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02/01/18 | 19 h 05 min

PARIS / BEAUBOURG : « THARLO, LE BERGER TIBETAIN », soirée-débat avec Françoise Robin, de l’Inalco, le 3 janvier 2018

                                                                                  

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                 « Pema Tseden ou comment être un réalisateur tibétain aujourd’hui »

Tharlo est un berger tibétain qui mène une existence paisible dans la montagne, éloigné des réalités du monde. A l’aune de ses quarante ans, il est convoqué par les autorités locales. Les nouvelles directives du gouvernement imposent la possession d’une carte d’identité pour tous les citoyens de la République Populaire de Chine.

 RAPPEL : L’itinéraire inattendu d’un film tibétain en Chine par Brice Pedroletti dans Le Monde  du 20 décembre 2016

Après avoir été sélectionné dans divers festivals internationaux, « Tharlo », du cinéaste tibétain Pema Tseden, rencontre un joli succès en Chine.

«  Tahrlo » réalisé par Pema Tseden.

LETTRE DE PÉKIN : Montrer en Chine un film d’auteur est déjà un défi. Que ce film soit en noir et blanc, réalisé par un cinéaste tibétain, qu’il pose à travers une fable en apparence rustique des questions essentielles, sans que la censure n’en émousse la portée, alors sa sortie sur tout le territoire chinois fait date.

Ainsi va, depuis un mois, l’improbable carrière chinoise de Tharlo, cinquième film du cinéaste tibétain Pema Tseden, couronné depuis fin 2015 par plusieurs festivals internationaux. Tharlo, c’est le nom officiel de « petite natte », un berger tibétain des hauts plateaux de la province du Qinghai, à qui la police impose de se faire faire une carte d’identité. Cette démarche va le conduire à sa perte : en ville, il rencontre une jeune femme qui le convainc de vendre les bêtes dont il s’occupe pour le compte de plusieurs éleveurs.

A 47 ans, Pema Tseden, premier Tibétain diplômé de l’Institut du cinéma de Pékin, savoure cette reconnaissance d’autant plus inattendue qu’il s’était retrouvé empêtré il y a cinq mois dans un sinistre imbroglio : arrêté après une altercation avec le personnel de l’aéroport de Xining, la capitale du Qinghai, sa province natale, pour un bagage oublié, le cinéaste s’est retrouvé en détention, maltraité puis hospitalisé plusieurs semaines – preuve que les rapports avec la police peuvent vite tourner au vinaigre, surtout en tant que Tibétain.

Contrechamps interdits : Le 18 novembre dernier, Pema Tseden, donc, a commencé une tournée qui l’a mené de Chabcha, la bourgade tibétaine du Qinghai où il fut lycéen, à Lhassa, Shenzhen, Wuhan, Pékin, soit déjà une dizaine de villes, où un public tibétain, mais aussi chinois han, s’est pressé dans les salles pour le rencontrer.

La genèse de Tharlo fut presque un accident : à l’hiver 2015, Pema Tseden voit plusieurs de ses synopsis refusés par la censure. Il soumet le scénario de Tharlo, adapté d’une de ses nouvelles (paru en France dans…

Le 18 novembre dernier, Pema Tseden, donc, a commencé une tournée qui l’a mené de Chabcha, la bourgade tibétaine du Qinghai où il fut lycéen, à Lhassa, Shenzhen, Wuhan, Pékin, soit déjà une dizaine de villes, où un public tibétain, mais aussi chinois han, s’est pressé dans les salles pour le rencontrer.

La genèse de Tharlo fut presque un accident : à l’hiver 2015, Pema Tseden voit plusieurs de ses synopsis refusés par la censure. Il soumet le scénario de Tharlo, adapté d’une de ses nouvelles (paru en France dans le recueil Neige, chez Philippe Picquier, 2012). L’approbation tombe. Il s’empresse de tourner le film, en trois semaines. Tharlo est accepté à la Mostra de Venise. La censure valide dans la foulée son visa d’exploitation.

Car l’univers cinématographique de Pema Tseden est cerné de contrechamps interdits, celui de régions tibétaines en pleine effervescence depuis 2008. « Que nous puissions commencer à parler de la possibilité d’un cinéma tibétain qui émerge au Tibet même me paraît ni plus ni moins relever du miracle », avait déjà écrit au sujet de ses premiers films le documentariste tibétain Tenzing Sonam, en exil en Inde. S’il est tabou pour Pema Tseden d’évoquer la répression au Tibet ou les immolations, soumettre son personnage à une expérience sociologique en apparence anodine, comme la normalisation de son identité, ne l’est pas.

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Films révolutionnaires

« C’est un simple processus administratif, mais beaucoup de gens au Tibet n’ont pas cette notion, ils sont mariés depuis des dizaines d’années, on leur dit qu’ils doivent s’enregistrer, sinon, c’est illégal. D’autres ont des enfants qui ne sont pas déclarés. Pour beaucoup de Tibétains, cela signifie symboliquement qu’ils rejoignent ce grand contexte de la Chine », explique Pema Tseden. « Cela représente aussi l’histoire de nombreux jeunes Tibétains en quête de leur identité. Ils sont dans un processus douloureux, frustrant, dans lequel ils sont perdus. Certains ne trouvent pas, c’est parfois une dérive », dit-il. Le film en devient une allégorie sur la vulnérabilité de l’identité tibétaine, ou du moins de certains des éléments qui la constituent. « L’histoire de Tharlo, c’est notre histoire », a tweeté sur le réseau social Wechat un jeune étudiant tibétain de Rebkong, en novembre.

