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11/12/19 | 17 h 40 min par Frédéric Lemaître

Répression des Ouïghours : critiquée sur le Xinjiang, la Chine contre-attaque

Pékin a nié, lors d’une conférence de presse, l’information diffusée par plusieurs médias internationaux selon laquelle un million d’Ouïgours sont enfermés dans des camps.

L’adoption par le Congrès américain, le 3 décembre, d’une une loi prévoyant des sanctions contre de hauts responsables chinois en réponse aux « détentions arbitraires de masse » des musulmans ouïgours dans la province du Xinjiang, a manifestement touché une corde sensible à Pékin. Depuis, les autorités multiplient les contre-attaques.

La chaîne publique CGTN, à destination essentiellement d’un public international, a diffusé ces derniers jours plusieurs documentaires sur les actions terroristes menées par les Ouïgours depuis les années 1990, avec des images choquantes, notamment de l’attentat à la voiture piégée place Tiananmen, le 28 octobre 2013, et de celui commis à la gare de Kunming (Yunnan) le 1er mars 2014. Par ailleurs, les médias chinois sont passés à la contre-offensive en critiquant à la fois la politique extérieure mais aussi intérieure américaine.

Dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis « ont lancé une guerre après l’autre », dénonce le quotidien du Parti communiste en langue anglaise, China Daily, le 9 décembre :

« Après la guerre en Irak lancée par les Etats-Unis, il y a eu de fréquents attentats-suicides en Irak et dans d’autres pays qui ont tué des dizaines de milliers de personnes (…) Des millions de Syriens ont perdu leur maison et sont devenus des réfugiés à cause d’une guerre soutenue par les Etats-Unis et qui dure depuis huit ans (…) L’Etat islamique ne serait pas apparu sans l’invasion américaine de l’Irak en 2003. Al-Qaïda ne se serait pas développé aussi vite si les Etats-Unis ne s’étaient pas engagés en Afghanistan. Ce sont les Etats-Unis qui devraient réfléchir à leur stratégie antiterroriste. (…) La Chine a fait un bon travail dans son combat contre le terrorisme et l’extrémisme au Xinjiang. Son éducation contre l’extrémisme a non seulement aidé à prémunir de nombreux jeunes contre la radicalisation mais les a aussi aidés à avoir un travail et commencer une nouvelle vie. »

L’agence Chine Nouvelle, s’en prend, elle, à la fois aux inégalités raciales aux Etats-Unis, aux victimes des armes à feu et à la politique d’immigration de Donald Trump – qu’ils ne citent pas explicitement – « qui sépare des milliers d’enfants de leurs parents poursuivis en justice pour entrée illégale sur le sol américain ». Enfin, lundi 9 décembre, lors d’une conférence de presse convoquée en urgence par la direction de la communication du gouvernement, Shohrat Zakir, le président de la région autonome du Xinjiang, a nié qu’il y avait un million de Ouighours enfermés dans des camps comme l’indiquent plusieurs experts depuis 2018 sur la base de témoignages et d’images satellite. Il n’a pas voulu indiquer combien de personnes se trouvent dans ce qu’il a décrit comme des « centres de formation professionnelle ».

Forum des droits de l’homme Sud-Sud

Lors de cette conférence, le gouvernement a insisté sur l’amélioration des conditions de vie au Xinjiang ces dernières années, résultat, selon lui, des investissements publics effectués mais aussi des « méthodes légales employées pour prévenir les risques, gérer les problèmes, résoudre les conflits et préserver la stabilité ». Le 16 novembre, le New York Times avait publié plus de 400 pages de documents internes au Parti communiste prouvant la sévérité de la répression contre les musulmans au Xinjiang depuis 2017 et l’implication personnelle de Xi Jinping dans ce processus. Le 24 novembre, un consortium international de dix-sept journaux, dont Le Monde, avait à son tour publié de nombreux détails sur cette politique, incitant plusieurs gouvernements occidentaux dont les Etats-Unis à condamner la politique chinoise menée au Xinjiang.

La contre-offensive de Pékin ne devrait pas s’arrêter là. Mercredi 11 décembre, au lendemain de la Journée internationale des rroits de l’homme, la Chine organise un forum des droits de l’homme Sud-Sud qui devrait réunir « plus de 300 officiels et universitaires venus de plus de 80 pays ». En 2017, déjà, un tel sommet avait mis en valeur une conception des droits de l’homme basée sur le développement économique et non sur les libertés individuelles.