Chine : Répression massive au Xinjiang

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Le gouvernement chinois traite depuis longtemps les musulmans du Xinjiang avec hostilité et voit leur religion et leur culture comme des signes de déloyauté et de séparatisme, justifiant un large éventail d’abus au nom de la lutte contre le terrorisme.

La répression s’est considérablement accrue, en particulier depuis fin 2016, quand le secrétaire du Parti communiste Chen Quanguo a pris la tête du Xinjiang après avoir dirigé le Tibet, plongeant la région dans une crise des droits humains d’une ampleur jamais vue depuis des décennies.

Les faits sont terrifiants : selon des estimations crédibles, un million de personnes sont détenues arbitrairement dans des « camps d’éducation politique » sans aucune base légale et sont soumises à un endoctrinement politique forcé. Elles sont détenues indéfiniment, en l’absence de toute procédure régulière, sont coupées de leur famille et n’ont pas accès à un avocat.

La vie à l’extérieur des camps n’est guère plus enviable. Les autorités soumettent les musulmans à un contrôle de plus en plus omniprésent de leur vie quotidienne. La surveillance de masse, les dénonciations, les restrictions de déplacement et l’endoctrinement forcé font du Xinjiang une prison à ciel ouvert pour la population musulmane. Avec un niveau de contrôle sans précédent sur les pratiques religieuses, les autorités ont de fait rendu l’islam illégal dans la région.

La répression chinoise s’étend au-delà des frontières du pays : les ressortissants d’origine ouïghoure et kazakhe vivant à l’étranger ainsi que leurs familles font l’objet de menaces, de pressions et d’une étroite surveillance.

Le gouvernement français devrait cesser de fermer les yeux sur les violations massives des droits humains dans le Xinjiang, symptomatiques de l’intensification de la répression en Chine sous le président Xi.

Jean-Yves Le Drian devrait mettre à profit sa visite pour appeler publiquement Xi Jinping à fermer les camps d’éducation politique et à mettre fin aux autres formes de répression. Il devrait clairement indiquer qu’à défaut de cela, les relations de la France avec la Chine seraient affectées. Ce n’est qu’ainsi que les dirigeants chinois verront que les violations des droits humains qu’ils commettent ont un coût politique.

La France et d’autres pays devraient également prendre des initiatives dans des instances multilatérales, telles que le Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies, pour imposer des sanctions ciblées contre Chen Quanguo et d’autres responsables d’abus graves.

Un nouveau silence français enverrait un dangereux message cautionnant la répression dans le Xinjiang, en même temps qu’il affaiblirait la crédibilité de la France, elle qui proclame que la justice et la liberté, ainsi que le multilatéralisme, sont au cœur de sa diplomatie.

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Bénédicte Jeannerod

@BenJeannerod