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06/02/19 | 20 h 04 min par Hwang Chun-mei / traduction France Tibet

Taïwan, met sur “Liste Noire” des entreprises de technologies chinoises

Devant le stand de Huawei au Convention Center de Las Vegas pendant le CES 2019, (Consumer Electronics Show) à Las Vegas le 8 janvier 2019. AFP

 

Suite à une série de mesures visant à empêcher Huawei de faire une offre sur la prochaine génération d’infrastructures de réseau mobile 5G, les autorités de Taïwan dressent actuellement une liste des entreprises de technologie chinoise qui pourraient susciter des problèmes de sécurité pour le gouvernement.

Cette liste est destinée à limiter l’utilisation des équipements de télécommunication fabriqués en Chine et qui pourraient constituer une menace pour la sécurité des services et des administrations gouvernementaux a déclaré le responsable de la cyber sécurité de Taïwan, le chef Jyan Hong- wei, dans une interview à la Nikkei Asian Review.

« Nous allons probablement compléter puis publier une liste des entreprises chinoises qui pourraient constituer des menaces à la sécurité vers la fin mars et mettre régulièrement cette liste à jour, » a déclaré Jyan. « De cette façon, tous les services et organismes gouvernementaux et toutes les entreprises contrôlées par le gouvernement pourront avoir une idée précise quand ils acquièrent de nouveaux outils.

En haut de cette liste noire établie par le gouvernement démocratique de l’île, figurent Huawei, ZTE, ainsi que Dahua Technology et Hangzhou Hikvision Digital Technology, ces deux derniers, selon l’article, fabriquent des caméras et des équipements de surveillance.

Le fabricant d’ordinateurs Lenovo pourrait aussi figurer sur la liste des entreprises que les agences gouvernementales et les entreprises contrôlées par le gouvernement devront éviter, poursuit l’article.

Cette démarche survient après que l’entreprise américaine de cyber-sécurité FireEye ait déclaré que selon toutes probabilités, Pékin visait l’île démocratique en vue d’influencer les élections de novembre dernier en faveur de ses candidats préférés.

Pourtant, la liste sera disponible pour les entreprises du secteur privé dans un but de conseil, afin de les aider dans leurs décisions d’achats, a déclaré Jyan. Le directeur Yuan, du cabinet ministériel taïwanais, va aussi diffuser des repères concernant l’utilisation d’appareils électroniques par les personnels gouvernementaux, ajoutait l’article.

Ces interdictions pourraient impacter une large part de l’économie taïwanaise au travers des équipements publics ainsi que les géants des télécoms, les établissements de soins subventionnés par l’état et les instituts de recherche.

Le porte-drapeau chinois  opérant à Taïwan, China Airlines, sera aussi sur la liste de distribution a rapporté le Nikkei Asian Review.

« Taïwan ne devrait pas faire exception »

Le premier ministre taïwanais Su Tseng-chang a déclaré jeudi à la presse que l’île doit se centrer sur sa sécurité nationale. « Tous les pays du monde luttent pour leur sécurité nationale et Taïwan ne devrait pas faire exception, » a déclaré Su. « Nous savons aussi que nous devons prévenir les menaces sur la sécurité nationale venant de …. l’usage des systèmes de télécommunications. »

C’est pourquoi le gouvernement met tout en œuvre pour être sûr qu’il n’y a pas de fuites… et nous appelons tous les taïwanais à se maintenir en alerte : la sécurité doit être notre priorité » a-t-il déclaré. « Si nous n’avons pas la sécurité nationale, nous n’avons rien. »

Kolas Yotaka, porte-parole du directeur Yuan, a cependant dit que la mesure n’était pas à interpréter comme un boycott des entreprises chinoises et ne visait pas non plus Huawei.

« Nous ne voulons pas à proprement parler interdire aux entreprises chinoises le marché taïwanais, mais il me faut insister une fois encore sur le fait qu’il n’y a pas de zones grises en matière de sécurité nationale, » a déclaré Yotaka. “Nous voulons aussi rappeler à tous les services et agences gouvernementaux qu’ils doivent intégrer des considérations de sécurité nationale à leurs projets d’acquisitions de matériel informatique et de logiciels, » a-t-elle déclaré.

Le maire de Taipei, Ko Wen-je a dit que cette mesure pouvait être prise en lien avec la guerre commerciale sino-américaine actuellement en cours. « C’est une décision difficile,” a-t-il déclaré. “Mais tout ce que nous avons à faire est de poursuivre cette politique, à partir du moment où le gouvernement aura décidé des objectifs. »

Des experts en réseaux informatiques de Yin-Dar Lin, de l’université d’état Chiao-tung affirment que les 23 millions d’insulaires ne sont pas assez vigilants lorsqu’ils utilisent du matériel de chez Huawei, et que les principales institutions de l’île sont en permanence sous le coup de cyber-attaques venues de Chine.

« La cyber-armée chinoise essaie désespérément de hacker certaines données au niveau gouvernemental et dans la technologie de pointe, » a déclaré Lin à RFA (Radio Free Asia).

« Un groupe détient des secrets politiques et l’autre groupe détient des secrets industriels. » Les deux groupes sont quotidiennement la cible de violentes attaques, dans une guerre silencieuse où les armes ne parlent pas, » a-t-il déclaré.

Huawei : des liens manifestes avec le gouvernement

Lin a déclaré qu’il ne fait aucun doute que Huawei est intimement lié au Parti Communiste Chinois et au régime, bien qu’il s’en défende en se revendiquant comme une entreprise privée.

« Il n’y a aucune preuve que Huawei ne fasse pas ce que le gouvernement chinois lui demande de faire, » a-t-il déclaré. « Depuis l’adoption de la Loi sur la Sécurité Nationale…ils pourraient même être traduits en justice s’ils ne font pas ce qu’on leur dit de faire. »

La semaine dernière, Taïwan a mené à bien 5 exercices de manœuvres à tir réel au large de ses côtes dans un climat de suspicion – entretenu par la publication d’une analyse militaire du Pentagone aux USA – selon laquelle Pékin pourrait envisager d’envahir l’île, laquelle n’a jamais été gouvernée par le Parti Communiste Chinois.

Les manœuvres ont eu lieu après que le président taïwanais Tsai Ing-wen ait rejeté les appels du président Xi à inciter l’île démocratique à faire un pas vers « l’unification » avec la République Populaire et réaffirmé que le peuple taïwanais ne souhaitait pas abandonner sa souveraineté.

Dans une « Lettre à nos Compatriotes Taïwanais » du 2 janvier, Xi a insisté une fois encore sur la nécessité pour la Chine de « s’unifier ».

Xi n’a pratiquement pas fait allusion à l’opinion publique parmi les 23 millions d’habitants de Taïwan et a dit que la Chine ne s’engageait pas à ne pas avoir recours à la force pour s’emparer de l’île.

Mais un sondage récent a montré que plus de 80% des Taïwanais rejetteraient l’offre de Xi de gouverner l’île selon le modèle « un pays, deux systèmes », déjà en vigueur dans les anciennes colonies de Hong Kong et Macau. Taïwan a été une colonie japonaise dans les 50 années qui ont précédé la fin de la Seconde Guerre Mondiale, mais a été restituée par les Japonais à la République Chinoise de 1911 sous le gouvernement du Kuomintang (KMT) en tant que réparation de guerre.

L’île a opéré sa transition démocratique après la mort du fils de Chiang Kai-shek, le président Chiang Chin-kuo, en janvier 1988, avec des élections directes à la législature au début des années 90 pour atteindre son point culminant au moment de la première élection directe d’un président, Lee Teng-hui, en 1996.