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09/03/18 | 18 h 46 min par ICT / traduction France Tibet

Un Tibétain meurt des suites d’une auto-immolation, intensification des mesures de répression à l’approche du 10 mars

Le frère de Tsekho, le Tibétain qui s’est immolé par le feu et est décédé le 7 mars 2018, est lui-même mort en prison des suites de tortures. Il avait été emprisonné suite à la répression de mars 2008. Tsekho, du village de Namtsoma à Ngaba, vient d’une famille qui a grandement souffert de la politique répressive appliquée à Ngaba. En 2008, son demi-frère Nying-la, du monastère de Namtso, a été torturé en prison et relâché avec de graves blessures d’après deux moines en exil à Dharamsala, issus du monastère de Kirti. Il est décédé quelques mois plus tard. Un autre parent, du côté de son père, Urgyen Gyatso, disciple du monastère de Namtso, avait aussi été emprisonné et torturé en cette période. Tsekho avait rejoint le monastère de Namtso dans son enfance, puis l’avait quitté plus tard. Les deux moines de Kirti, Nanyag Tsering et Lobsang Yeshe, disent qu’il n’y pas d’information disponible sur sa femme et ses enfants.

Un Tibétain dans la quarantaine, Tsekho Tugchak, s’est immolé par le feu et décédé le 7 mars à Ngaba, Tibet oriental. La première auto-immolation cette année. C’est la 153ème immolation par le feu au Tibet alors que la sécurité s’intensifie au Tibet à l’approche de la commémoration du soulèvement du 10 mars 1959 et le 10ème anniversaire des manifestations de 2008 (année des Jeux Olympiques, rappelons ici, que les jeux olympiques ont de nouveau été attribué à Pékin pour 2022 !)

Des photos  de Tsekho Tugchak ont circulé en ligne avec son corps à terre. Il était du village nomade de Meeruma dans la préfecture autonome de Qiang au Sichuan (Amdo). Le dernier Tibétain à s’être immolé par le feu, Konpe, était de la même région, non loin de la première immolation qui avait eu lieu en février 2009.

Tsekho Tugchak s’est immolé par le feu en un temps d’intensification de la présence militaire à travers tout le Tibet. Lors d’un meeting à Changdu (Qamdo), dans la région autonome du Tibet, il a été dit aux cadres du Parti que dans le but de prévenir les auto-immolations, il était nécessaire pour les fonctionnaires du Parti de maintenir les mesures répressives les plus sévères déjà mises en place. A l’approche de l’anniversaire du 10 mars, une série d’intimidations militaires ont eu lieu sur tout le plateau dont la présence, dans des festivals pacifiques de prières, de troupes en grand nombre avec des tenues anti-émeutes

Trois jours auparavant, le 4 mars 2018, les autorités chinoises avait souligné comment leur stratégie pour la prévention des auto-immolations reposait sur des mesures répressives. Lors d’un meeting à Chamdo (Qamdo ou Changdu en chinois), il a été précisé que pour prévenir les auto-immolations, il était nécessaire de maintenir les sévères mesures répressives déjà en place et d’assurer une absolue loyauté au Comité Central du Parti, avec Xi Jinping comme pièce centrale.

Matteo Mecacci, Président de Campagne Internationale pour le Tibet, a déclaré : « Depuis la vague d’auto-immolations au Tibet qui a débuté à Ngaba, les autorités chinoises ont répondu en intensifiant la présence militaire et la répression. Alors que la zone entière est bouclée et que tous les Tibétains osant partager des informations avec l’étranger risquent l’incarcération, les raisons qui ont poussé Tsekho au suicide sont encore inconnues. Il est impensable que la Chine continue de bloquer toutes les enquêtes indépendantes et les demandes d’accès au Tibet, ainsi qu’imposer un régime de peur et de répression. Le 7 mars, le Haut-Commissaire des Droits de l’Homme Zeid Ra’ad Al Hussein a dénoncé une nouvelle fois les échecs du gouvernement chinois à respecter les droits du peuple tibétain. Il est grand temps de rendre le gouvernement chinois responsable des 153 auto-immolations qui se sont déroulées au Tibet depuis 2009. »

 

Sécurisation extrême et message du Parti sur les auto-immolations

La présence d’un haut-membre du Parti et de troupes au monastère de Kumbum le 2 mars lors d’un festival de prière, le Monlam Chenmo, renvoie un message sans compromis de la ligne due du Parti à l’approche de la date anniversaire du 10 mars. Cela souligne également dans le contexte politique actuel, que les pratiques religieuses pacifique du Tibet sont sans cesse assimilées à des menaces de « sécurité nationale ».

