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14/02/17 | 20 h 22 min par François Godement

PARIS / PEKIN : « La Chine a gagné sans livrer bataille »… la France s’est autocensurée au sujet du Tibet et des droits de l’homme… Réponse à la question posée par le cas de Sonam ?

chine elus

Dans la perspective d’attirer des investissements chinois, la France s’est autocensurée au sujet du Tibet et des droits de l’homme, analyse François Godement, spécialiste de la Chine.

Propos recueillis par Marc Epstein, publié le , mis à jour à

Note de la rédaction de la France Tibet : 

Dans notre article précédent, posté vers 14h, nous nous posions une question …

« TOULOUSE  / ALERTE ROUGE : Un virus asiatique a-t-il contaminé le Préfet, qui ordonne l’expulsion d’un Tibétain ?

Quelle mouche a piqué Monsieur le Préfet ? »

Voici donc la réponse par ce professeur de Sciences Po Paris,  sans aucune concertation bien sûr ! Coïncidence ? Serendipité ? Fort amusant, quoiqu’il en soit !!

Quels sont les relais d’influence de la Chine en France?

La représentation diplomatique, au sens large, repose sur une mécanique ancienne et très forte. Ce pays possède une énorme ambassade, avenue George-V, et un grand centre culturel situé à 100 mètres du Quai d’Orsay. Il a aussi racheté l’ex-ministère de la Coopération, afin d’y établir les services de la chancellerie, et dispose d’un grand service à Chevilly-Larue, dans la banlieue parisienne, soupçonné d’abriter un centre d’écoutes satellitaires.

 Au-delà, beaucoup de régions chinoises et de grandes entreprises ont des représentations à Paris, parfois très luxueuses, ou en province. Dans ce domaine, le cas le plus frappant a été le rôle joué par Georges Frêche, avant son décès: dès 1981, alors maire de Montpellier, il pilote le jumelage de sa ville avec la municipalité de Chengdu. La région Occitanie est aussi partenaire de la province du Sichuan.

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Peut-on parler de propagande?

Oui et non. Les Français, comme d’autres, sont nombreux à être invités en Chine : outre les politiques, des universitaires sont sollicités pour enseigner ponctuellement dans les établissements chinois, parfois par le biais des associations scientifiques.

Les thèmes proprement politiques sont moins porteurs. En 2014, de nombreuses entreprises françaises ont contribué à la Nuit de Chine au Grand Palais, à l’occasion du 50e anniversaire des relations diplomatiques entre Paris et Pékin, mais l’événement n’a pas rencontré le succès espéré. A titre de comparaison, un pays comme la Russie développe un discours inventif et créatif, porté par des diplomates qui connaissent la culture européenne. Ce n’est pas le cas de la Chine: l’ambassadeur, à Paris, ne parle pas français.

Quid des médias?

Si les Chinois font pression sur les anglophones, ils semblent peser moins sur les Français, même si la correspondante de L’Obs, Ursula Gauthier, a été expulsée de facto en 2016.

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Le Tibet et la situation des droits de l’homme en Chine mobilisent-ils toujours?

Très peu d’élus y font allusion. Sur ces sujets, la Chine a gagné sans livrer bataille: la perspective d’attirer des investissements d’entreprises chinoises amène les uns et les autres à s’autocensurer. Voyez la mairie de Paris. Il y a une dizaine d’années, elle prenait position sur la situation des droits de l’homme. Aujourd’hui, elle ne se manifeste guère. Entre-temps, la capitale française est devenue la ville la plus visitée au monde par les touristes chinois.

François Godement est directeur du programme Asie et Chine de l’European Council on Foreign Relations (ECFR), professeur de sciences politiques à Sciences po.

Dans notre article précédent :

TOULOUSE  / ALERTE ROUGE : Un virus asiatique a-t-il contaminé le Préfet, qui ordonne l’expulsion d’un Tibétain ? : quelle mouche a piqué Monsieur le Préfet ? voici  donc la réponse par ce professeur.