Question posée par le 23/05/2019

Bonjour,

Votre question fait suite à l’engouement des médias français cette semaine pour une information venue de Chine. Ainsi plusieurs articles évoquent que «La Chine attribue une sonnerie de téléphone spéciale aux citoyens endettés» (Le Figaro) ou «une « sonnerie de la honte » imposée pour ceux qui ne payent pas leur dette» en Chine (Europe 1), ou encore que cette mesure va être mise en place comme titre le Soir : «Chine : les mauvais payeurs seront humiliés avec une sonnerie de téléphone spéciale.»

Une sanction existant depuis 2017

Le premier média en français à avoir dégainé cette information est Business Insider, le 20 mai, avec l’article «En Chine, les opérateurs télécoms attribuent une sonnerie spéciale aux mauvais payeurs», qui est une traduction d’un article initialement paru en anglais. Le site d’information économique y explique que certains opérateurs téléphoniques chinois attribuent des «sonneries spéciales pour les personnes endettées», surnommées «Lao lai». Le site précise que ces sonneries spéciales «avertissent les appelants qu’ils sont sur le point de contacter quelqu’un qui a des dettes et leur demande de les inciter à payer.»

Si certains des articles français semblent découvrir ces «sonneries de la honte», présentées comme une nouveauté que «la Chine expérimente actuellement» (CNews), Business Insider rappelle que «ces messages sont en place depuis au moins 2017. Cette année-là, un tribunal du comté de Guanyun, dans l’est de la Chine, a collaboré avec un opérateur de télécommunications local pour concevoir une sonnerie qui informe les appelants» et cite une dépêche de l’agence de presse publique Xinhua parue en juillet 2017A l’époque, l’agence révélait le contenu du message, audible par les interlocuteurs du Lao lai : «La personne que vous appelez a été mise sur une liste noire par le tribunal du comté de Guanyun pour ne pas avoir remboursé ses dettes. S’il vous plaît, exhortez la personne à remplir ses obligations légales.»

Xinhua notait que la mesure ne concernait alors que «dix personnes» enregistrées sur une liste noire. Comme le soulignait le South China Morning Post en mars 2019 et comme CheckNews a pu le constater dans des articles chinois, ce type de mesure concerne d’autres régions, et ce dès 2017 comme le Shiquan de la province du Shaanxi.

Des avertissements vocaux ou SMS

Contrairement à ce que peuvent laisser penser certains articles ou chroniques à la radio ou à la télé, la «sonnerie de la honte» n’est pas une sonnerie externe, émise par le téléphone du citoyen endetté à chaque fois qu’il reçoit un appel. Il s’agit en fait d’un avertissement sonore, qu’entend toute personne qui passe un coup de fil au mauvais payeur. Il est précédé d’un bruit de sirène, qu’on peut entendre sur le haut-parleur d’un mauvais payeur énervé dans ce reportage d’une télévision chinoise diffusé en 2017 (repris par France 3 cette semaine).

CheckNews a pu constater dans un article publié en août 2017 par le site China.com, que cet avertissement ne se limite pas qu’à un message audio automatisé avant l’appel, mais qu’il peut également s’afficher sous la forme d’un SMS ou d’un texte. Dans une capture d’écran publiée par China.com, le SMS d’alerte signale : «Bonjour, la personne que vous avez appelée fait partie de la liste des personnes qui ne sont pas dignes de confiance de la part du Tribunal du peuple du district de Tianxin, agglomération de Changsha.» et invite même à signaler des montants non déclarés que posséderait l’interlocuteur.

On trouve une version plus courte sous la forme du push ci-dessous : «Le propriétaire de la ligne a été inclus dans la liste des personnes indignes de confiance de la part du tribunal populaire du district de Tianxin, Changsha. Veuillez faire preuve de prudence.»

Pour se débarrasser de ces messages humiliants, les mauvais payeurs n’ont d’autre choix que de rembourser leurs dettes et d’attendre que les autorités communiquent aux opérateurs téléphoniques que leurs clients se sont désormais acquittés de leur dû et ne figurent plus sur les listes noires publiques.

Cordialement

Jacques Pezet