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17/12/16 | 20 h 48 min

PARIS : Nyima Lhamo, Tibétaine de Lithang, vient témoigner de la mort en prison de son oncle, le grand Maître Tulku Tenzin Delek Rinpoché.

Nyima lhamo french senate

 

Des rencontres ont été organisées successivement  au Sénat par le groupe d’Etudes sur le Tibet; avec Messieurs les Sénateurs Michel Raison et André Gattolin,  puis au Bureau du Tibet, en présence des représentants de plusieurs associations engagées dans la défense de la cause du Tibet.

Témoignage de Mme Nyima Lhamo*

Niece Tulku

Je m’appelle Nyima Lhamo. Je suis née à Lithang dans la région de Kham en Tibet et j’ai 26 ans. Je suis devant vous aujourd’hui car je la nièce de mon oncle défunt, Tulku Tenzin Delek Rinpoché, moine et un des leaders bouddhistes. Je suis infiniment honorée de me trouver parmi vous. De tout mon coeur, je vous remercie d’avoir bien voulu me donner cette occasion de parler de mon oncle.

Mon oncle défunt, Tulku Tenzin Delek Rinpoché, a été accuse à tort et il a été détenu illégalement. C’est durant cette détention injuste qu’il a trouvé la mort, le 12 juillet 2015. Ce fut à la prison Chuandong, dans la région de Dazhu en Chengdu.

Depuis que je me suis enfuie du Tibet et réfugiée en Inde, j’ai puparticiper à des conférences de presse et des interviews. A chaque occasion, j’ai invariablement développé ces propos en deux points avec aussi un espoir à l’égard de mon oncle défunt, Tulku Tenzin Delek Rinpoché. Aujourd’hui, j’aimerais bien partager avec vous ces deux points aussi bien que mon espoir. De plus, je tiens à profiter de l’occasion pour vous remercier et remercier tout ceux  qui ont travaillé dur pour la cause de mon oncle.

Les deux propos portent sur les faits qui se produits  avant et après la mort de mon oncle.

Tout d’abord, je voudrais bien partager la situation telle qu’elle fut avant la mort de mon oncle. En réalité, mon oncle, Tulku Tenzin Delek Rinpoché n’a jamais rien entrepris contre la nation. Cependant, il a été accusé par les autorités chinoises d’une explosion d’une bombe. En conséquence, il a été mis en prison et ensuite condamné à une peine de mort. Les autorités ont ignoré tous les appels lancés par Rinpoché aussi bien que cceux  de ses partisans en vue de sa libération.

Le 2 juillet 2015, dix jours avant la mort de notre oncle, ma famille a été informée que nous avions la permission d’aller le voir. Sans hésiter, ma mère et ma tante sont parties tout en hâte pour Chengdu. Cependant, à leur arrivée, les autorités de la prison ont continué à retarder leur rencontre et cela a duré pendant dix jours. Vers 22 h 00 le 12 juillet, les autorités sont venues déclarer la mort du Rinpoché. J’ai également reçu un message de ma mère qui annonçait la mort de mon oncle. C’est avec beaucoup de difficultés que j’ ai pu partir pour Chengdu. Dès mon arrivée, ma mère, ma tante, quelques partisans et moi avons protesté contre les autorités. Nous avons protesté contre l’interdiction de voir et de réclamer le corps du Rinpoché. Nous avons hurlé « Vous avez tué  Rinpoché. Si vous ne l’avez pas tué, montrez-nous le certificat médical. ». Ma mère s’est cognée la tête contre le mur. Elle a pleuré et elle a crié pour obtenir une justification de la mort de Rinpoché. Nous avons protesté devant les officiels et nous leur avons dit : « Si nous appartenons à une seule Nation comme vous le prétendez, pourquoi sommes-nous traités différemment ? Pourquoi avez-vous deux politiques pour une soi-disant Nation  unie ? ».

Profondément outragée, j’ai voulu me suicider en serrant mon écharpe autour de mon cou. Les officiels ont eu peur de cette protestation et nous ont permis d’entrer dans le  bureau de la prison. D’abord, ils nous ont demandé de leur faire connaître nos vrais désirs. Nous avons donc écrit nosdemandes : Premièrement, nous avons demandé de préserver le corps de Rinpoché durant  15 jours, ceci conformément à la législation chinoise. Deuxièmement, si Rinpoché est mort de causes naturelles commeassuré par les autorités, nous voulions obtenir le certificat médical. Troisièmement, nous voulons être sûrs que personne ne commande de brûler le corps de Rinpoché afin  qu’il puisse être transporté chez nous.

En fin de compte, nous avons promis que nous ne ferions ni appel, ni pétition, contre les autorités si le corps de Rinpoché était rendu à ma famille. Cependant, aucun de nos propos n’a été entendu: les autorités nous ont informé qu’ils brûleraient le corps de Rinpoché à 7 h 00 ,le jour suivant.

