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20/01/17 | 20 h 25 min par Manon Schick

« Tapis rouge sang pour le président chinois » par Manon Schick, l’invitée de 24heures

Manon

« Nos autorités sont prêtes à sacrifier les droits humains sur l’autel de l’économie. » L’invitéeManon Schick rappelle la très difficile situation des droits de l’homme dans la grande puissance asiatique.

Les droits fondamentaux des Chinois sont-ils donc un détail qu’on peut passer sous silence quand on rencontre le président du pays le plus peuplé de la planète? Faut-il éviter de faire la leçon aux autorités chinoises au prétexte «de différences culturelles» qui requièrent notre compréhension?

Un petit rappel s’impose : depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, la répression contre les voix indépendantes s’est encore renforcée. Le gouvernement chinois a lancé dans tout le pays une vaste opération contre les avocats spécialistes des droits humains. Bon nombre ont été systématiquement visés par des manœuvres de harcèlement et d’intimidation et ont été torturés en détention. Cinq militantes en faveur des droits des femmes ont, par exemple, été jetées en prison juste parce qu’elles ont voulu mener une action contre le harcèlement sexuel à l’occasion de la Journée internationale de la femme.

Le rôle de la Suisse ne devrait pas se borner à dérouler le tapis rouge et à signer des accords commerciaux

Les autorités chinoises répriment systématiquement toutes les religions et symboles religieux. Une campagne de démolition d’églises et de décrochage de croix a été menée dans tout le pays, et de nombreux pasteurs et responsables d’églises «domestiques» (installées chez des particuliers) ont été arrêtés et détenus au secret.

La Chine connaît le triste record du pays qui exécute le plus de personnes, sans doute des milliers par année, mais les statistiques sur la peine de mort relèvent toujours du secret d’Etat. Quant aux populations des régions «autonomes» du Tibet et du Xinjiang, elles sont soumises à des discriminations systématiques et à des déplacements forcés.

Devant ces violations massives des droits humains, le rôle de la Suisse ne devrait pas se borner à dérouler le tapis rouge et à signer des accords commerciaux. Tous les acteurs, gouvernement et entreprises, devraient utiliser leurs relations pour rappeler à la Chine ses responsabilités en matière de droits humains. Restreindre le droit des Suisses à manifester parce qu’il faut éviter de fâcher le président chinois, c’est transmettre le message que les droits fondamentaux sont, chez nous aussi, à géométrie variable. C’est un mauvais signal.

(24 heures)

(Créé: 19.01.2017, 09h17)