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05/04/18 | 17 h 14 min par Béatrice DESGRANGES

QINMING, rite funéraire : Journée « Balayage des tombes » … Quid des victimes des répressions successives … telles Liu Xiabo, les victimes de Tienanmen et tant de millions d’autres …

 

 

 

… alors qu’ à Nankin, un hommage officiel est rendu aux victimes du massacre de Nanjing à l’approche du festival Qingming *

            Liu Xia : « Un Simple Réveil »

Un simple réveil

只是醒来而已 C’est un simple réveil

我寄居在玩偶们的身体裡 Je vis dans le corps de mes poupées
次次在梦中杀死自己 Qui n’en finissent pas de se suicider dans mes rêves
醒来的时候 Mais au réveil,
却发现自己并没有再生 Je me rends compte que je ne me suis pas réincarnée
只是醒来而已 Et que je ne fais que me réveiller

有时候在人们面前 Parfois, devant les gens, 
我脸上出现一种 Mon visage affiche
什么也不在乎的表情 Un air d’indifférence au monde
那种蛮横的神态 Ce genre d’attitude prétentieuse
让自己都以为 Laisse à penser 
我已经顿悟了一切 Que j’ai atteint l’illumination de l’éveil
没有人知道 Mais personne ne se doute
夜晚孤灯下枯坐的我 Que, la nuit, je me fane, assise à la lumière d’une lampe solitaire,
多么愧疚 Personne ne sait combien de remords me hantent
又是怎样地 Ni combien
心怀感激 Mon cœur déborde de reconnaissance

风已经吹动了窗帘 Le souffle du vent fait remuer les rideaux
谁又能肯定 Mais qui pourrait affirmer
它仅仅是风呢 Que ce n’est que le vent ?

Dans le calendrier agricole, Qingming, c’est aussi le début des labours de printemps, le temps du chant et de la danse, du vol des cerfs-volants, celui des visites à la famille, de la renaissance et des amourettes.

Qingming jie est enfin l’occasion, pour la population, de manifester contre le gouvernement. Ce fut le cas en avril 1976, place Tian’Anmen, à l’occasion de la célébration de la mort de Zhou Enlai, survenue en janvier de la même année : comprenant parfaitement le sens des couronnes mortuaires, des affiches et des poèmes adressés à l’ancien premier ministre de Mao, les autorités communistes déclarèrent les manifestants « contre-révolutionnaires », firent « nettoyer » la place dans la nuit du 4 ou 5 avril et assignèrent à résidence Deng Xiaoping, accusé d’être l’instigateur de la manifestation.

Comme l’a montré Tzvetan Todorv, la « domestication de la mémoire », partant le contrôle des rites funéraires, est un des enjeux fondamentaux du pouvoir du PCC. C’est qu’il y beaucoup de morts dans l’histoire de la Chine communiste, beaucoup trop de morts. Les soustraire à la mémoire collective et individuelle est l’une des tâches fondamentales de l’appareil idéologique et répressif de l’Etat chinois. Les 36 à 45 millions de mort du Grand Bond en avant ? on parlera des « trois années de calamités naturelles » ! les atrocités de la Révolution culturelle ? on fera silence sur les « banquets cannibales » et autres horreurs et l’on bétonnera le seul musée qui ait osé ériger des stèles aux victimes de la folie maoïste !

Si cela ne dissuade pas les familles de se rendre sur les tombes (quand, par miracle, on a pu localiser les fosses communes où ont été jetés tant de cadavres), on arrêtera les contrevenants sous prétexte de « trouble à l’ordre public » ! Il en va de même, évidemment, pour les morts de Tian’Anmen. Liu Xia, quant à elle, ne peut se recueillir sur aucune tombe, le droit de conserver l’urne funéraire de Liu Xiaobo, même vidée de ses cendres, lui a été refusé.

5 AVR. 2018 — Si Liu Xia a rasé son crâne à la manière des nonnes bouddhistes, c’est, on le sait, en signe de protestation contre la dictature du Parti Communiste Chinois mais le bouddhisme, qui professe le détachement du monde, la croyance en la réincarnation et la quête de l’éveil, inspire bel et bien sa pensée et sa poésie. Elle y puise sans doute la force de résistance qui est la sienne.

Liu Xia a besoin de nous, aidons-la à recouvrer la liberté, exigeons de nos politiques qu’ils se mobilisent enfin réellement pour elle !

