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24/02/18 | 11 h 44 min par Thorsten Benner, Jan Gaspers, Mareike Ohlberg, Lucrezia Poggetti, Kristin Shi-Kupfer / Traduction France Tibet

Poussée autoritaire en Europe : répondre à l’influence politique de la Chine

 

Les efforts d’influence politique en rapide augmentation de la Chine en Europe et la promotion
confiante de ses idéaux autoritaires posent un défi important à la démocratie libérale ainsi qu’aux
valeurs et aux intérêts de l’Europe.

Alors que les efforts de Pékin ont reçu beaucoup moins d’attention que les efforts de la Russie de Poutine, l’Europe néglige l’influence croissante de la
Chine à ses risques et périls. Tirant parti de sa puissance économique et d’un appareil du Parti Communiste chinois -PCC – qui vise à créer stratégiquement des stocks d’influence à travers le monde, les efforts d’influence politique de Pékin en Europe seront certainement plus importants à
moyen et long terme que ceux du Kremlin.
La Chine commande un ensemble d’outils d’influence complets et flexibles, allant de l’ouvert au caché, principalement déployés dans trois domaines : les élites politiques et économiques, les médias et l’opinion publique ainsi que la société civile et les Universités. En développant son influence politique, la Chine profite de l’ouverture unilatérale de l’Europe. Les portes de l’Europe sont grandes ouvertesalors que la Chine cherche à restreindre fortement l’accès des idées, des acteurs et des capitaux étrangers.
Les effets de cette relation politique asymétrique commencent à se manifester en Europe. Les États européens tendent de plus en plus à ajuster leurs politiques en « obéissance pré-emptive » pour gagner la faveur des Chinois. Les élites politiques au sein de l’Union européenne – U.E. – et dans le
voisinage européen ont commencé à adopter la rhétorique et les intérêts chinois, y compris lorsqu’elles sont en contradiction avec les intérêts nationaux et/ou européens.

L’unité de l’U.E. a souffert des tactiques du « diviser pour régner » de la Chine, en particulier en ce qui concerne la protection et la projection des valeurs libérales et des droits de l’Homme. Pékin bénéficie également des «services» de facilitateurs consentants parmi les classes politiques et professionnelles européennes qui sont heureux de promouvoir les valeurs et les intérêts chinois.

Plutôt que de se contenter de développer activement le capital politique chinois, les élites politiques des États membres de l’UE cherchent à attirer l’argent chinois ou à obtenir une plus grande reconnaissance sur le plan mondial.
La recherche d’influence politique des dirigeants chinois en Europe est motivée par deux motivations imbriquées.

Tout d’abord, le but est d’assurer la stabilité du régime en Chine.
Deuxièmement, Pékin a pour objectif de présenter ses concepts politiques comme un modèle politique et économique compétitif et finalement supérieur.

Poussée par ces motivations, Beijing poursuit trois objectifs connexes.

Premièrement, elle vise à créer un soutien mondial sur des questions et des programmes d’action spécifiques. Cela inclut la promotion de réseaux solides entre les politiciens européens, les entreprises, les médias, les groupes de réflexion et les universités, créant ainsi des couches de soutien actif pour les intérêts chinois.

Deuxièmement, la Chine cherche à affaiblir l’unité occidentale, à la fois en Europe et à travers l’Atlantique.

Troisièmement, Pékin pousse à créer une perception globale plus positive du système politique et économique de la Chine en tant qu’alternative viable aux démocraties libérales.
Dans le débat sur l’influence de Pékin, les officiels chinois se sont plaints que des acteurs occidentaux remettaient en question « la coopération économique et les échanges culturels avec  d’autres pays ». Ceci réduit à néant le fait que, d’une perspective des démocraties libérales, toutes les zones d’interaction avec la Chine sont problématiques et méritent un examen minutieux. Après tout, le modèle politique de la Chine est basé
sur un régime autoritaire visant à renforcer un état de surveillance profondément illibéral chez soi, tout en exportant – ou du moins en essayant de populariser – son modèle de développement politique et économique à l’étranger.

