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07/07/18 | 10 h 46 min par Shohret Hoshur / Traduction France Tibet

DROITS DE L’ HOMME au TURKESTAN ORIENTAL OCCUPE : Les parents ouïghours enfermés en Centre de rééducation et leurs enfants maltraités dans des orphelinats surchargés, effet du nationalisme han.

Une femme ouïghoure porte un nourrisson tandis que des enfants jouent à proximité d’une cage protégeant des agents de police paramitaire en faction. 1er Mai 2014. AP Photo

Des douzaines d’enfants ouïghours, principalement de la région autonome du Xinjiang, ont été envoyés dans des orphelinats alors que leurs parents ou tuteurs sont détenus dans des camps de ré-éducation.

Dès avril 2017, des Ouïghours accusés de défendre de « forts points de vue religieux » et d’être « politiquement incorrects » sont emprisonnés ou détenus dans des camps de rééducation à travers la région autonome du nord-ouest chinois, région dans laquelle le groupe ethnique majoritaire dénonce de longue date une continuelle discrimination ainsi qu’ une répression religieuse et culturelle sous l’autorité chinoise.

Un officier du poste de police du village de Chinibagh, dans l’agglomération d’Hotan (Hetian en chinois), préfecture du comté de Qaraqash (Moyu), a récemment informé RFA’s Uygur Service que le gouvernement local décidait de l’avenir des enfants des détenus de camps de rééducation.

« Les enfants se voyant éloignés de leurs parents ont été envoyés de façon temporaire dans des orphelinats en attendant la libération de ceux-ci », a déclaré l’officier de police. Ce dernier habite dans le village de Yengisheher où, d’après des sources, 40 % des 1 700 habitants ont été en camp de rééducation.

« Les enfants ont été placés dans l’orphelinat de Qaraqash parce qu’ils n’avaient personne pour s’occuper d’eux. Leurs parents sont trop âgés [pour prendre soin d’eux] et peinent pour s’occuper d’eux-mêmes.»
L’officier déclara qu’environ 50 à 60 enfants ont été sujets à cette mesure.

En octobre 2017, un officier de police ouïghour du poste de Kashgar (Kashi) déclarait également à RFA que les enfants de détenus des camps étaient envoyés dans des orphelinats.

Un Ouïghour travaillant dans un de ces orphelinats, déclarait à RFA sous condition d’anonymat que son établissement était sérieusement surpeuplé et décrivait des conditions de vie « terribles» pour les enfants âgés de 6 mois à 12 ans « enfermés comme des animaux de ferme dans leur étable ».

Il ajoutait que son orphelinat recevait beaucoup de donations, que « très peu d’argent était dépensé pour les enfants », et la gérance de l’établissement économisait en servant de la viande aux enfants qu’une seule fois par semaine et le reste du temps, seule une « soupe de riz »leur était servie .

En raison de cette surpopulation des orphelinats dans la région, les autorités « déplacent les enfants dans d’autres régions de Chine », informa-t-il, sans pouvoir donner de précisions sur les lieux où ils ont été envoyés.

Il ajoutait que parmi les mesures de plus en plus restrictives développées au Xinjiang, « il est impossible » pour les parents libérés des camps de rééducation de retrouver leur(s) enfant(s) dans les orphelinats.


Un réseau de camps

Les autorités centrales de Chine n’ont pas reconnu officiellement l’existence des camps de rééducation dans le Xinjiang, et le nombre de détenus dans ces centres totalitaires est un secret jalousement gardé, mais des membres locaux du Parti en différentes zones de la région, dite autonome, ont communiqué par téléphone à RFA, révélant l’envoi d’un nombre significatif d’ Ouïghours dans les camps, décrivant même certains comme surpeuplés.

Citant des témoignages crédibles, les députés Marco Rubio et Chris Smith, à la tête de la Commission exécutive du Congrès sur la Chine, ont récemment parlé de 500 000 à un million de personnes détenues dans les camps de rééducation, « au monde, le plus grand système d’incarcération de masse d’une minorité ».

Adrian Zenz, conférencier en méthodes de recherche sociale à l’école européenne de culture et de théologie, rapporte que le chiffre « pourrait approcher les 1,1 million, ce qui représente entre 10 et 11 % de la population musulmane de la région ».

Au Xinjinag, la Chine mène régulièrement  des campagnes dénommées « Frapper Fort » incluant des raids de police dans les maisons ouïghoures, la restriction des pratiques de l’Islam,et des mesures destinées à faire diminuer l’usage de la culture et de langue locales.

Tandis que la Chine dénonce les Ouïghours comme de potentiels terroristes, les experts en dehors de la Chine disent que Pékin exagère la menace ouïghoure et que la politique répressive conduite dans la région est en fait responsable de la montée des violences qui ont fait des centaines de morts depuis 2009.