Wang Zhengsheng, chef du Bureau de Sécurité Publique et gouverneur du Qinghai, a choisi la date du 2 mars, lors du festival de prière de Kumbum pour inspecter ses troupes et poser les lignes du travail de sécurité et de déploiement. Le média publique a détaillé cette visite, précisant que le gouverneur ne venait pas admirer les sculptures de beurre mais faire la revue du déploiement d’urgence d’agents de police et de soldats, ainsi que les cadres du Parti, mettant en avant la lutte sans répit du Parti au Tibet.[4]

Cette semaine, le média public a aussi montré des images de manoeuvres militaires à Lhassa, Nagchu (Naqu en chinois), et Lhokha (Shannan en chinois) dans la région autonome du Tibet, une démonstration de force ritualisée cette année dans ces trois régions posée comme une habitude annuelle à l’approche du 10 mars.[5]

A Nagchu, le vice-président du TAR, Jiang Jie, s’est adressé aux troupes dans le jargon militaire, parlant de la nécessité « d’achever une victoire décissive » dans la guerre contre « des éléments hostiles. » Les images publiées par le média public montrent des exercices militaires du 4 mars avec des troupes aguerries et des forces spéciales, des brigades anti-incendie et des véhicules blindés.[6]

Jiang Jie souligna la nécessité d’une « absolue loyauté » en Xi Jinping, et pour les troupes de se soumettre à ses instructions pour « sécuriser la Porte du Nord » qu’est la région autonome du Tibet. Il a déclaré que les troupes basées au Tibet doivent « combattre la guerre du peuple avec résolution et construire un mur d’acier pour lutter contre le séparatisme. »

Des photographies d’une démonstration militaire le 1er mars ont été publiées le 3 mars, où l’on peut voir des hauts-commandants, des cadres du Parti, des troupes, des véhicules blindés, des camions de pompiers. Les médias précisaient que les patrouillées armées seraient conduites dans des zones urbaines fortement peuplées.[7]

Le meeting de stabilité de Chamdo qui veut prévenir les auto-immolations, ces actes exécutés par l’ennemi selon la rhétorique chinoise. Il est impératif, selon ce meeting, d’assommer ceux qui incitent d’autres à devenir des héros, de cibler ceux qui veulent devenir des immolés par le feu, des terroristes et des extrêmistes, détruire les organisations illégales, et mettre en lumière la dignité de notre système social légal. Nous devrions commencer par utiliser tous les pouvoirs : le flair du fin limier, l’ouïe de la chauve-souris, la faculté de chasseur du faucon, pour combattre avec intelligence et l’internet  pour connaître [notre ennemi] avant qu’il n’entre en action.[8]

Le vocabulaire utilisé dans les médias montre la plus grande approche systémique de la surveillance des réseaux par le PCC, tel que même les critiques les plus modérées et les plus raisonnables peuvent être considérées comme celles d’ennemis et de séparatistes et de criminels.

Depuis la vague de protestations il y a une décennies, le PCC est s’est mis à réagir par préméditation et par hyper-sécurisation locale grâce à des milliers de cadres du parti au niveau des villages et par d’intenses rééducations patriotiques.

Footnotes:
[1] Konpe set fire to himself on December 23 (2017) and died the next day. In a harrowing video circulating online, a woman can be heard calling out, “Gyalwa Tenzin Gyatso [the Dalai Lama], grace us with your compassionate gaze.” International Campaign for Tibet report, December 27, 2017, ‘Young Tibetan man dies after self-immolation in Ngaba’,https://www.savetibet.org/young-tibetan-man-dies-after-self-immolation-in-ngaba/

[2] Tibet Daily, March 4, 2018, article entitled: ‘The autonomous regional stability supervision group supervised the maintenance of stability work in Changdu’, in Chinese at:http://www.gem.xizang.gov.cn/sy/xzxw/201803/t20180304_44796.html

[3] For images, see International Campaign for Tibet report, ‘Images of repression and resilience in Tibet on day of miracles’, March 3, 2018, https://www.savetibet.org/images-of-repression-and-resilience-from-tibet-on-day-of-miracles/

[4] Extracts translated from the Chinese by ICT, March 3, 2018, http://epaper.tibet3.com/qhrb/html/2018-03/03/content_491108.htm

[5] International Campaign for Tibet report, ‘Wall of Steel in Tibet in major military drill in buildup to March 10 anniversary’, March 5, 2018, http://www.savetibet.org/wall-of-steel-in-tibet-with-major-military-drill-in-buildup-to-march-10-anniversary/

[6] Published by the Naqu Public Security Department on March 5, 2018, in Chinese at:http://www.xzgat.gov.cn/dsdt/11098.jhtml

[7] Chinese state media, March 3, 2018, http://www.xzsnw.com/gov/ldhd/137339.html

[8] Translation by ICT from the Chinese of an extract from the following state media report: http://sz.cdbao.cn/Html/2017-03-07/11764.html. International Campaign for Tibet report, ‘The four loves and the enemy within: new ideological campaign in Tibet reflects heightened agenda of control in 19th Party Congress year’, April 20, 2017, https://www.savetibet.org/ict-inside-tibet-the-four-loves-and-the-enemy-within-new-ideological-campaign-in-tibet-reflects-heightened-agenda-of-control-in-19th-party-congress-year/