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15/11/16 | 13 h 30 min

Retour sur l’interview du Premier Ministre Lobsang Sangay sur la BBC

Au cours d’une interview avec Yalda Hakim de BBC World News le 1er novembre dernier, Sikyong Dr Lobsang Sangay, le leader politique démocratiquement élu du peuple tibétain a affirmé avec force que les dirigeants du monde devraient respecter leurs valeurs constitutionnelles fondamentales en accueillant l’un des leaders les plus admirés et les plus respectés, Sa Sainteté le Dalaï Lama. Voici la transcription de cette interview:

BBC: (À propos de l’interview de 2004 de Sa Sainteté le Dalaï Lama) Comment interprétez-vous les affirmations du Dalaï Lama quand il déclare qu’une institution aussi ancienne devrait cesser d’exister ?

Sikyong: Sa Sainteté le Dalaï Lama est un chef spirituel et un moine à l’origine. En tant que Bouddhiste, vous renoncez à la vie du samsara au profit de la vie spirituelle. Dans cette perspective, ce qu’il dit est cohérent de la part d’un moine révéré et d’un chef spirituel. Mais en tant que Tibétain, c’est un leader remarquable ; nous voulons la venue du 15ème Dalaï Lama et il incombe au peuple tibétain de former des vœux et de prier pour cette venue. Mais il est en très bonne santé et il a dépassé l’âge qu’avait Mao quand il est mort, tout comme celui de Deng Xiaoping et il vivra sûrement plus longtemps que beaucoup des dirigeants chinois actuels.

BBC: Quand il déclare que le 15ème Dalaï Lama pourrait être un Dalaï Lama idiot et contrôlé par les Chinois, qu’est-ce que ça signifie pour l’avenir de votre peuple ?

Sikyong : Si l’on en juge d’après l’histoire ancienne, le Dalaï Lama actuel est vraiment bon. Je suis persuadé que le 15ème Dalaï Lama sera tout aussi bon. C’est au peuple tibétain et à la tradition Bouddhiste qu’il revient de former et de préparer le 15ème Dalaï Lama. Je suis convaincu que le 15ème Dalaï Lama sera lui aussi un leader à l’échelle internationale qui nous mènera à la reconquête des libertés fondamentales au Tibet.

BBC: La liberté et la reconnaissance de votre peuple continuent d’être menacés, d’autant que la Chine gagne en prédominance et en influence sur la scène mondiale.

Sikyong: C’est exact. Le but ultime de la Chine c’est de transformer le Tibet en Chine ; rendre les Tibétains chinois, c’est leur désir d’assimilation culturelle. Mais la civilisation tibétaine est ancienne ; l’identité tibétaine est profondément enracinée. Nous sommes fiers de pouvoir dire que le peuple tibétain sera là sur le plateau tibétain pour très longtemps encore.

En 60 ans, ils ont détruit 98% des monastères et des couvents. Dans les années 60, ils ont forcé 99,9% des moines et des nonnes à renoncer à leur pratique. On constate, 60 ans plus tard, que la plupart des grands monastères du Tibet ont déjà été reconstruits et ramenés à la vie. Des milliers de moines et de nonnes pratiquent le Bouddhisme. Dans cette mesure, partant d’une destruction quasi-totale de la tradition tibétaine, la renaissance se poursuit, et cette tendance est donc puissante. Vous avez peut-être entendu parler du cas de Larung Gar, où l’on estime que 20 000 moines, nonnes et laïques, parmi lesquels on compte bon nombre de Chinois, sont dans ce lieu pour suivre la doctrine du Bouddhisme tibétain. Mais le gouvernement chinois a détruit une partie du monastère de Larung Gar en 2001, et ils viennent de recommencer il y a peu. Trois nonnes se sont suicidées tout récemment. Si vous allez sur You Tube vous pourrez constater qu’un grand nombre de moines et de nonnes sont mis de force dans des bus et expédiés au loin.

BBC: Pensez-vous que le monde et ses dirigeants se préoccupent de ce qui arrive à votre peuple, sachant que la Chine a pour eux une importance grandissante ?

Sikyong : Considérant le pouvoir militaire, politique et économique de la Chine, ils pencheraient plus en faveur de leurs intérêts que de leurs valeurs morales, hélas.

BBC: Ils se montrent politiquement très timorés quand on leur demande de rencontrer le Dalaï Lama ou de s’engager dans des discussions sur le Tibet.

Sikyong : C’est l’un des dirigeants les plus révérés ; il est aimé de tous. Des sondages ont montré qu’il est l’un des dirigeants les plus populaires au monde. En 2011, il a séparé l’église et l’état. Il demeure un chef spirituel, à l’instar du pape. Tous les dirigeants du monde devraient l’accueillir et apprendre de sa sagesse.

BBC : Mais c’est Pékin qui les préoccupe

Sikyong : Hélas oui. Bien que la constitution du Royaume Uni, celles de l’Europe et de bien d’autres pays évoquent la démocratie, les droits humains et les valeurs morales, quand il s’agit de mettre en pratique ces valeurs, ils hésitent à rencontrer Sa Sainteté le Dalaï Lama ; c’est un constat attristant quant au statut de notre pays et aux principes-mêmes sur lesquels ces pays se sont construits et ont bâti leur constitution.

BBC: Merci, Docteur Sangay, de nous avoir rejoints sur ce programme.

Sikyong : Merci beaucoup.

Traduction France Tibet