Xi Jinping président à vie ? Quelque 3 000 députés chinois ont chaudement applaudi ce lundi 5 mars la réforme qui doit offrir à l’homme fort de Pékin un mandat illimité, avec pour objectif de transformer le géant asiatique en superpuissance mondiale.

 La session plénière annuelle de l’Assemblée nationale populaire (ANP), soumise au Parti communiste, s’est ouverte pour deux semaines et devrait encore renforcer les pouvoirs de Xi Jinping, inégalés depuis l’époque du fondateur du régime Mao Tsé-toung (1949-1976).

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Calé dans son fauteuil dans l’immense Palais du peuple, Xi Jinping a placidement écouté les 2 980 députés applaudir à tout rompre à la lecture d’un projet d’amendement constitutionnel abolissant la limite de deux mandats présidentiels. Les parlementaires valideront cette réforme dimanche 11 mars.

Internet censuré

La perspective d’une présidence illimitée de Xi Jinping, 64 ans, occupait tous les esprits. Arrivé au sommet de l’Etat en 2013, il pourrait y rester après le terme de son deuxième mandat présidentiel en 2023.

«Je le soutiens. Et je soutiens la modification constitutionnelle», a affirmé à l’AFP Zhou Feng, une députée de Shanghai. «C’est vraiment un grand homme. C’est un dirigeant qui se soucie vraiment des petites gens. Je souhaite qu’il reste au pouvoir», renchérit Li Shuxian, une déléguée originaire de la province du Yunnan (sud-ouest).

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Il s’agit tout bonnement d’un alignement avec ses mandats de secrétaire général du Parti communiste et de président de la Commission militaire, qui eux ne sont soumis à aucune limitation, avait plaidé dimanche Zhang Yesui, porte-parole de l’ANP.

Xi Jinping dans la Constitution

Le Parlement adoptera par ailleurs des amendements introduisant le nom de Xi Jinping dans la Constitution et créant un nouvel organe anticorruption national.

La perspective d’un «président à vie» a généré sur les réseaux sociaux des réactions outragées, incrédules ou critiques que les censeurs se sont attelés à étouffer, en bloquant des mots comme «empereur» ou «je ne suis pas d’accord».

L’amendement présenté lundi assure pourtant que des «opinions à la base» ont été sollicitées et que «les masses, membres du Parti et cadres de nombreuses régions» ont tous appelé «unanimement» à supprimer la limitation des mandats.

«Le bon successeur»

Le maintien de Xi Jinping au pouvoir après 2023 appuierait son ambition de faire de la Chine une grande puissance prospère et influente… tout en poursuivant l’élimination des cadres corrompus et de ses opposants au sein du PCC.

Il a hérité «d’un bazar» il y a cinq ans et s’est attaqué «à l’élimination de toutes les menaces pour le Parti et l’Etat. Pour y parvenir, deux mandats ne sont pas suffisants», explique à l’AFP Hua Po, un commentateur politique basé à Pékin.

Si Xi Jinping quittait la présidence en 2023, «il est probable que le pouvoir reviendrait aux mêmes cliques corrompues et aux élites, tous les efforts des dernières années seraient anéantis», fait-il valoir, jugeant que «Xi aura besoin de temps pour trouver et former le bon successeur».

Certains députés pourraient cependant exprimer leur malaise en s’abstenant ou en s’opposant sur la nomination d’alliés de Xi Jinping à certains postes.

«Nous ne l’entendons pas à cause de la censure, mais il y a de l’opposition au sein du régime», insiste Willy Lam, un politologue hongkongais. «Certains jugent que c’est scandaleux, que cela va trop loin, que Xi a lancé un coup contre le Parti».

La Chine table sur une croissance stable

Le Premier ministre Li Keqiang avait dévoilé peu avant cette grand-messe un objectif de croissance économique «d’environ 6,5%» pour 2018 : ce taux est identique à celui de l’an passé, mais inférieur à la hausse du PIB enregistrée en 2017 (+6,9%).

Le budget militaire, deuxième du monde derrière celui des Etats-Unis, augmentera quant à lui de 8,1%. Cette accélération par rapport à l’année précédente (+7%) est principalement destinée à poursuivre la modernisation des forces armées.

Li Keqiang a également averti le gouvernement de l’île de Taïwan, dont Pékin a perdu le contrôle en 1949, que la Chine ne tolérerait «jamais aucune tentative ou action séparatiste».

 Par AFP —