Le berger Tharlo a une autre particularité : il a une prodigieuse mémoire. Elle lui permet de réciter par cœur, en mandarin, « Servir le peuple », un texte fondateur de Mao Zedong sur les devoirs des citoyens et du Parti – et qui en est venu à structurer sa représentation du bien et du mal. « J’avais entendu parler de ses bergers qui vivaient très loin, avaient passé leur enfance sous la révolution culturelle et en gardent des traces. C’est cela qui m’intéressait », poursuit Pema Tseden. Il a constaté, lors de la diffusion du film en festival à l’étranger, que nombre d’Occidentaux voyaient cette récitation de manière anecdotique, sans réaliser le choc que fut la révolution culturelle pour les Tibétains – les récitations quotidiennes, les séances de lutte, la religion maoïste faisant table rase du bouddhisme.

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Lui-même, enfant, se souvient d’une époque régie par la peur. Le grand-père, un lama (enseignant du bouddhisme) tibétain, était obligé de prier en cachette. Quand après la mort de Mao, il fut le premier à ressortir des drapeaux de prière, tous les villageois lui emboîtèrent le pas.

Pema Tseden a découvert le cinéma dans les projections de films révolutionnaires, chinois, soviétiques, yougoslaves, qui vont de village en village. Puis des ingénieurs chinois vinrent construire un barrage. Ils montèrent un cinéma en plein air. Avec des films un peu différents : Les Temps modernes, de Chaplin, Zorro, le héros masqué avec son catogan… C’est à eux qu’il fait remonter sa passion pour le cinéma.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/cinema/article/2016/12/20/l-itineraire-inattendu-d-un-film-tibetain-en-chine_5051485_3476.html#TtJUGBtWXcmZ7Xc3.99

 

LE MONDE |  • Mis à jour le  |Par Brice Pedroletti (Pékin, correspondant)

image: http://img.lemde.fr/2016/12/19/0.5/0/2065/1376/534/0/60/0/54bcec0_11542-lxeo5b.esqipsc3di.jpg

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Alexandra David-Néel et son fils adoptif Aphur Yongden (extrait du site officiel)

 
La quatrième de couverture 

                    «Écrire est pour moi un moyen de parvenir à cette paix tant désirée

                                                                      du corps et de l’esprit.»

Le cinéaste et romancier Pema Tseden a choisi de faire connaître l’identité tibétaine, loin des oripeaux folkloriques dont les dirigeants chinois autant que les Occidentaux l’ont affublée. Maniant la plume avec autant de bonheur que la caméra, il livre sept nouvelles écrites entre 1994 et 2011, bijoux d’humour et de poésie, qui déconstruisent les dogmes chinois (formidable berger récitant d’une seule traite « Servir le peuple » de Mao Zedong devant des bureaucrates médusés), mais aussi les croyances tibétaines (irrésistibles découvertes autour de la réincarnation d’un ami d’enfance) ou les mythes occidentaux (ineffable bobo américain dans la steppe).

Une culture tibétaine en pleine mutation. (Martine Bulard, Le Monde diplomatique.)»

 A propos de Brice Pedroletti

Brice Pedroletti

Le premier jour à Pékin a été marqué par la visite de la Cité Interdite, de la fatigue (après 10 heures d’avion) et d’une grosse chaleur. Elle aura été marquée également par la rencontre avec Brice Pedroletti. Ce journaliste correspondant pour Le Monde en Chine est passé nous voir dans notre Hutong, c’est-à-dire un des ensembles de bâtiments typiques de Pékin, ou se trouvait notre hôtel. C’est dans la cour de notre habitat que nous avons pu échanger sur son métier et sur la difficulté du journalisme en Chine, pays où la liberté d’expression n’existe pas.

Brice Pedroletti nous a présenté son métier et son poste, c’est-à-dire celui de journaliste correspondant, il est donc salarié chez Le Monde, mais n’est pas basé en France mais à Pékin. Il est le journaliste qui s’occupe de toute l’actualité qui émane du pays, quelles soient de nature politique, internationale ou économique. C’est justement sur ce dernier sujet que Brice Pedroletti est spécialiste.

Avant d’avoir ce poste à Pékin il a été chargé des sujets économiques en Chine, basé à Shanghai, et avant ça des sujets économiques au Japon. Mais c’est devant le jeu de chaise musicale des postes de correspondant et de la suppression de certaines d’entre elles que notre journaliste a été propulsé à la capitale de l’empire du milieu.

Nous avons pu parler des contraintes du métier de journaliste en Chine. Il est lui, à titre personnel, libre d’écrire sur ce qu’il veut, et de la façon dont il veut que cela prenne forme, puisqu’il est journaliste français et qu’il est diffusé par un organe de presse français. Néanmoins, malgré cette apparente liberté il nous a confié avoir déjà été suivi dans la rue. Il nous a également parlé d’un reportage qu’il a tenté de tourner au Tibet. Seulement il était contraint par les autorités chinoises à suivre des directives très strictes, l’empêchant de rencontrer des gens et de faire son métier…

Maxime Wangrevelain et Ophélie Pichlack

Compétences Posté le 1 juin 2017

Publié le  28 décembre 2017 à 13 h 05