En ce jour de « Balayage des tombes », je pense plus encore que d’ordinaire à cette femme fragile et courageuse, privée du droit de célébrer Liu Xiaobo jusque dans la mort.  Ce jour-là, jeunes et vieux prient pour leurs morts, balayent leurs tombes, leur font des offrandes de nourriture, de thé, d’alcool, leur fournissent même baguettes et accessoires de papier qu’ils font brûler pour les leur faire parvenir dans l’au-delà. D’autres leur portent des fleurs, font brûler de l’encens et éclater des pétards. Beaucoup portent des branches de saule ou accrochent une branche de saule sur le chambranle de leur porte pour écarter le démon qui erre parmi les vivants ce jour-là.

Image de la poupée :

Photographie par Liu Xia, présentée parmi ses autres oeuvres, lors de l’ exposition à Boulogne Billancourt

Pétition de soutien à Liu Xia :

https://www.change.org/p/11704282/u/22596711?utm_medium=email&utm_source=petition_update&utm_campaign=297450&sfmc_tk=CZREiJUtbffmMB3kCp8zcJ7owBGeBgM5Mp4OXrYW19KtR%2frVCK%2fePAw7hnR2JHA2&j=297450&sfmc_sub=172755424&l=32_HTML&u=53687903&mid=7259882&jb=1

 *  NANKIN : http://french.china.org.cn/china/txt/2018-04/04/content_50813516_4.htm

https://www.hrw.org/news/2017/11/17/china-release-gravely-ill-critics

Under tight watch, widow Liu Xia marks grave-sweeping day with private tribute to Nobel Peace Prize winner Liu Xiaobo

Supporters in China remember late dissident online and with secret memorials

PUBLISHED : Friday, 06 April, 2018, 5:02pm
UPDATED : Friday, 06 April, 2018, 11:24pm

Liu Xia, the widow of late Chinese Nobel Peace Prize laureate Liu Xiaobo, paid tribute to her husband at home in Beijing under tight surveillance on the first grave-sweeping festival since the dissident’s death last summer, a rights group said.

Other supporters in China also remembered Liu Xiaobo in private at other locations around the country on the annual Ching Ming festival on Thursday.

The festival is traditionally a time for Chinese to visit the graves of their ancestors but Liu Xiaobo’s friends and family could not do so because the authorities cremated and buried him at sea last year, a hasty arrangement supporters said was to stop his grave becoming a focal point for other dissidents.

The Hong Kong-based Information Centre for Human Rights and Democracy said on Thursday that Liu Xia mourned her husband at home as guards continued to watch her house.

She has been under house arrest since 2010, but has never been charged with any offence by the authorities.

Friends said she had been allowed occasional visits from her brother, Liu Hui, and other supporters but her mental health continued to be a cause for concern.

Reflecting that decline, Guangzhou-based writer Ye Du said Liu Xia, an accomplished poet, told him in a recent phone call that she had stopped writing poetry.

Centre founder Frank Lu Siqing said he spoke to Liu on the phone on Thursday and was told that the authorities had not given her approval to leave China.

“Liu Xia said she mourned her husband at home alone. She also said guards were still watching her flat,” Lu said in a statement.

She put some of Liu Xiaobo’s favourite books and food by his portrait, Lu said.

According to social media posts, the couple’s supporters also held secret remembrances on beaches in Guangdong and Fujian provinces on Thursday night.

One photo taken in Guangdong showed the outline in the sand of a chair, a reminder of the empty chair that stood in the imprisoned dissident’s place in Oslo, Norway when he was prevented from collecting the Nobel in person in 2010.

It was not clear how many people took part in the remembrances or where they were held – soon after Liu Xiaobo’s death last year police arrested a handful of activists who mourned him on a beach in Xinhui county in Jiangmen, Guangdong.

Tributes were also posted on social media platforms banned in China.

“This is the first Ching Ming festival since Liu’s passing. [I could] only remotely pay tribute by the seashore and listen to Claude Debussy’s La Mer,” one supporter in Fujian wrote.

Prominent human rights activist and former rights lawyer Pu Zhiqiang also posted a portrait of Liu Xiaobo online.

“On my way home to visit the graves of my ancestors, I thought of Liu Xiaobo who passed away nine months ago, an idol of my youth and a wise man who now belongs to the sea,” Pu wrote.

“I believe Liu can sense the thoughts of longing from his brothers.”