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06/08/17 | 19 h 45 min par Olivier Tallès avec AFP,

Le panda, un atout ancestral de la diplomatie chinoise… mais quelle soumission au diktat chnois ?

 Le panda, diplomate parallèle

Yuan Zi, un des deux pandas prêtés à la France par Pékin, dans son enclos du zoo de Beauval.  AFP

Yuan Zi, un des deux pandas prêtés à la France par Pékin, dans son enclos du zoo de Beauval. AF

Véritable trésor national, le plantigrade aux oreilles rondes est utilisé depuis des décennies par Pékin comme gage d’amitié et de volonté de rapprochement. C’est la « diplomatie du panda ».

Et si l’événement diplomatique de la semaine venait de se produire au zoo de Beauval ? Pour la première fois, un bébé panda vient de naître en France. Nul doute que les visiteurs vont bientôt s’y presser pour admirer l’adorable boule de poils. Nul doute également qu’on se félicite à Pékin de la naissance de ce nouvel ambassadeur de l’Empire du Milieu.

C’est que pour les Chinois , le panda géant n’est pas un animal comme lesautres. Vivant exclusivement dans les montagnes du centre du pays, il y est considéré comme un animal sacré et un trésor national. Et Pékin a vite compris comment le « grand chat-ours » pouvait devenir son meilleur ambassadeur sur la scène internationale.

Une tradition millénaire

La tradition d’offrir des pandas aux dignitaires étrangers remonte à la dynastie Tang, au VIIe siècle. Elle avait été remise au goût du jour durant la Seconde guerre mondiale par l’épouse de Tchang Kai Chek, qui avait offert un panda au zoo de New York.

Mais c’est surtout la Chine communiste qui a fait un usage extensif de la « diplomatie du panda ». À partir des années 1950, le plantigrade est devenu un outil de rapprochement, autant qu’un gage d’amitié et de confiance. Cette stratégie a culminé en avril 1972, lorsque la Chine a offert un couple de pandas aux États-Unis , peu après la visite historique du président Nixon à Pékin.

Ling Ling et Hsing Hsing étaient peut-être plus populaires que le président américain, bientôt englué dans le scandale du Watergate. En une année, plus d’un million d’Américains étaient venus rendre visite aux pandas chinois au zoo de Washington. Sympathique, mignon, amical et joueur : en quelques décennies, le panda est devenu le visage rassurant du « soft power » chinois.

Des prêts négociés au plus haut niveau

La « diplomatie du panda » a évolué sous Deng Xiaoping. Depuis les années 1980, les pandas ne sont plus offerts mais prêtés – moyennant finances. Il ne suffit toutefois pas de signer un chèque(1) pour recevoir un ursidé noir et blanc. La Chine n’accorde cette faveur qu’au compte-gouttes. L’opération reste éminemment politique, et se négocie toujours au plus haut niveau. En France, le zoo du Beauval en a fait l’expérience. À la suite de la réception du Dalaï-lama par Nicolas Sarkozy, en décembre 2008, les négociations avec Pékin s’étaient subitement ralenties.

Les noms des pandas envoyés à l’étranger sont également loin d’être anodins. En 2008, lorsque la Chine avait transféré un couple de pandas à Taïwan (qu’elle considère toujours comme faisant partie de son territoire), elle les avait baptisés Tuan Tuan et Yuan Yuan. Deux termes qui signifient « union » en chinois. Et quand le très nationaliste gouverneur de Tokyo avait proposé de baptiser le bébé du couple de pandas prêté au Japon par la Chine Senkaku, du nom des îles contestées par les deux pays, il avait failli provoquer un incident diplomatique…

1. Le tarif moyen étant fixé à environ un million de dollars par an, principalement utilisés pour la

Selon la tradition diplomatique, la première dame française et la première dame chinoise seront les marraines du bébé panda né dans la nuit du vendredi 4 août au zoo de Beauval.

La femelle Huan Huan a été prêté pour dix ans à la France par la Chine. / STR/AFP

Les équipes du zoo de Beauval (Loir-et-Cher) ont vécu joie et tristesse dans la nuit de vendredi à samedi avec la naissance de deux bébés pandas jumeaux, très vite suivie du décès du plus faible.

Le premier né est mort peu après 23h30, trop faible pour survivre, mais son jumeau ainsi que la mère Huan Huan (»Joyeuse ») vont bien. En dehors de Chine, seuls 22 parcs zoologiques dans le monde possèdent des pandas. La femelle Huan Huan et le mâle Yuan Zi ont été prêtés pour dix ans à la France.

Comme le veut la règle, ils n’ont pu venir en France qu’après que le chef de l’État français – Nicolas Sarkozy à l’époque – l’eut demandé en personne au président chinois. La naissance d’un bébé panda est donc un événement autant diplomatique que médiatique : selon l’usage, Brigitte Macron devrait être avec la première dame chinoise la marraine du nouveau-né, qui sera remis à la Chine d’ici à trois ans, lorsqu’il sera sevré.

A lire : Pourquoi la naissance de bébés pandas est-elle un événement ?

Une tradition ancienne

Pékin mène depuis des siècles la diplomatie du panda. À l’époque impériale, les empereurs avaient l’habitude d’offrir ces animaux aux royaumes à qui ils reconnaissaient une autorité. D’après les historiens chinois, la cour du Japon avait ainsi reçu un panda en cadeau dès le VIIe siècle.

Les communistes ont poursuivi avec succès cette politique du don malgré la raréfaction de l’animal classé sur la liste rouge des espèces en danger du fait de la destruction de son habitat naturel.

En 1972, Richard Nixon est le premier président des États-Unis à se rendre en visite officielle dans la Chine rouge. Pour contribuer à la normalisation des relations entre les deux pays, Mao offre alors à Washington deux pandas géants.

Des prêts

Aujourd’hui, les pandas ne sont plus donnés mais loués aux zoos pour des montants qui tournent généralement autour d’un million d’euros par an. Ces prêts sont le reflet des relations entre la Chine et le pays demandeur et peuvent être retardés en cas de brouille.

La France a ainsi dû attendre 2011 et une demande de visu de Nicolas Sarkozy à son homologue chinois pour obtenir les deux ours blanc et noir du zoo de Beauval. Pendant trois ans, les autorités chinoises agacées par les polémiques en France sur l’attribution des Jeux de Pékin ou la visite du Dalaï-Lama, la figure des Tibétains en exil, avaient fait traîner les choses en longueur.