Il y a «urgence» à ce que «les entreprises françaises ou européennes soient vigilantes sur le respect des droits de l’homme [au Xinjiang]», et «que nos entreprises et éventuellement les sociétés mères soient respectueuses de la loi de mars 2017 qui l’impose». Mardi, lors des questions au gouvernement, Jean-Yves Le Drian a rappelé à l’ordre, sans les nommer, les marques qui continuent à produire dans cette région de l’ouest de la Chine et ce malgré les très forts soupçons de travail forcé. «Nous n’acceptons pas de nous chausser et nous vêtir dans l’indignité et la maltraitance», a insisté la députée LREM Coralie Dubost.

Depuis le début de l’année, une vaste entreprise de travail forcé visant le peuple ouïghour, qui compte environ 11 millions de citoyens vivant majoritairement au Xinjiang (ou Turkestan oriental), a été mise au jour. Dans son rapport intitulé «Ouïghours à vendre», le think tank Australian Strategic Policy Institute affirme qu’entre 2017 et 2019, au moins 80 000 Ouïghours ont été envoyés dans des usines à travers la Chine, et qu’«au moins 83 marques de portée internationale ont eu recours à ce travail forcé à un moment ou à un autre dans leur chaîne de fabrication».

Ouïghours, le travail à marque forcée

Depuis 2017, la France est dotée d’une loi relative au devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d’ordre, qui engage leur responsabilité en cas de violation des droits humains à une quelconque étape de leur production. Mais pour l’ONG l’Ethique sur l’étiquette, à l’origine d’un appel lancé par 180 organisations de 36 pays en juillet pour que les marques ne recourent plus à de la main-d’œuvre contrainte en Chine, l’injonction ministérielle ne suffit pas. «Nous attendons du gouvernement français, au lieu des demandes polies aux entreprises, qu’il dote la puissance publique de moyens de contraintes, réagit Nayla Ajaltouni, coordinatrice de l’ONG. Il doit faire appliquer la loi sur le devoir de vigilance, qui n’est encore pas respectée par certaines entreprises, en conditionnant les aides à la publication d‘un plan de vigilance. La France doit également être un acteur central dans la négociation d’une directive européenne ambitieuse sur le sujet.»

Après être restées longtemps silencieuses sur la répression massive menée par Pékin au Xinjiang depuis 2017, les autorités françaises ont réagi publiquement ces dernières semaines. Interpellé par des parlementaires après la publication dans Libération d’un témoignage qui révélait les conditions inhumaines de détention dans les «centres de formation professionnelle» où ont été envoyés des centaines de milliers les musulmans du Xinjiang, Emmanuel Macron a dénoncé pour la première fois, le 6 septembre, les «pratiques inacceptables» de Pékin. Et mardi, lors de la troisième commission de l’Assemblée générale des Nations unies spécialisée dans les droits humains, la France s’est associée à 38 pays pour demander à la Chine de «respecter les droits humains» des Ouïghours, et de «permettre un accès immédiat et sans entrave au Xinjiang aux observateurs indépendants».

Collages sauvages

Des pétitions de parlementaires et des campagnes de sensibilisation de la société civile ont été lancées, comme à Paris où des militantes ont procédé à des collages sauvages devant des enseignes de la capitale. Mais la réponse des multinationales reste bien timide. Cet été, seuls Lacoste et Adidas ont annoncé mettre en fin à leur coopération avec des usines du Xinjiang, où est produit 20% du coton mondial. Et mi-septembre, le géant suédois du prêt-à-porter H&M a affirmé qu’il cessait toute relation avec un producteur de fil chinois et qu’il ne s’approvisionnerait plus en coton venant du Xinjiang. De leur côté, le 23 septembre, les élus de la Chambre des représentants des Etats-Unis ont adopté, à une majorité écrasante, un projet de loi visant à interdire la plupart des importations en provenance du Xinjiang. «Les violations des droits humains se répètent tant que leurs auteurs ne sont pas juridiquement redevables»conclut Nayla Ajaltouni.

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