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20/05/15 | 17 h 20 min

Les habitants des rives de la Salouen confrontés à la modernité chinoise

TO GO WITH STORY BY SEBASTIEN BLANC This photo taken on March 18, 2015 shows a woman praying at the Nidadang Catholic Church near Bingzhongluo, a Tibetan area near the Nu river, in southwest China's Yunnan province. Catholicism was introduced to the region more than a hundred years ago by French missionaries.  The Chinese government plans several dams on the Nu river, also known as the Salween, which flows from Tibet through Yunnan then south through Myanmar and Thailand, and is the last major undammed river in Southeast Asia.    AFP PHOTO / Greg BAKER

TO GO WITH STORY BY SEBASTIEN BLANC
This photo taken on March 18, 2015 shows a woman praying at the Nidadang Catholic Church near Bingzhongluo, a Tibetan area near the Nu river, in southwest China’s Yunnan province. Catholicism was introduced to the region more than a hundred years ago by French missionaries. The Chinese government plans several dams on the Nu river, also known as the Salween, which flows from Tibet through Yunnan then south through Myanmar and Thailand, and is the last major undammed river in Southeast Asia. AFP PHOTO / Greg BAKER

 

Une femme prie dans une église catholique, près du bourg de Bingzhongluo situé sur le fleuve Salouen, dans la province chinoise du Yunnan. Le catholicisme a été introduit dans cette région au XIXe siècle et au début du XXe siècle par des missionnaires français et suisses (Société des missions étrangères de Paris et bernardins).

Dans le nord-ouest de la province du Yunnan, coulent en parallèle trois des fleuves les plus importants d’Asie : la Salouen, le Mékong et le Yangtzé ou Fleuve Bleu. Le cours supérieur de ces trois fleuves « présente probablement la plus riche biodiversité de toutes les zones tempérées de la planète », selon l’Unesco.

La Salouen (appelée en chinois fleuve « Nu ») fait l’objet d’un programme très controversé de construction de barrages qui menace l’environnement et bouleverse l’existence des minorités ethniques. Le fleuve d’une longueur de 2.800 kilomètres prend sa source sur le plateau tibétain, traverse le Yunnan, puis entre en Birmanie ; il forme une partie de la frontière entre la Birmanie et la Thaïlande, avant de se jeter dans le golfe de Martaban, dans l’océan Indien.

Dans le Yunnan, au-delà du bourg de Bingzhongluo, se trouve une lamaserie aux toits dorés qui rappelle que le Tibet est à une centaine de kilomètres du Tibet, rapporte l’AFP. Vingt-six moines vivent là, plus une trentaine de novices. « Dans le bouddhisme, l’harmonie entre l’homme et la nature est cruciale, affirme Zhaxidoujie, un lama érudit assis devant un feu de bois. Notre écosystème est très riche. La construction de barrages provoquerait la disparition de nombreuses espèces animales et végétales ».

Dans les gorges de la Salouen, vivent traditionnellement Tibétains, Nu, Drung, Lisu, Loutse et autres peuples qui pratiquent le bouddhisme tibétain, l’islam ou le catholicisme. Ces habitants ont longtemps résisté à l’influence des Han, l’ethnie majoritaire en Chine (92 % de la population).

Mais le développement planifié par Pékin imprime ses marques le long du fleuve, kilomètre après kilomètre, toujours plus en amont. Les maisons en bois aux toits d’ardoise laissent place à des habitations de parpaings ou de béton. Des lignes à haute tension sont tirées sur les versants défrichés. La région est couverte par la téléphonie mobile. Sur la route menant au Tibet, la police a même installé des portiques équipés de caméras qui flashent les véhicules. Les cascades latérales qui dévalent vers le fleuve sont, l’une après l’autre, canalisées pour alimenter de petites centrales hydroélectriques.

Selon un plan de développement de l’énergie rédigé en 2003, la Salouen devait se hérisser de 13 barrages. Aucun n’a pour l’instant vu le jour. Ce projet géant, dans une région sismique, a en effet suscité une avalanche de critiques en raison de ses conséquences écologiques et humaines: il impliquait notamment le relogement de dizaines de milliers d’habitants.

« Les autorités locales ont déplacé les populations sans considération, en assurant que les barrages aideraient à moderniser les zones déshéritées le long du fleuve. Mais le gouvernement n’a pas alloué à ces gens de nouvelles terres agricoles, explique à l’AFP Yu Xiaogang, de l’association de défense de l’environnement Greenwatershed. Les villageois ont été déménagés vers des zones plus en hauteur, où la terre est moins cultivable. Des familles qui habitaient ensemble ont été séparées ».

Face à la fronde, l’ancien Premier ministre Wen Jiabao a suspendu il y a quelques années le programme des 13 barrages. Mais, au grand dam des ONG, ce moratoire a été annulé dans le dernier plan quinquennal (2011-2015) : cinq barrages restent officiellement prévus – un au Tibet, quatre au Yunnan -, un objectif qui demeure colossal.

Ainsi va la modernisation à la chinoise, dans les campagnes reculées : une urbanisation imposée et des migrations massives de populations contraintes de rejoindre des lotissements de maisons identiques, alignées au cordeau. Ces déplacements permettent aux habitants de gagner en confort, affirment les autorités communistes, qui en profitent pour disperser les ethnies minoritaires et favoriser l’avancée des Han, dont sont issues les élites nationales.

Ainsi la main-d’oeuvre des grands chantiers n’est pas recrutée localement. « J’ai accepté de venir ici quatre, cinq mois pour la construction d’une centrale hydroélectrique. Je travaille sept jours sur sept, 9 heures par jour, avec un salaire quotidien de 170 yuans (24 euros) », relate Shen Huaiyu, un Han originaire de Tengchong, à 400 kilomètres de là.

Le bouleversement du mode de vie traditionnel des populations rurales de la Salouen se traduit par une explosion du volume de déchets, notamment en matières plastiques. Ces ordures sont déversées directement dans le cours d’eau, par des rampes d’accès spécialement aménagées, sans que cela paraisse choquer grand monde. « Je ne comprends pas pourquoi les gens agissent ainsi, se désole You Dakai, un homme de 29 ans de l’ethnie Lisu. Avant, on pouvait boire directement l’eau puisée dans le fleuve ».

Avec AFP, photo AFP

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