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28/11/15 | 10 h 23 min par Garima Pura

Selon Amnesty, la Chine utilise des techniques de torture dignes du Moyen Âge à l’encontre de ses opposants.

Londres – Amnesty International a publié un rapport, intitulé « Une situation toujours sans issue : Torture et « aveux » forcés en Chine », basé sur 40 entretiens avec des avocats défenseurs des Droits de l’Homme. Ce rapport décrit la brutalité du traitement infligé à ceux placés en garde à vue.

Le rapport fait état de techniques de torture dignes du Moyen Âge utilisées contre les opposants au gouvernement, les activistes, les avocats et les signataires de pétitions. Comme, par exemple, des barres à aiguillons, des chaises de fer et des matraques électriques.

L’auteur du rapport, Patrick Poon, indique qu’en dépit des promesses du gouvernement de réformer le système, Amnesty avait récemment fait état de cas de torture dans pratiquement chaque recoin du pays. « De Pékin au Hunan, en passant par le Heilongjiang et le Guangdong, il y a des cas de torture dans quantité d’endroits. Le problème est toujours très largement répandu dans les différentes provinces. Il ne se concentre pas uniquement dans quelques unes des régions de Chine. »

Poon affirme que la plupart des personnes visées sont des avocats des Droits de l’Homme, des cadres du Parti emmenés en détention par des enquêteurs dans le cadre de la lutte anti-corruption, et des adeptes du Falun Gong, mouvement spirituel Bouddhiste Taoïste interdit.

L’un des cas les plus terribles décrit dans ce rapport est celui de Cai Ying, âgé de 52 ans, avocat des Droits de l’Homme de la Province du Hunan. Cai affirme qu’après avoir été mis en détention en 2012, on l’a obligé à s’asseoir sur une « chaise de contention suspendue » – dispositif qui permet d’immobiliser les prisonniers en les suspendant en l’air, bras et jambes sanglés à une planche.

Dans une récente interview au South China Morning Post de Hong Kong, Cai se remémore des séances de torture abominables. « J’ai ressenti une telle humiliation que j’ai voulu en finir une bonne fois pour toutes, puis j’ai pensé à ma fille, » explique-t-il « Cette expérience humiliante m’a rempli le cœur de haine. »

Yu Wensheng, avocat lui aussi, raconte comment il a passé plus de trois mois en détention, soumis à la torture, après avoir été emmené en octobre dernier pour avoir protesté devant un centre de détention où l’un de ses clients était retenu.

Yu explique avoir été détenu 61 jours avec des condamnés à mort, au cours desquels il a subi environ 200 interrogatoires. A un moment, ses gardiens l’ont menotté à une chaise en fer, mains derrière le dos. « J’avais les mains enflées, et j’avais tellement mal que je voulais mourir, » aurait-il déclaré. « Les deux policiers tiraient d’un coup sec sur les menottes. Je hurlais à chaque fois. » Yu parle du sentiment de désespoir ressenti derrière les barreaux ». Je me sentais impuissant et très seul, » explique-t-il. « C’est une souffrance à la fois physique et psychologique. Je ne crois pas que je supporterais de retourner en prison pour une longue période. Si je devais y retourner, je ferais une grève de la faim. Je préfèrerais mourir plutôt que de devoir faire face à un long séjour en prison. »

Poon a expliqué que le gouvernement chinois avait pris des mesures au cours des cinq dernières années pour s’attaquer au problème de la torture. En 2012 Pékin a promis de « mettre en œuvre des mesures préventives et correctives pour empêcher l’extorsion d’aveux par la torture, et la collecte de renseignements par des méthodes illégales ». L’agence de presse officielle chinoise Xinhua, fait état de projets de dispositifs de contrôle en temps réel des interrogatoires, et de la façon dont ils sont menés, à l’aide de matériel audio et vidéo.

Amnesty affirme, cependant, que ces réformes « n’ont que bien peu changé le recours à la torture, bien enraciné, pour obtenir des aveux forcés des suspects ». Les lois chinoises interdisent uniquement certains actes de torture, mais ne tiennent pas compte des actes de torture mentale, affirme le groupe. Les avocats qui essaient d’enquêter ou d’obtenir réparation pour de tels cas voient leurs efforts systématiquement contrecarrés par la police, les procureurs et les tribunaux ».

Les défenseurs des Droits de l’Homme considèrent que la situation s’est détériorée depuis la prise de contrôle du Parti Communiste par Xi Jinping il y a trois ans. Xi, décrit par certains comme le dirigeant le plus autoritaire depuis Mao, a chargé l’appareil de sécurité du pays de contrer toute source potentielle d’opposition au Parti.

Au Tibet occupé, les prisonniers politiques, subissent eux-aussi des moyens et des méthodes de torture tout aussi inhumains, voire plus graves encore, lors de leur détention. Dans son autobiographie « L’Enfer sur Terre » (Hell on Earth), le Vénérable Bagdro, ancien prisonnier politique, parle de chocs électriques et de lits de glace. Ces faits sont attestés par une longue liste de Tibétains ayant vécu des expériences similaires.

Une nouvelle vague de répression a été lancée contre les défenseurs des Droits de l’Homme depuis juillet, et au moins 12 personnes – y compris des avocats réputés comme Wang Yu, Li Heping et Zhang Kai – sont toujours retenus dans des lieux tenus secrets, accusés d’atteinte à la sécurité de l’état. Les opposants craignent que ces prisonniers n’encourent des tortures mentales et sans doute aussi physiques.

Invité à commenter le rapport d’Amnesty, un porte-parole du Ministère des Affaires étrangères a indiqué que la Chine travaillait à plus d’ « équité et de justice » pour tous.

Traduction France Tibet