Minorité nationale et religieuse du nord-ouest de la Chine, les Ouïghours sont soumis à une répression et un endoctrinement de masse qui font l’objet d’un rapport inquiétant de l’organisation Human Rights Watch.

Image : Prière sous haute surveillance à la grande mosquée de Kashgar, à l’extrême ouest du Xinjiang, en 2017. © AFP / Johannes EISELE / AFP

On se croirait revenu au temps de la Révolution culturelle des années 60 en Chine. Dans la province du Xinjiang, dans le nord-ouest du pays, le peuple Ouïghour est soumis à une répression et un endoctrinement dignes de l’ère maoïste, et dont on pensait le régime chinois définitivement revenu.

Cela fait des mois que des informations alarmantes nous parviennent de cette région aux confins de l’Asie centrale, grande comme trois fois la France, où vivent quelque 11 millions de Ouïghours, peuple turcophone et musulman, minorité nationale au sein de cette Chine d’1,4 milliard d’habitants.

Cette fois, c’est un rapport de 117 pages de Human Rights Watch, l’une des principales organisations de défense des droits de l’homme dans le monde, qui apporte un témoignage inquiétant sur ce qui s’y produit.

La Région autonome du Xinjiang au sein de la République populaire de Chine
La Région autonome du Xinjiang au sein de la République populaire de Chine © AFP / John SAEKI / AFP

Selon cette enquête, qui confirme d’autres informations, jusqu’à un million de Ouïghours, sont actuellement dans des camps dits de rééducation, soumis à des séances d’endoctrinement, et, selon Human Rights Watch, des mauvais traitements allant jusqu’à la torture. Selon certains témoignages, les musulmans sont forcés de manger du porc, comme au temps de la révolution culturelle, pour montrer qu’ils ne sont pas des islamistes.

Certaines personnes n’y passent que quelques jours, d’autres quelques mois, d’autres enfin y sont depuis plus d’un an, depuis qu’un nouveau responsable du Parti communiste pour le Xinjiang a été nommé et a lancé une campagne de reprise en mains musclée.

Dans certaines familles, selon le rapport, tous les hommes ont été emmenés dans ces camps, confirmant les reportages faisant état de quartiers ou de villages dans lesquels on ne voit quasiment plus d’hommes.

Les Ouïghours ont une culture, une langue, une religion différents de la majorité des Chinois, et vivent mal l’afflux permanent de Chinois venus d’autres provinces, au point de devenir minoritaires au Xinjiang.

Une partie des Ouïghours a basculé dans la résistance violente à ce qu’ils considèrent comme une colonisation. Certains ont même rejoint les rangs d’organisations terroristes comme Al Qaeda ou l’Etat islamique, et se sont retrouvés en Syrie ou en Afghanistan.

Cette radicalisation d’une frange de la population est incontestable, et les autorités chinoises la mettent en avant en réponse à ceux qui contestent leur politique. « Nous ne voulons pas devenir une Syrie-bis », écrit ainsi le quotidien officiel Global Times.

Mais la répression aveugle visant tout un groupe peut-elle protéger la Chine de la violence et du terrorisme ? L’expérience, partout ailleurs, pousse à penser que c’est exactement l’inverse, et que la Chine fait au contraire le lit des plus extrémistes.

La Chine revendique légitimement sa place de puissance majeure dans le monde, à la mesure de son histoire et de sa taille. Mais peut-elle gagner le respect tout en renouant avec les pires excès de son histoire récente ? Le sort actuel des Ouïghours est indigne de la puissance émergente du XXI° siècle.