notamment de Berlin et Washington. Le régime a immédiatement contre-attaqué par le biais de ses médias officiels qui ont diffusé en ligne une vidéo montrant le docteur allemand affirmant à son homologue chinois «que nous ne pourrions faire mieux en Allemagne». La publication de ce document a déclenché en retour la colère de Berlin. «Il semble que les organes de sécurité et non les médecins sont en charge du processus. Ce comportement sape la confiance», a déclaré l’ambassade d’Allemagne à Pékin dans un communiqué cinglant.

En coulisse, la chancelière allemande Angela Merkel était à la pointe des efforts internationaux pour obtenir un geste «humanitaire». Elle a soulevé directement le cas Liu lors de son entretien avec le président Xi Jinping au G20 à Hambourg, mais s’est gardée de propos public comme le reste des dirigeants réunis au sommet. «La pression diplomatique est élevée, mais elle n’est pas publique, ce qui est beaucoup moins efficace avec la Chine. Et Trump est une bénédiction pour Xi» juge Nicholas Bequelin, directeur Asie Orientale d’Amnesty International, alors que les États-Unis étaient traditionnellement à la pointe du combat sur les droits de l’homme face à Pékin.

Xi est resté sourd aux pressions jusqu’au bout, craignant qu’une extradition n’offre une dernière chance au Prix Nobel et à sa femme Liu Xia de s’exprimer librement. Ou pire, que sa pierre tombale ne devienne un lieu de pèlerinage, entretenant la flamme flageolante du mouvement démocratique, écrasé par la répression dans l’Empire du Milieu. Désormais, une autre lutte risque de s’ouvrir entre la famille et le pouvoir chinois sur le sort qui sera réservé à la dépouille du dissident…

Pékin se protégera par tous les moyens contre des révélations potentiellement embarrassantes portant sur les causes du décès.

 Second article : http://www.lefigaro.fr/international/2017/07/13/01003-20170713ARTFIG00241-liu-xiaobo-mort-sous-l-etreinte-implacable-de-pekin.php

  • Par Sébastien Falletti
  • Mis à jour 
  • Publié 
  • Image  : Le Figaro