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21/07/17 | 11 h 48 min par Béatrice DESGRANGES

« Les politiques et l’opinion publique du monde entier doivent tendre la main à Liu Xia » (Hu Jia)

MISE À JOUR SUR LA PÉTITION

« les politiques et l’opinion publique du monde entier doivent tendre la main à Liu Xia » (Hu Jia)

Béatrice DESGRANGES

France

18 JUIL. 2017 — Décidément, le régime chinois est d’une cruauté inouïe. Avec un parfait cynisme, après avoir invoqué « la coutume locale » pour justifier la précipitation avec laquelle le corps de Liu Xiaobo a été soustrait à ses proches, après avoir contraint sa veuve à immerger ses cendres, après avoir obtenu du frère-aîné de Liu Xiaobo qu’il désavoue le Prix Nobel de la Paix dans une conférence de presse, le porte-parole du gouvernement chinois demande que l’on respecte la douleur de Liu Xia et qu’on la laisse faire son deuil en paix !

Il sait parfaitement que la coutume, c’est une semaine entière de deuil avant la crémation, il sait parfaitement que la coutume, c’est qu’on place les cendres dans un cimetière ou qu’elles soient conservées par la famille… A ma connaissance, seuls Liu Shaoqi, après sa réhabilitation en 1980, et Deng Xiaoping, en 1997, ont vu leurs cendres jetées en mer « en accord avec leurs dernières volontés », semble-t-il. L’immersion est tout à fait contraire à la mentalité chinoise où le culte des morts occupe une place incommensurable avec celle qu’elle a en Occident. Qui plus est, je l’ai déjà dit, Shenyang est très loin de la mer !

Le gouvernement chinois affirme aussi que Liu Xia « est libre » mais elle est aujourd’hui privée de tout réconfort extérieur. Est-ce ainsi qu’elle est censée « faire son deuil en paix » ? Personne, parmi ses amis, n’a pu la joindre et personne ne peut dire où elle se trouve. Les journalistes qui ont tenté de se rendre chez elle en ont été empêchés par des policiers en civil et ils n’ont vu aucune lumière à ses fenêtres. Est-ce cela une « femme libre » ?

La grande crainte de ses amis est qu’elle ne décide de rejoindre son mari dans la mort. Littéralement séquestrée dans son appartement depuis 2010, longtemps privée même du droit de lire les lettres que Liu Xiaobo lui écrivait, Liu Xia, qui a perdu son père en 2016 et sa mère tout récemment, sans internet et sans téléphone, n’avait d’autre joie que de voir son mari une fois par mois à travers un guichet de verre. Encore ne pouvait-elle lui parler de la vie de recluse qu’elle menait ou des persécutions qu’endurait son frère, condamné à une lourde peine de prison après un procès truqué… Elle ne les lui a révélées qu’il y a quelques mois, bravant l’interdit des autorités au risque d’encourir de nouvelles brimades de leur part.

« Les ministères concernés feront en sorte que les droits de Liu Xia soient respectés en conformité avec la loi », a encore déclaré le porte-parole du gouvernement chinois. Mais la séquestrer pendant sept ans du seul fait qu’elle était l’épouse d’un dissident, alors qu’aucune charge n’a jamais pesé contre elle, qu’elle n’a jamais été jugée ni condamnée, était-ce déjà « respecter ses droits en conformité avec la loi » ?

On sait que la Chine pratique deux types d’assignation à résidence : la réclusion dans l’appartement de la victime, comme cela a été le cas pour Liu Xia depuis 2010, ou dans une résidence gardée secrète où elle disparaît purement et simplement. On sait aussi que l’internement psychiatrique fait partie du dispositif répressif du régime chinois.

Si les démocraties occidentales ne pèsent pas de tout leur poids pour obtenir la libération du Liu Xia, elles porteront le fardeau de leur silence et de leur lâcheté devant l’Histoire.

« Je pense que les politiques et l’opinion publique du monde entier doivent tendre la main à Liu Xia pour la sauver du désespoir », dit Hu Jia, prix Sakharov 2008. J’aimerais tant qu’il soit entendu !…