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02/08/16 | 19 h 43 min

Nyima Lhamo, nièce de Delek Rinpoche, a pu donner sa première conférence de presse depuis son évasion du Tibet occupé vers l’Inde…

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Nyima Lhamo a évoqué  son oncle mort en prison  et sa propre  évasion du Tibet.

Nyima Lhamo, qui a rejoint  Dharamasala en Inde du Nord la semaine dernière après un voyage de 18 jours depuis le  Tibet, a pu s’exprimer devant les  médias le 28 juillet. L’événement a été organisé par le Département  de L’information et des des Relations Internationales de l’Administration  Centrale tibétaine, le gouvernement du Tibet en exil.

Dans une déclaration, Nyima Lhamo a pu décrire les circonstances  au moment  de la mort de son oncle, le prisonnier politique le plus en vue du Tibet. Elle a aussi décrit les réactions à sa mort ainsi que de son arrestation et sa  détention en  meme temps que celles de sa mère, Tenzin Delek la soeur de Rinpoche, seulement quelques semaines plus tard.
 LA DÉCLARATION DE NYIMA LHAMO

Je suis Nyima Lhamo et je suis née à Lithang dans le Kham. J’ai 26 ans et je suis la nièce de Tenzin Delek Rinpoche. C’est un merveilleux sentiment d’être ici et de connaître la liberté dont je rêvais toujours.

Malgré tous les défis et des privations, j’ai réussi à sortir du Tibet. Mon Oncle Tenzin Delek Rinpoche avait beaucoup souffert beaucoup  avant de  décéder dans une prison chinoise l’année dernière. De même beaucoup de Tibétains à l’intérieur du Tibet ont souffert et continuent de souffrir en raison des répressions imposées par l’autorité chinoise. J’ai accepté tous les défis avec l’espoir de partager avec vous la souffrance de Tibétains au Tibet.

Je suis extrêmement heureuse de pouvoir parler devant vous aujourd’hui. Merci beaucoup de votre écoute. Je suis sûr que tous ici êtes  bien conscients du cas de mon oncle. J’avais fait parvenir des informations par Geshe Nyima alors  que j’étais au Tibet. Donc je n’entrerai pasdans les détails.

J’ai deux points à exposer et l’ espoir de les partager avec vous tous aujourd’hui.

Premièrement, je parlerai de la situation avant et peu après la mort de Rinpoche ; après cela je parlerai de la situation en cours à Lithang en relation avec le cas de Rinpoche.

Dix jours avant que Rinpoche ne décéde, ma mère et ma tante ont été appelées pour voir Rinpoche dans Chengdu. Cependant, on ne leur a pas permis de le rencontrer. Un jour, j’ai reçu un appel de ma mère disant que Rinpoche était décédé. J’ai immédiatement informé les villageois et environ 300 personnes se sont réunies près des Bureaux de Comté de Lithang afin d’exiger que le corps  de Rinpoche soit rendu pour les rituels finaux. Après des appels répétés, enfin, neuf personnes ont été autorisées à se rendre  à Chengdu  pour assurer le retour du corps de défunt Delek Rinpoché.

Avec beaucoup de difficulté, j’ai réussi à atteindre Chengdu. Les véhicules allant vers Chengdu ont été tous bloqués et complètement vérifiés . J’ai donc dû surmonter beaucoup de difficultés pour atteindre Chengdu. Enfin j’y suis arrivée, j’ai rencontré ma mère et nous avons commencé à contester la décision des autorités pénitentiaires qui nous empêchaient de voir le cadavre de Rinpoche. A l’aide d’une écharpe, j’ai fait une tentative de suicide en essayant de me pendre. Cependant, j’ai été stoppée par le personnel de prison et ai pu finalement obtenir l’autorisation pour accès pour voir le cadavre. Là, j’ai remarqué que les lèvres de Rinpoche étaient noires. Mais son corps avait été couvert. Observant cela, nous avons accusé les autorités d’avoir tué Rinpoche par empoisonnement.

Comme vous le savez tous, ma mère et moi avons été retenues pendant 18 jours dans Chengdu. La raison donnée pour notre détention était d’ éviter de répandre des secrets d’Etat au monde extérieur. Pendant la détention, nous avons été interrogées afin de savoir si nous avions partagé des informations sur la mort de Rinpoche. Je leur ai répondu que j’avais reçu de nombreux appels d’interlocuteurs inconnus et que leur disais vraiment que Rinpoche avait été assassiné.

Durant la détention, on nous a demandé de signer un document et ma mère a refusé en disant qu’elle ne pouvait pas lire. Si le document concernant Rinpoche, même sous la menace d’une  à feu, elle n’allait pas signer. Elle a expliqué que Tenzin Delek Ripoche était non seulement son lama, mais aussi un lama tibétain hautement respecté et suivi par beaucoup. Donc elle n’avait aucune autorité pour signer le document.