Au moins, ils nous ont permis de voir le corps de Rinpoché brièvement. Après avoir vu le corps de Rinpoché, j’ai six raisons de croire que mon oncle est mort empoisonné. Tout d’abord, les autorités de la prison n’ont pas permis ma mère de rencontrer Rinpoché durant 10 jours. Ensuite, ils n’ont donné aucun document médical ou certificat concernant la mort qui pouvait corroborer l’affirmation que sa mort est survenue d’une cause naturelle. De plus, les officiels ont ignoré notre demande de préserver le corps de Rinpoché, durant 15 jours, conformément à la législation chinoise. Quatrièmement, l’heure de sa mort, citée par les autorités chinoises, changeait continuellement : tantôt à 14 h 00, tantôt à 16 h 00. Cinquièmement, à l’encontre de la législation chinoise, ni le corps de Rinpoché, ni ses cendres n’ ont été remises à ma famille.

Finalement, quand nous avons eu,  brièvement, l’occasion de voir le corps de Rinpoché, j’ai constaté que ses lèvres étaient noires. Les moines qui ont lavé le corps de Rinpoché ont rapporté que ses doigts et les ongles de ses pieds étaient également noirs.

Mon deuxième point se concentre sur les faits qui se sont produits  après la mort de Rinpoché et sur la situation qui demeure Lithang maintenant. Après la mort de Rinpoché, les autorités chinoises continuent à le déshonorer de différentes manières.

. Premièrement, les autorités chinoises ont distribué des fiches et diffusé des informations fausses et déformées à la télévision. Par exemple, ils ont écrit et dit que Tulku Tenzin Delek Rinpoché était un faux moine , un criminel et qu’il portait atteinte à la stabilité sociale.

Deuxièmement, ma famille et les Tibétains locaux ont  l’ interdiction d’offrir les lampes à beurre et d’organiser des prières publiques en mémoire de Rinpoché, selon la  tradition tibétaine.

Troisièmement, les autorités locales ont interdit la construction d’un stupa commémoratif pour  Rinpoché.

Quatrièmement, j’ai entendu dire aussi que les autorités à Nyagchuka (Chinois : Yajiang) essaient de manipuler la réincarnation de Tenzin Delek Rinpoché comme ils l’ont fait pour le 11ème Panchen Lama. Cinquièmement, les photos du Rinpoché sont interdites à Lithang. Finalement, les affaires personnelles de Rinpoché, y compris son argent,ont été confisquées et il nous a été dit qu’elles sont aussi brûlées.

Voici donc sont les deux points du propos que j’ai voulu partager avec vous, aujourd’hui.

Je me sens très heureuse et reconnaissante d’être ici devant vous aujourd’hui. Une occasion comme celle-ci,  c’est ç dire parler librement, est une aspiration de longue date pour chaque Tibétain qui vit au Tibet. Au Tibet, il y a beaucoup de prisonniers politiques qui souffrent et subissent le même destin que mon oncle, Tenzin Delek Rinpoché. J’espère sincèrement que leurs voix seront entendues et que la justice seront faite pour eux. Je crois que c’est impératif que le monde apprenne les injustices infligées aux Tibétains au Tibet.

Je me suis enfuie du Tibet. J’ai dû quitter ma famille et j’ai dû laisser ma fille de six ans derrière moi. Je sais très bien que ma présence devant vous pourrait mettre ma famille au Tibet en danger. Malgré ce fait, je prends tous les risques et je vous raconte mon histoire avec l’espoir sincère que la Communauté internationale va exercer une  pression sur le Gouvernement chinois. Et enfin, qu’ il sera possible d’ouvrir une enquête sur les circonstances de la mort de mon oncle, Tenzin Delek Rinpoché. En fait, la raison la plus importante de mes actes d’aujourd’hui trouve sa place dans le propre désir de mon oncle : le Rinpoché a clairement dit à ma mère et ma tante lors de leur dernière rencontre qu’il désirerait qu’elles fassent appel pour sa cause chaque fois que c’est possible. Il leur a dit aussi de ne pas être gênée,s si elles doivent mendier pour une aide financière.

Enfin, un dernier élément, très important, au nom de la famille de Rinpoché et de ses partisans, je saisis cette occasion de remercier tous ceux qui ont  travaillé jour et nuit pour que le reste du monde sache l’histoire de mon oncle et je prie de tout mon coeur pour que vous puissiez continuer à l’avenir.

Merci.

Pou plus d’informations sur la vie et l’oeuvre de Tulku Tenzin Delek Rinpoche, consultez :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Tenzin_Delek_Rinpoch%C3%A9