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17/02/20 | 21 h 35 min par la rédaction de c' dans l'air

« OPA de la Chine sur le monde » émission proposée par la rédaction de C dans l’air

La rédaction de C dans l’air propose une soirée "Chine : OPA sur le monde", le 18 février.

Alors que la Chine communiste vient de fêter ses 70 ans d’existence, elle ne cache plus son ambition : dépasser les Etats-Unis, devenir la première puissance mondiale. Extension des nouvelles routes de la soie, innovations technologiques, stratégie militaire et diplomatique, guerre commerciale, L’Empire du Milieu tente de redéfinir les règles du jeu mondial. Mais ce scénario est-il déjà écrit ? Quelle est la méthode de la Chine pour conquérir les coeurs et les esprits ? A quoi pourrait ressembler un monde dominé non plus par l’American dream, mais par le « rêve chinois » ?

Ce nouveau Prime de C dans l’air nous emmène dans les coulisses du plus grand basculement géopolitique du XXIème siècle. Des usines éthiopiennes aux terres agricoles de l’Allier, des laboratoires de l’IA à Shanghai aux docks grecs du Pirée, un documentaire inédit propose une immersion dans ce monde qui vit déjà à l’heure de la Chine, avec la contribution des experts emblématiques de l’émission.

Avec la présence d’invités interviewés par Caroline Roux :

– Margrethe Vestager, vice-présidente de la Commission européenne,

– Anthony Blinken, ancien secrétaire d’état adjoint des Etats-Unis,

– l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin,

– le philosophe Gaspard Koenig.

Film réalisé par Walid Berrissoul.

Crédit photo © Maximal Prod.

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Route de la soie : la nouvelle OPA de la Chine sur le monde

L’ouverture de nouvelles voies ferroviaires et maritimes vers l’Europe est le grand projet de Xi Jinping. Il vise à exporter le modèle de développement chinois. Si l’Occident n’y prend pas garde, son influence va encore reculer.

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Publié le 28 janv. 2016 à 1h01

En ce début d’année 2016, une compétition historique se déroule entre deux modèles de développement concurrents, avec d’un côté, la Chine et, de l’autre, les Etats-Unis et les autres pays occidentaux. Si cette rivalité est mal connue du grand public, son issue déterminera l’avenir d’une grande partie de l’Eurasie pour les décennies à venir.

La plupart des Occidentaux savent que la croissance de la Chine a fortement ralenti récemment, passant de plus de 10 % ces dernières décennies à 7 % (ou moins) aujourd’hui. Le gouvernement chinois n’est pas resté passif et a cherché à accélérer la transition d’un modèle de développement basé sur l’industrie lourde, préjudiciable à l’environnement et tourné vers l’exportation, à un modèle basé sur la consommation intérieure et les services.

Mais les calculs chinois comportent également une importante dimension extérieure. En 2013, le président Xi Jinping avait annoncé un vaste projet intitulé « Une ceinture, une route » (« One Belt, One Road »), destiné à transformer le coeur économique de l’Eurasie. Le volet terrestre comprend des voies ferroviaires partant de l’ouest de la Chine, traversant l’Asie centrale et aboutissant en Europe. Le tracé maritime comporte, lui, une série de ports et d’infrastructures permettant d’accroître le trafic maritime entre les pays d’Asie de l’Est et les pays d’arrivée de la ceinture terrestre. Les pays d’Asie auront ainsi la possibilité d’acheminer leurs produits par voie terrestre plutôt qu’à travers deux océans, comme c’est le cas aujourd’hui.

La Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (BAII), à laquelle les Etats-Unis ont refusé de participer plus tôt cette année, est en partie destinée à financer ce projet de nouvelles routes de la soie.

En fait, « Une ceinture, une route » marque un changement radical de la politique étrangère de la Chine. Pour la première fois, elle cherche à exporter son modèle de développement à d’autres pays. Les entreprises chinoises n’ont bien sûr pas attendu ce projet pour être extrêmement actives cette dernière décennie en Amérique latine et en Afrique subsaharienne, investissant dans les matières premières, les industries extractives et les infrastructures nécessaires à leur acheminement en Chine. Mais « Une ceinture, une route » a d’autres ambitions : son but est de développer les capacités industrielles et la demande des consommateurs de pays autres que la Chine. Au lieu d’extraire eux-mêmes les matières premières, les Chinois cherchent à transférer leur industrie lourde à des pays moins développés, de façon à accroître leurs ressources financières et à créer une demande pour les produits chinois.

Le modèle de développement de la Chine est différent de celui qu’affectionnent les pays occidentaux. Il est basé sur des investissements massifs par l’Etat dans les infrastructures – les routes, les ports, les réseaux électriques et de chemins de fer et les aéroports – qui facilitent le développement industriel. Ces dernières années, la stratégie de développement des Etats-Unis et de l’Europe a donné la préférence à des investissements importants dans la santé publique, l’autonomisation des femmes, le soutien à la société civile dans le monde et des mesures contre la corruption.

Aussi louables que soient ces objectifs des pays occidentaux, aucun pays ne s’est jamais enrichi en investissant uniquement dans ces domaines. La stratégie chinoise de développement par le biais des infrastructures, elle, a porté ses fruits en Chine même et a été une composante importante des stratégies suivies par d’autres pays d’Asie de l’Est, que ce soit le Japon, Singapour ou la Corée du Sud.

Quel modèle de développement prévaudra ? Si le projet « Une ceinture, une route » répond aux attentes des planificateurs chinois, l’ensemble de l’Eurasie, de l’Indonésie à la Pologne, sera transformé au cours de la prochaine génération. Le modèle chinois prospérera en dehors de la Chine, accroissant les revenus et ainsi la demande pour les produits chinois, offrant à la Chine des débouchés pour remplacer les marchés stagnants ailleurs dans le monde. Les industries polluantes seront également déplacées ailleurs. Au lieu d’être à la périphérie de l’économie mondiale, l’Asie centrale sera en son centre. Et la forme de gouvernement autoritaire de la Chine acquerra un immense prestige avec des répercussions négatives considérables pour la démocratie dans le monde.

Mais plusieurs facteurs invitent à se demander si ce projet de nouvelles routes de la soie peut réussir. Jusqu’à présent, la croissance basée sur les infrastructures a bien fonctionné en Chine parce que les autorités chinoises sont en mesure de contrôler l’environnement politique. Cela ne sera pas le cas à l’étranger, où l’instabilité, les conflits et la corruption interféreront avec ses objectifs.

Cela ne signifie pas pour autant que les gouvernements américains et occidentaux doivent rester les bras croisés en attendant que la Chine échoue. Si la stratégie de développement massif des infrastructures peut avoir atteint ses limites en Chine même, et risque de ne pas donner les résultats escomptés ailleurs, elle n’en reste pas moins indispensable à la croissance mondiale.

Les Etats-Unis auraient dû être l’un des membres fondateurs de la BAII; ils pourraient toujours y adhérer et inciter la Chine à se conformer davantage aux normes internationales en matière d’environnement, de sécurité et de travail. A défaut, nous risquons de céder l’avenir de l’Eurasie et d’autres parties du monde à la Chine et à son modèle de développement.

Francis Fukuyama

https://www.lesechos.fr/2016/01/route-de-la-soie-la-nouvelle-opa-de-la-chine-sur-le-monde-194824