Les autorités posent trois conditions dans le document présenté pour signer.

Ces conditions étaient :

1. Nous ne partagerions pas d’informations sur Rinpoche au Tibet.

 2 Nous ne partagerions pas d’informations ou ne discuterions de la mort de Rinpoche à n’importe quelledemande du public ou du monde extérieur. Évidemment, nous avons refusé de signer ces conditions. Nous avons été averties que si nous n’acceptions par ces conditions, tous les membres de la famille seraient mis en prison. Cependant, il nous a été dit que le responsable de notre village avait signé ces conditions en notre nom et nous avons été strictement informés de suivre ses directions. C’est ainsi que ma mère et moi avons pu sortir de la détention.

Après la mort de Rinpoche, les autorités chinoises continuent à discréditer Rinpoche par :

 1. Ne pas permettre à sa famille et villageois de conduire des services de prière pour Rinpoche.
2. Selon la tradition, les adeptes et des amis de Rinpoche ont planifié de construire un stupa pour rendre hommage à leur dernier gourou. Mais les autorités n’ont pas permis

2. Selon la tradition, les adeptes de Rinpoche et des amis ont planifié de construire un stupa pour rendre hommage à leur dernier gourou. Mais les autorités n’ont pas permis la construction du stupa.

3. Il n’est pas permis d’ afficher la photo de Tenzin Delek Rinpoche dans aucun monastère dans Lithang.

4. Les autorités distribuent des brochures et dispensent des informations erronnées à la TV, disant par exemple Tenzin Delek Rinpoche est un faux lama, un criminel et qu’il était prétendument une menace pour   » la stabilité sociale ».

5. Nous avons entendu dire que les autorités de Nyagchuka (Nagchu) essayent de manipuler la réincarnation de Tenzin Delek Rinpoche comme les autorités chinoises l’ont déjà fait dans le cas du Panchen Lama.

6. Tout ce qui appartenait à Rinpoche en prison et à sa famille a été de force confisqué et il a été déclaré que tout serait brûlé.

En raison de cette situation insupportable, j’ai pris tous les risques pour fuir le Tibet afin de parler au monde. Je suis pleinement consciente qu’en parlant de Tenzin Delek Rinpoché je risque la vie de ma famille et de mes parents au Tibet.

Mon espoir est que les allégations contre Tenzin Delek Rinpoché puissent faire l’objet d’une enquête approfondie conformément à la loi chinoise et internationale, et que la Chine révèlent les véritables circonstances qui ont conduit à la mort de Tenzin Delek Rinpoché.

Traduction France Tibet

 

 

La nièce de Tenzin Delek Rinpoché fuit en Inde pour lui rendre justice

lundi 8 août 2016 par Monique Dorizon , Rédaction

Nyima Lhamo, 26 ans, nièce de Tenzin Delek Rinpoché, décédé mystérieusement en juillet 2015 [1], est arrivée à Dharamsala le 24 juillet 2016.
S’exprimant face aux journalistes lors d’une conférence de presse tenue en liaison avec l’administration tibétaine en exil, Nyima Lhamo a partagé des témoignages de première main, qualifiant la mort de son oncle « d’assassinat par empoisonnement » et espéré que les preuves de l’homicide soient trouvées.

Nyima Lhamo, parvenue en Inde en passant par le Népal dans des conditions extrêmes au cours des deux dernières semaines, dit que sa décision de partir en exil est motivée par son désir de dire la vérité sur cette affaire et sur la situation de beaucoup, qui, comme lui, continuent de souffrir.
« Je suis pleinement consciente que mes propos sur Tenzin Delek Rinpoché font courir des risques à ma famille et à des parents à la maison (Tibet). Mon espoir est que l’allégation chinoise faite contre Tenzin Delek Rinpoché fasse l’objet d’une enquête approfondie conformément à la loi chinoise et internationale, et que les autorités chinoises révèlent les véritables circonstances ayant conduit à la mort de Tenzin Delek Rinpoché« , dit-elle.

Nyima Lhamo a rappelé comment la demande répétée de sa famille de rendre visite au Rinpoché quelques jours avant sa mort a été refusée et qu’ils ont été informés de sa mort en prison, un jour, par un appel téléphonique fortuit. À la suite de cette nouvelle, environ 300 personnes se sont rassemblées au bureau du Comté de Lithang [2] et ont exigé que le corps du Rinpoché soit rendu pour les rites mortuaires.

