Le premier site d'actualité sur le Tibet

www.tibet.fr

15/02/18 | 11 h 07 min par Sophie Richardson / Traduction France Tibet

Communauté Internationale : un silence assourdissant au sujet des Droits de l’homme en Chine

Quelle direction prend la Chine en 2018 ?

Pour la nouvelle année, le président Xi Jinping a promis la « Paix mondiale » mais son bilan 2017 suggère une autre réalité. Se souvient-on de la mort de Liu Xiaobo, vainqueur du prix Nobel en 2010 ? Nombreux sont ceux qui condamnent les agissements de la Chine, mais peu sont ceux qui interviennent. Au contraire, les autorités chinoises recueillent de plus en plus de support à l’international.

Le Parti Communiste Chinois a organisé en décembre dernier, un forum politique international à Pékin, auquel étaient présents de nombreux représentants politiques de plusieurs pays, notamment, la Nouvelle Zélande et les États-Unis, qui semblaient ne pas être incommodés par le caractère autoritaire de la politique chinoise.

La même semaine, le Ministère chinois des Affaires étrangères et le Bureau d’information du Conseil des Affaires d’Etat ont organisé un colloque international sur les Droits de l’homme, auquel a participé le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme, un organe des Nations Unies qui, contrairement à plus d’une vingtaine d’autres agences de l’ONU, se voient systématiquement refuser le droit d’agir en Chine.

Enfin, s’est également tenu un Sommet sur la connectivité, auquel a participé Tim Cook, PDG d’Apple, qui aux États-Unis soutient fermement le droit à la vie privée, mais qui, en Chine loue les projets de Pékin qui visent à créer un « futur commun dans le cyberespace », malgré la censure omniprésente et la surveillance électronique.

Le terme « normalisation » est beaucoup utilisé ces temps-ci, pour signifier l’acceptation implicite ou explicite d’un comportement problématique. Dans le contexte de la diplomatie, cela veut dire que deux pays établissent des relations diplomatiques officielles.

Mais cela a également un effet pervers sur les politiques internationales : les individus et les institutions, qui viennent de pays où les Droits de l’homme sont généralement respectés, ne se contentent pas de caresser dans le sens du poil leurs homologues chinois, ils en font publiquement l’ éloge, échouant ainsi à défendre les principes et les institutions qui leur ont permis d’être qui ils sont.

S’il est vrai que de nombreuses personnes, dans différents domaines : universitaire, économique, politique, ont pressé le Gouvernement chinois à adopter les normes internationales relatives aux Droits de l’homme et à mettre fin aux persécutions à l’encontre de ceux qui proféraient des critiques pacifiques, aujourd’hui peu sont ceux qui se dressent contre l’intransigeance de Pékin. Beaucoup ont choisi de se soumettre aux exigences de Pékin, même si cela peut s’avérer pervers, voire dangereux pour leurs propres intérêts. Apple pourra t-il continuer à prospérer si la vision chinoise du contrôle étatique sur toutes les sources d’information et si l’intelligence artificielle surveille le comportement de tous les citoyens devient réalité ?

Ceux qui participent à ce genre de rassemblements insistent invariablement sur le fait qu’il vaut mieux s’impliquer plutôt que ne rien faire : après tout, ainsi va la logique, qui d’autre instaurerait d’autres normes, ou des normes plus exigeantes, de la gouvernance démocratique à la responsabilité sociale de la communauté internationale ?

Mais de plus en plus, ils [ces participants ] ne se donnent pas la peine d’exposer ou de défendre ces standards. Les participants de ces Conférences politiques se dissocient-ils publiquement des discours de leurs hôtes qui louent la présidence de Xi Jinping ? Font-ils publiquement des remarques concernant leurs inquiétudes, face à le présence d’un parti unique en Chine ? Non. Quelqu’un a t-il fait, pendant la Conférence sur les Droits de l’homme, une déclaration publique, au sujet de la peine de mort ou des tortures perpétrées par la police ? Non.

Pendant que les autorités chinoises accueillent ces rassemblements et clament qu’elles bénéficient du soutien international, elles profitent de plus en plus de cette ouverture, souvent à travers des organisations étatiques comme le Département du Front Uni du Travail. Il a été découvert que des hommes politiques australiens recevaient des dons pour leur parti politique de la part d’entreprises chinoises.

Les autorités ont limité l’accès à la Chine des groupes de Droits de l’homme. Les forces de police, du Cambodge à la France ont capitulé sous la pression des services de répression chinois ou sous celle des agents de « discipline » du Parti et ont livré à la Chine de prétendus fugitifs, sans qu’aucune procédure officielle ne soit engagée. Les Universités sont aux prises avec des plaintes provenant de diplomates chinois pour savoir si Taiwan peut être décrit comme étant un pays indépendant, ou pour recevoir le Dalaï Lama.

La question n’est pas de savoir si les démocraties ou les entreprises doivent s’impliquer, mais de savoir comment s’impliquer de manière conforme à ses principes. Cela signifie traiter la Chine de la même façon que de nombreux pays traitent le président Trump, quand il fait des déclarations scandaleuses ou lorsqu’il adopte des politiques rétrogrades. Les dirigeants des grandes démocraties condamnent les remarques de Trump concernant les « fake news » mais ne condamnent pas la Chine pour la censure dont elle fait preuve ou la propagande qu’elle pratique. Ils critiquent Trump pour son hostilité envers les Nations Unies, mais ne trouvent rien à redire contre les efforts de la Chine pour affaiblir cette institution.

Il est temps que de nouvelles normes inversent ces relations hautement anormales que nous entretenons avec la Chine.  Quarante ans après « l’Ere de la Réforme », Pékin a fait clairement comprendre que la Chine ne se dirige pas vers une démocratie, une presse libre ou un système judiciaire indépendant ; cependant des personnes courageuses continuent de promouvoir ces idées en dépit du risque que cela représente pour elles. Si de puissantes voix à l’extérieur de la Chine s’impliquent sans réfléchir, non seulement elles poignardent ces personnes dans le dos, mais elles pourraient bien s’obliger elles-même à vivre au rythme imposé par ce Gouvernement hautement répressif.

Sophie Richardson est la directrice « Chine » de l’ Association Human Rights Watch. @SophieHRW

Pour continuer votre lecture, si vous n’avez pas déjà lu l’article et vu le reportage  :

Les disparitions forcées en Chine, livre de Michael Caster et reportage France24