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06/05/15 | 6 h 31 min par traduction Monique Dorizon

Témoignage de Topjor, ancien prisonnier politique

Témoignage de Topjor, ancien prisonnier politique

lundi 4 mai 2015 par Monique Dorizon , Rédaction

« Mon souhait n’a pas changé, il était, et demeure toujours, celui d’un Tibet libre« .

Ces mots viennent facilement aujourd’hui dans la bouche de Topjor, qui vit maintenant en exil, en toute sécurité. Mais au Tibet, au début des années 1990, ses paroles étaient bien plus conséquentes.

Le 12 mars 1993, Topjor et six autres moines ont quitté leur monastère de Medro Gongkar [1] et se sont rendus à Lhassa, où ils ont participé à une manifestation appelant à la liberté du Tibet. Ils crièrent des slogans tels que « Tibet libre » et « Longue vie à Sa Sainteté« . Six d’entre eux ont été rapidement arrêtés par la police chinoise et emmenés à la prison de Sangje, où Topjor a entamé la longue expérience de son incarcération.

Après avoir été détenu pendant plus d’un mois, Topjor et les autres moines ont été finalement condamnés. Topjor, présumé par les Chinois être le leader de la manifestation, a reçu la plus lourde condamnation de tous.
Au cours des cinq années suivantes, Topjor a été balloté entre deux prisons différentes où il a été soumis à la torture et à des interrogatoires constants. Mais il prétend que le pire était la faim. Dans une prison, Topjor avait juste un petit tinmo (pain à la vapeur) avec très peu de soupe pour tout repas, trois fois par jour. Dans une seconde prison, Topjor a partagé un plateau de tinmo avec les 11 autres prisonniers de sa cellule.
Topjor prétend que la pire forme de torture, il l’a connue pendant son séjour à la prison de Drapchi, aussi nommée « Prison n°1 de Lhassa« . Drapchi est la plus grande prison du Tibet et la plus célèbre pour la violence. Avant 1959, Drapchi était une garnison militaire, mais elle a été transformée en prison après ce que l’on appelle « la libération » du Tibet [2].

Il y a plusieurs rapports sur les pratiques à la prison de Drapchi en 2001. Un rapport dit que 27 décès sont survenus à l’intérieur de ses murs, entre 1987 et 2001 [3].

L’expérience de Topjor prouve que ces rapports sont tout à fait exacts. Il décrit un processus alambiqué, que lui et les autres prisonniers politiques ont subi, connu sous le nom « d’éducation patriotique« . « L’éducation patriotique » est une politique chinoise officiellement mise en place en 1996, mais il est allégué que la pratique non officielle avait commencé bien avant.
Actuellement, elle est connue sous le nom de campagne « Aimez votre pays, aimez votre religion« . Pratiquée probablement les premières fois dans les monastères et les couvents, elle s’est diffusée peu de temps après à la communauté de laïcs et dans les prisons. Elle fonctionne selon un plan en cinq points, qui force les Tibétains à
1) s’opposer au séparatisme
2) adhérer à l’unité de la Chine et du Tibet
3) reconnaître le Panchen Lama nommé par les Chinois
4) Renier Sa Sainteté le Dalaï Lama et
5) nier que le Tibet réclame l’indépendance.

Topjor a subi cette forme cruelle de torture mentale et continue à en ressentir les effets aujourd’hui. Il a déclaré : « Le plus grand problème rencontré en prison était l’éducation patriotique. C’est au cours de ce processus que nous avons été les plus sévèrement battus, et beaucoup de gens sont morts« .
Le gouvernement chinois affirme que l’éducation patriotique est un succès, mais rien que le flux continu des Tibétains en exil, la pratique continue de l’auto-immolation au Tibet [4] et le nombre de décès qui ont eu lieu à la prison de Drapchi racontent une histoire alarmante différente.

Source : The Tibet Post International, 26 mars 2015.

lundi 4 mai 2015 par Monique Dorizon , Rédaction