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31/07/17 | 13 h 33 min par Béatrice DESGRANGES

PEKIN / WASHINGTON / PARIS : Washington menace de rebaptiser « Liu Xiaobo » la place de l’ambassade de Chine. Que fait Paris ?

Opinion | Trump administration quietly pressing China to free Liu Xiaobo's widow

 On est toujours sans nouvelles de Liu Xia et Paris reste désespérément muet devant le sort qui lui est réservé. Sans doute Mme Hidalgo pense-t-elle que la manne touristique chinoise vaut bien quelques accommodements avec les Droits de l’homme et craint-elle que toute action en faveur de Liu Xia ne fasse « perdre la face » aux Chinois qui visitent la capitale… Les réactions des Chinois aux différents mémoriaux qui surgissent un peu partout dans le monde montrent qu’il n’en est rien. Si les ultra-nationalistes réagissent de manière agressive, comme ils l’ont fait à Sydney en arrachant les affiches de l’artiste Badiucao, la plupart d’entre eux sont d’abord et avant tout curieux de savoir qui est Liu Xiaobo. La plupart des Chinois savent bien en effet qu’ils vivent dans un pays d’où la vérité est bannie et ils attendent de la France qu’elle soit à la hauteur des valeurs qu’elle proclame. L’exemple du projet de loi de Ted Cruz montre que seul l’engagement déterminé des démocraties pour la libération de Liu Xia pourrait faire bouger les choses.

Le régime chinois prend en effet très au sérieux la menace de voir une « Place Liu Xiaobo » face à l’ambassade de Chine à Washington, un projet de loi introduit par le sénateur Ted Cruz au Congrès. Le ministre des affaires étrangères chinois Yang Jieshi a soulevé la question avec le secrétaire d’Etat Rex Tillerson ; Yang Jieshi a pressé l’administration Trump de peser sur des membres-clefs du Congrès et de s’engager publiquement sur un véto présidentiel. Yang a expliqué à Tillerson qu’un tel geste compromettrait sérieusement la coopération sino-américaine sur des questions majeures (on pense, bien sûr, à la Corée du Nord), ce à quoi le secrétaire d’Etat américain a répondu que le gouvernement chinois devait engager des pourparlers sur la situation de Liu Xia.
Dans une interview, le sénateur Cruz a rejeté les objections de Pékin et a déclaré qu’il discutait avec la direction sénatoriale pour l’adoption de sa proposition de loi : « je suis heureux de voir qu’elle a retenu l’attention des Chinois, a-t-il déclaré, et je le serai plus encore quand je saurai qu’ils ont cessé de violer les droits de l’homme de manière flagrante. »

Le sénateur Cruz a conçu son projet de loi sur l’exemple d’une décision du Congrès de 1984, en pleine Guerre Froide, celle de rebaptiser « Sakharov » la rue passant devant l’ambassade soviétique, du nom du prix Nobel de la Paix 1975, Andreï Sakharov, arrêté en 1980 et condamné à la déportation jusqu’en 1986. 

Pour le gouvernement chinois, toute reconnaissance internationale de la vie ou de l’œuvre de Liu Xiaobo est vue comme une ingérence dans les affaires intérieures du pays et comme un défi direct au régime communiste : « tout ce qui porterait le nom de Liu Xiaobo serait considéré comme un défi constant, quotidien et comme un affront à la Chine et à Xi Jinping », affirme Bonnie Glaser, maître de conférences à l’Institut des Etudes stratégiques et internationales. Il n’y a aucune tolérance possible pour un dissident du genre de Liu Xiaobo dans la Chine de Xi Jinping. Xi Jinping ne peut accepter de céder à la pression des Etats-Unis sur les questions mettant directement en cause l’hégémonie du Parti communiste sur la Chine mais il y a des précédents qui pourraient l’inciter à quelque souplesse en ce qui concerne Liu Xia. En 2012, Pékin a autorisé l’avocat des droits de l’homme Cheng Guangcheng à quitter la Chine avec sa famille pour les USA après d’intenses négociations avec l’administration Obama.

Liu Xia n’est pas une dissidente, c’est seulement la veuve d’un dissident, ce qui rend la persécution dont elle est l’objet encore plus monstrueuse. Si l’administration Trump continue à exercer une pression sur Pékin, une négociation pourrait s’ensuivre. Mais tant que Liu Xia restera prisonnière du régime chinois, les appels internationaux pour sa libération et les actions d’hommage à Liu Xiaobo ne feront que s’amplifier. »

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