Debout devant la prison de Chaundong à Chengdu en juillet 2015, Nyima Lhamo a rappelé comment le refus des autorités de restituer le corps et même de le voir une dernière fois, l’a poussée à une tentative de suicide.
« J’ai tenté de me suicider en essayant de me pendre avec un foulard. Cependant, j’en fus empêchée par le personnel de la prison et finalement il me fut donné accès au cadavre du Rinpoché« , dit-elle tout en luttant pour arrêter ses larmes. Elle poursuit : « Ses lèvres étaient devenues noires, et, ce que d’autres ayant été autorisés à le baigner m’ont dit, même ses ongles étaient devenus foncés, indiquant qu’il avait été empoisonné« . Sa protestation a conduit à la détention avec sa mère pendant 18 jours à Chengdu.

Après la mort et la crémation non cérémonielle du corps du chef religieux, les autorités chinoises ont distribué des brochures et annoncé sur les chaînes de télévision locales que le Tulku était un « faux lama » et un « terroriste« , ses photos ont été interdites et ses partisans se sont vu refuser de construire un stupa à sa mémoire, selon sa nièce qui emploie l’expression « Nye Achen » (« Mon oncle« , en tibétain) pour désigner Tenzin Delek.

Tulku Tenzin Delek auquel a été décerné la « Médaille du service à la Démocratie » à titre posthume par leNational Endowment for Democracy (NED) en juin 2016, est mort à la prison de Chaundong à Chengdu le 12 juillet 2015 au cours de la 13e année d’une condamnation à perpétuité pour « explosion » et « incitation au séparatisme« .
Sa condamnation à mort avait été commuée en réclusion à perpétuité.
Le plaidoyer du Tulku pour développer des institutions sociales, médicales, éducatives et religieuses en faveur des nomades tibétains du Tibet oriental et son travail pour la conservation de l’environnement face à des projets d’exploitation forestière et minière aveugles l’avait fait figurer comme personnalité de la résistance et de l’identité tibétaine.

En réponse à une question posée par l’Agence Reuters après le témoignage de Nyima Lhamo, le ministère des Affaires étrangères de la Chine a réaffirmé que le Lama était mort suite à des problèmes cardiaques et que les efforts pour le réanimer avaient été inefficaces tout en affirmant que pendant l’incarcération ses droits avaient été protégés en conformité avec la loi.

Sources : Phayul, 28 juillet 2016 et Phayul, 3 août 2016.

Voir également les articles sur Tenzin Delek Rinpoche :
- « Action urgente : ne laissons pas exécuter deux Tibétains injustement condamnés« , du 05/12/2002 ;
- « La campagne s’amplifie en faveur des deux religieux tibétains condamnés à mort« , du 08/12/2002 ;
- « Tenzin Delek : déclaration de Wang Lixiong« , du 11/12/2002 ;
- « Trulku Tenzin Delek et Lobsang Dhondup font appel « , du 13/12/2002 ;
- « Le PE demande que la condamnation à mort de deux Tibétains soit commuée« , du 20/12/2002 ;
- la Lettre du Tibet (P. 2) a publié un article sur Tenzin Delek Rinpoche. du 28/04/2003 ;
- « Tenzin Delek Rinpoche : informations complémentaires« , du 05/02/2004 ;
- des explications sur les accusations portées contre Tenzin Delek Rinpoche décrites dans une action urgente pour Tenzin Delek Rinpoche, du 12/11/2004 ;
- « Le PE demande que la peine de mort contre un moine tibétain soit commuée« , du 18/11/2004 ;
- « Ngawang Sangdrol demande aux Etats-unis d’intervenir pour Tenzin Delek« , du 23/11/2004 ;
- « Résolution du Parlement européen sur le Tibet et le cas de Tenzin Deleg Rinpoche« , du 18/01/2005 ;
- « Peine de mort commuée en prison à vie pour Tenzin Delek Rinpoché« , du 26/01/2005 ;
- « Le Parlement européen demande la libération de Tenzin Delek Rinpoché« , du 01/11/2005 ;
- Dossier « Chine – JO 2008 » « Cas n° 4 – Tenzin Delek Rinpoche« , du 30/11/2007 ;
- Un texte de l’écrivaine tibétaine Woeser : « Tibet secret« , du 22/12/2008 ;
- « Dui Hua, un groupe de défense des droits humains fait pression sur la Chine pour libérer deux prisonniers tibétains« , du 11/11/2011 ;
- « Détérioration de l’état de santé de Tenzin Delek Rinpoche« , du 02/01/2012 ;
- « Décès de Tenzin Delek Rinpoché« , du 15/07/2015 ;
- « Incinération de Tenzin Delek Rinpoché« , du 17/07/2015.