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14/10/20 | 17 h 19 min par Sylvie Kerviel

NANTES : Une exposition sur Gengis Khan au Musée d’histoire de Nantes censurée par la Chine

Cette expo consacrée à l’Empire mongol a dû être annulée après des interventions de Pékin.

Elle sera présentée sous une autre forme en 2024.

Ce devait être l’événement du Musée d’histoire de Nantes au premier semestre 2021. Plusieurs années de travail et la collaboration de chercheurs et universitaires avaient été nécessaires pour monter une exposition consacrée à l’histoire de Gengis Khan et de l’Empire mongol.

Deux cent vingt-cinq pièces, dont des sceaux impériaux et des objets en or des XIIIe et XIVe siècles jamais vus en France, devaient faire le voyage à Nantes

Réalisée en partenariat avec le Musée de Mongolie intérieure à Hohhot, en Chine, qui dispose d’un riche fonds archéologique, artistique et cartographique sur ce sujet, elle avait pour ambition de mettre en lumière l’un des plus grands conquérants de l’histoire, né vers 1160 et mort en 1227, fondateur de l’Empire portant son nom. Deux cent vingt-cinq pièces, dont des sceaux impériaux et des objets en or des XIIIe et XIVe siècles jamais vus en France, devaient faire le voyage à Nantes.

Prévue pour octobre 2020, l’exposition, adaptée d’une première présentation faite au Musée militaire des Pays-Bas, à Soesterberg, en 2017, avait été reportée en raison des contraintes sanitaires dues au Covid-19. Or, elle n’aura finalement pas lieu sous sa forme initiale en raison d’actes « de censure des autorités centrales chinoises », déplore Bertrand Guillet, directeur du Château des ducs de Bretagne-Musée d’histoire de Nantes.

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Les interventions de Pékin pour modifier le contenu de l’exposition sont une illustration, selon le directeur, du « durcissement de la position du gouvernement chinois à l’encontre de la minorité mongole ». Située dans le nord de la Chine, la région autonome de Mongolie intérieure est peuplée de 4,2 millions de Mongols, qui représentent 17 % de la population de cette région. Des manifestations ont eu lieu en septembre pour protester contre la volonté de Pékin d’y imposer le mandarin dans les cursus scolaires.

Lire l’article (de septembre 2020) : Les Mongols de Chine manifestent pour la défense de leur langue et de leur identité

Contrôle des documents

Dans un premier temps, détaille Bertrand Guillet, les autorités chinoises ont demandé de retirer des éléments de vocabulaire – les mots « Gengis Khan », « Empire » et « mongol ». Le titre est modifié pour une formulation plus vague : « Fils du ciel et des steppes ». « On avait tenté de ruser en utilisant cette formulation plus poétique, tout en conservant le nom de Gengis Khan en sous-titre », indique le directeur.

Bertrand Guillet, directeur du musée : « Avec cette exposition, nous avions l’objectif de valoriser la culture mongole. En contrepoint, apparemment, avec ce que la Chine souhaite écrire de son histoire »

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« Pour des acteurs culturels présents en Chine, la censure est telle que ce ne sont pas des couleuvres qu’il faut avaler, mais des anacondas »

Face à la censure chinoise, la question du boycott du pays monte en Occident. La polémique autour du film Disney « Mulan » montre que l’indignation peut être à géométrie variable dès lors que des investissements financiers sont en jeu, relève dans sa chronique Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde ».

Publié le 18 septembre 2020 à 00h51 – Mis à jour le 18 septembre 2020 à 06h52 Temps de Lecture 4 min.

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L’affiche du film Disney « Mulan », une version adaptée pour convenir au gouvernement chinois, dans un cinéma de Pékin, le 11 septembre.

Chronique. L’Occident doit-il boycotter culturellement la Chine ? La question surgit partout, notamment aux Etats-Unis. On trouvera autant d’arguments pour répondre oui et non. Dans les faits, ce sera non : la dépendance de l’Occident à Pékin est telle, en emplois comme en produits… Il y a néanmoins de quoi s’indigner : violations des libertés et surveillance généralisée depuis que Xi Jinping est au pouvoir, statut du Tibet, cas de Hongkong, « génocide culturel » des Ouïgours, effacement de la langue de Mongolie intérieure au profit du mandarin, soupçons de commerce d’organes prélevés sur des prisonniers vivants, disparition de personnalités et mort en détention du Prix Nobel de la paix Liu Xiaobo.

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Pourtant une musique perdure chez les responsables culturels, entre œillères et arrière-goût maoïste : la Chine ne serait pas vraiment une dictature. Un ancien conservateur du Centre Pompidou, qui vendait son savoir-faire à Pékin, nous vantait les bienfaits du régime. Et les critiques ont été bien plus denses lorsque le Louvre a inauguré son antenne à Abou Dhabi, en 2017, que lorsque le Centre Pompidou s’est installé à Shanghaï, en 2019.

Une esquive nommée autocensure

Les patrons culturels occidentaux disent aller en Chine pour de nobles raisons : afficher leur maison, faire dialoguer les cultures, combler un public avide de découvertes, etc. La censure ? Ils la minimisent. Le Centre Pompidou, qui loue son nom, ses collections et son expertise à un musée de Shanghaï nommé Centre Pompidou x West Bund Museum Project, affirme que quatre œuvres seulement ont été refusées sur la centaine exposées. Emmanuel Macron, présent sur place, a salué la prouesse : « Un art de l’esquive permet d’avancer. » Une esquive que certains nomment autocensure. Ecartons les œuvres qui fâchent, entre autres les pionniers en Chine d’un art contestataire, le mouvement des « Etoiles », et tout va bien.

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