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06/12/19 | 18 h 36 min par Pierre-Michel Vidal

PAU : « LA CAPITALE HUMAINE ET L’INSTITUT CONFUCIUS »

“ On peut tout fuir, sauf sa conscience.”   Stefan Zweig.

Il fut un temps où, au fronton de la mairie de Pau, le drapeau tibétain était accroché occasionnellement en signe de solidarité avec le peuple de l’Himalaya. Un pays envahi, colonisé par le régime chinois qui allie la violence autoritaire inhérente au communisme à l’injustice agressive d’un capitalisme exacerbé, soi-disant d’Etat, en fait géré par et pour une nouvelle classe sociale arrogante, vivant dans un luxe soigneusement occulté. A cette époque, ici et là, dans de nombreux lieux du Béarn, des comités de soutien au Tibet proposaient des journées de solidarité où l’on servait des repas inspirés de la cuisine du toit du monde. Ca n’était pas forcément gastronomique mais elle était sympa cette solidarité avec une culture millénaire, écrasée par l’ogre chinois.

La situation des minorités qui vivent en Chine est devenue pire aujourd’hui qu’elle n’était en ces années de protestation timide. Car, si on parle moins du Tibet on sait que la colonisation forcée chinoise y avance rapidement. Elle se fait en détruisant les traditions et les spécificités spirituelles millénaires au profit d’un matérialisme désespérant.

Désormais, ce sont les Ouïghours qui font l’objet des protestations internationales. Cette minorité musulmane est majoritaire dans la province du Xinjiang, située au nord-ouest du pays. Comme au Tibet, les Hans, ethnie majoritaire en Chine mais qui représentait seulement 6 % de la population du Xinjiang en 1949, sont arrivés en multitude, sur leur territoire. Si bien qu’aujourd’hui, ils sont presque aussi nombreux que les Ouïghours qui tentent de résister et de préserver leur culture.

Un million de ces derniers sont enfermés dans des camps que des ONG qualifient « de concentration ». Le Parisien Libéré cite un document officiel  qui établit le règlement de ces camps : « Les portes des dortoirs, des couloirs et des étages doivent être fermées à double tour immédiatement après avoir été ouvertes et refermées. Le document spécifie que les internés doivent être constamment sous surveillance, y compris lorsqu’ils se rendent aux toilettes, afin de prévenir tout risque d’évasion : « Une vidéosurveillance complète doit être établie dans les dortoirs et les salles de classe, sans angles morts, de façon à ce que les gardiens puissent exercer leur surveillance en temps réel, enregistrer les choses dans le détail et rapporter immédiatement tout événement suspect. »

Il faut aussi évoquer la lutte désespérée de la jeunesse de Honk-Kong qui mène un combat héroïque pour la défense de la démocratie et de la liberté. Combat suivi par les médias et surtout les réseaux sociaux du monde entier. Il vient d’obtenir un soutien unanime du Sénat de l’Amérique de Trump, pourtant si fustigée par ailleurs.

La situation des populations chinoises ne concerne apparemment pas nos édiles locaux. Le site de la ville, « Pau Capitale Humaine », fait une promotion grandiose de l’institut Confucius qui vient de s’installer dans le centre-ville il y a quelques semaines. Plusieurs pages lui sont consacrées et une vraie publicité gratuite lui est offerte dans ce support payé par le contribuable : « L’Institut Confucius propose des cours de chinois et des activités culturelles et corporelles. L’Institut Confucius de Pau démarre ses activités dès le 30 septembre 2019. Inscrivez-vous aux cours de chinois proposés pour tous les niveaux et tous les publics, ainsi qu’aux activités culturelles et corporelles. »

Cet « Institut », on le sait, est une émanation du gouvernement chinois, une sorte de fanion planté pour la diffusion progressive de son influence culturelle d’abord, puis commerciale et enfin politique. Le site de la ville annonce d’ailleurs la couleur : L’Ambassadeur de Chine Lu Shaye a participé lundi 28 octobre à l’inauguration de l’Institut Confucius de Pau en présence de représentants de la ville de Xi’An. Une plaque a été dévoilée sur le bâtiment de la rue Valéry Meunier.

L’Institut Confucius s’est-il installé à Pau par hasard ? Il aura fallu – sans faire de « complotisme » -, l’accord des ministères concernés, certainement celui des Affaires étrangères et peut-être plus… On le sait la montée en puissance de la Chine est irrésistible, c’est un marché immense, en forte croissance qui bénéficie d’une main d’œuvre illimitée sans droits ni recours. Un pays qui ne s’embarrasse pas du discours sur le climat – en fait le plus polluant de la planète – avec un record concernant la production de CO2-, qui pratique un espionnage industriel à grande échelle masqué derrière le paravent d’une collaboration culturelle. Par ailleurs, une réserve sans fin de consommateurs potentiels.

Il y a la raison d’Etat, d’accord, mais l’indignation ne peut être toujours sélective. L’argent n’a pas d’odeur, mais que vaut une politique sans morale ? A-t-elle un sens ? Nos propres enfants ne nous demanderont ils pas des comptes ? Qu’avez-vous fait pour le Tibet, Honk Hong ou les Ouïghours ?

Peut-être, avant qu’il ne soit trop tard, faudrait-il envoyer un signe, un message aux victimes de ce régime inhumain ? Un communiqué pour condamner les exactions des dirigeants chinois. Une adresse symbolique. Un geste : le simple drapeau d’une de ces populations martyres au fronton de la mairie de l’autoproclamée « Capitale Humaine ».

Pierre Michel Vidal