Ainsi, aujourd’hui, tous les domaines de l’interaction de l’Europe avec la Chine ont une forte connotation politique. Si l’Europe a l’intention d’arrêter l’élan des efforts d’influence de la Chine, elle doit agir rapidement et de manière décisive. En répondant à l’avance de la Chine, les gouvernements européens doivent s’assurer que l’ADN libéral des systèmes politiques et économiques de leurs pays reste intact.
Certaines restrictions seront nécessaires, mais l’Europe ne devrait pas copier l’illibéralisme de la Chine. Tout en restant aussi ouvert que possible, l’Europe doit s’attaquer aux vulnérabilités critiques de l’influence autoritaire chinoise à travers une stratégie à plusieurs volets qui intègre différentes
branches du gouvernement, des entreprises, des médias, de la société civile, de la culture/arts et des universités :
 L’Europe doit mieux tirer parti du poids collectif des États membres de l’U.E..

Les grands Etats membres comme l’Allemagne et la France doivent prendre des mesures sérieuses pour mettre leurs relations bilatérales privilégiées avec la Chine au service des intérêts européens communs. Se plaindre du format 16 + 1 que la Chine utilise pour interagir avec les plus petits membres de l’UE en Europe centrale et orientale, tout en s’engageant dans des formats 1 + 1 avec Pékin n’aidera pas à trouver une réponse collective de l’U.E. sur des questions d’intérêts européens.
• Les gouvernements européens doivent investir dans une expertise chinoise de haut niveau et indépendante.

La sensibilisation et la réponse aux efforts d’influence politique de la Chine en Europe ne peuvent réussir que s’il existe une expertise impartiale suffisante sur la Chine dans les think tanks, les universités, les ONG et les médias à travers l’Europe. Cela aidera également à garder l’argent chinois « indésirable » dans ces institutions.
• L’UE doit continuer à fournir des alternatives aux investissements chinois dans les pays européens. Bruxelles peut souligner que, de loin, l’investissement le plus important au sein de l’U.E. et de sa périphérie provient toujours de l’intérieur de l’Europe. Dans la grande
majorité des cas, le financement de l’U.E. est encore beaucoup plus attrayant pour les États membres de l’U.E. que l’argent chinois. Cependant, l’U.E. doit également mettre en œuvre des mesures pour aligner les investissements de l’IRB dans son voisinage avec les intérêts européens. Cela implique de permettre aux pays tiers d’évaluer, de contrôler et de préparer correctement les projets d’infrastructure à grande échelle, y compris ceux financés par la Chine.
• L’U.E. et ses membres doivent renforcer un ensemble flexible d’outils de contrôle des investissements.

L’Europe doit être capable d’arrêter les prises de contrôle d’entreprises d’intérêt public significatif. En plus des secteurs de haute technologie ainsi que des éléments clés de l’infrastructure publique, cela inclut notamment les médias en tant qu’institution d’importance critique pour les démocraties libérales. En outre, le financement étranger de partis politiques de l’extérieur de l’Europe, y compris de la Chine, devrait être interdit dans toute l’U.E..
• L’U.E. doit investir dans le renforcement des régimes de sécurité nationaux et européens, y compris les efforts de cybersécurité et de contre-espionnage.

Les services de renseignement européens doivent d’urgence renforcer la coopération sur les activités chinoises, à la fois pour arriver à une compréhension commune de la menace et pour apporter des réponses communes. Les membres de l’U.E. devraient mettre en place des mesures (supplémentaires) de sensibilisation afin de sensibiliser les cibles potentielles des activités de renseignement chinois. En particulier, les décideurs et les chercheurs devraient être informés de manière plus systématique des schémas communs d’établissement de contacts et d’approches par les agences de renseignement chinois ou les acteurs associés.
• Pour que les acteurs de la société civile et le grand public puissent avoir une image complète de l’influence autoritaire, les démocraties libérales doivent tirer parti de l’un des atouts clés des sociétés ouvertes : le pouvoir du débat public critique.

La mise en œuvre d’exigences de transparence concernant la collaboration avec les acteurs chinois pour les agences médiatiques, les universités et les groupes de réflexion, entre autres, permettrait également de sensibiliser à l’existence et aux objectifs souvent problématiques des différents
mécanismes d’influence qu’utilisent les acteurs étatiques chinois.
L’Europe doit s’assurer que les efforts visant à réduire le programme d’influence du PCC ne dégénèrent pas en une campagne ciblant les citoyens et la culture chinois.

Les membres de l’UE devraient également apporter leur soutien aux membres des communautés chinoises d’Europe qui se trouvent contraints de soutenir le programme d’influence du PCC.

Traduction France Tibet 
Le rapport complet (en anglais) est disponible sur la page de l’article original :

http://www.gppi.net/publications/rising-powers/article/authoritarian-advance-responding-to-chinas-growing-political-influence-in-europe/