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11/01/20 | 18 h 21 min par Propos recueillis par Arnaud BÉLIER. Ouest-France

TAIWAN / Élections : «Un choix entre vouloir plus de Chine ou moins de Chine»

photo des partisans de la présidente sortante tsai ing-wen en meeting dans la ville de keelung le 9 janvier. © epa/maxppp

Les électeurs taïwanais étaient appelés aux urnes ce samedi pour élire leur président et leurs députés. Alors que Hong Kong est en proie à des manifestations violentes depuis sept mois, le résultat du scrutin sera une indication sur la volonté des Taïwanais de coopérer avec Pékin, estime le chercheur Jean-Yves Heurtebise.

Les électeurs taïwanais étaient appelés aux urnes ce samedi pour élire leur président et leurs députés. La présidente sortante, donnée en tête du scrutin, Tsai Ing-wen, candidate du parti démocrate progressiste (DPP), élue en 2016, se pose en garante de la démocratie face au candidat du parti nationaliste (KMT) Han Guo-Yu, favorable à un rapprochement avec la Chine.

Pour Jean-Yves Heurtebise, maître de conférences à l’Université Catholique Fujen (Taiwan, ROC) et membre associé du Centre d’Études français sur la Chine contemporaine, « il s’agit de savoir si moins de Chine signifie nécessairement comme l’affirme le KMT une perte économique et comme le dit le DPP un gain de souveraineté ».

Quels sont les enjeux du scrutin ?

ll y a deux grands partis à Taiwan : le Parti démocrate progressiste (DPP), au pouvoir, et le parti nationaliste (KMT), aujourd’hui dans l’opposition. Le premier enjeu du scrutin, c’est la réélection de Tsai Ing-wen (DPP) qui est en tête des sondages. Rappelons que Taiwan est une démocratie libre, indépendante de fait de Pékin (même si son existence en tant que pays n’est pas reconnue par la plupart des pays du monde – sauf par un petit nombre dont en Europe le Vatican) et autonome même si toujours sous la menace d’une conquête militaire chinoise.

La présidente sortante Tsai Ing wen est-elle menacée ?

Le DPP avait perdu sèchement les élections locales de novembre 2018 après sa réussite triomphale à la présidentielle de 2016. Début 2019, elle semblait distancée par son rival KMT Han Guo-Yu. Il y a eu une conjugaison de plusieurs phénomènes : le discours agressif du président chinois Xi Jinping menaçant de recourir à la force a permis à Tsai de remobiliser sa base ; ensuite, les manifestations à Hong-Kong ont montré qu’il était difficile de croire que la Chine était vraiment capable de préserver le mode de vie différent et libre d’un autre territoire sans imposer sa loi. La promesse faite par Xi de respecter le mode de vie taïwanais à travers le slogan « un pays, deux systèmes » a paru contredite par les événements à Hong-Kong. De plus, la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine a pu aussi montrer que Taiwan pouvait être moins dépendante commercialement de la Chine et qu’elle avait de fait tout à gagner à diversifier ses exportations et investissements.

Comment les Taïwanais vivent-ils ce qu’il se passe actuellement à Hong Kong ?

Différents sondages ont montré un soutien global et prolongé des Taïwanais pour les manifestants à Hong Kong. Tsai a su très vite percevoir cette sympathie en prenant parti officiellement et ouvertement, en sa qualité de présidente de la République de Chine [nom officiel de Taiwan] pour les manifestants hongkongais.

Qu’en est-il du sentiment pro-indépendance ?

Il y a plusieurs manières de mesurer ce sentiment. Manières directes en demandant si les gens sont pour ou contre l’indépendance ; ou indirectes en demandant aux gens s’ils se sentent taïwanais ou chinois. Mais dans un cas ou l’autre, les sondages montrent que le sentiment pro-indépendance n’a jamais été aussi haut. Mais plus encore que le sentiment d’indépendance, ce qui domine, c’est la volonté de préserver la souveraineté de l’île. Rappelons que l’indépendance à Taiwan n’est pas quelque chose qu’il s’agirait d’obtenir. Toute comparaison avec la Catalogne ou l’Ecosse serait complètement erronée.

Entre les deux camps, quel choix pour les électeurs taïwanais ?

Le problème pour Taiwan n’est pas de savoir comment devenir indépendante ; Taiwan l’est déjà. Le problème est de savoir comment le rester le plus longtemps possible pour que ce fait puisse devenir un droit au niveau de la communauté internationale. Cela avant que Pékin ne décide que le recours à la force est le seul possible pour forcer une unification pour laquelle il n’y a pas de désir populaire à Formose. Ce serait une erreur aussi de croire que le vote KMT signifierait un choix pro-unification ou le vote DPP signifierait un choix pro-indépendance. Il s’agit plutôt d’un choix entre vouloir plus de Chine ou moins de Chine. Il s’agit de savoir si moins de Chine signifie nécessairement comme l’affirme le KMT une perte économique et comme le dit le DPP un gain de souveraineté. Les élections de samedi permettront de savoir comment à Taiwan la population a su arbitrer entre ses deux tendances.

image : Des partisans de la présidente sortante Tsai Ing-wen en meeting dans la ville de Keelung le 9 janvier.© EPA/MAXPPP

Propos recueillis par Arnaud BÉLIER.   Ouest-France