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22/12/16 | 8 h 50 min

Trump affirme que les Etats-Unis ne sont plus tenus de suivre la règle : « Une Chine »

Donald Trump, le Président-élu américain à Grand Rapids, Michigan, le 9 Décembre dernier, dans le cadre de sa tournée « Merci aux Etats-Unis »

Donald Trump, le Président-élu américain à Grand Rapids, Michigan, le 9 Décembre dernier, dans le cadre de sa tournée « Merci aux Etats-Unis »

Le Président-élu américain Donald Trump a déclaré que les Etats-Unis n’ont plus à suivre l’ancien statut de Taïwan, comme appartenant à « Une Chine », ce qui remet en cause quatre décennies de ligne politique et provoque l’animosité de Pékin.

Les commentaires de Trump, dans l’émission « Fox News Sunday, » sont intervenus après la condamnation immédiate par les diplomates chinois de sa décision de prendre au téléphone la Présidente de Taïwan, le 2 décembre dernier.

« Je comprends très bien le statut : « Une Chine », mais je ne sais pas pourquoi nous y serions tenus, à moins que nous nous entendions avec la Chine sur d’autres choses, comme le commerce », a expliqué Trump sur Fox.

L’appel de Trump à la Présidente Tsai Ing-wen a été le premier vrai contact avec Taïwan de la part d’un Président-élu ou d’un Président américain depuis que le Président Jimmy Carter avait permuté la reconnaissance diplomatique de la Chine à la place de Taiwan en 1979, faisant partie de facto de « Une Chine ».

Pékin considère Taiwan comme une province rebelle ce qui en fait un sujet très sensible pour la Chine.

Les officiels Chinois n’avaient pas réagi immédiatement aux remarques de Trump.

Après la conversation de Trump avec la Présidente de Taïwan, l’administration Obama a déclaré, par l’intermédiaire de ses membres les plus âgés, avoir parlé avec des officiels chinois en insistant sur le maintien par Washington du principe dit « Une Chine ». L’administration a expliqué que l’évolution de la relation sino-américaine n’en serait pas affectée, quand bien même la question de Taïwan ressurgissait.

Suite aux derniers propos de Trump, un conseiller à la Maison Blanche a déclaré que l’administration Obama s’en tiendrait à cette ligne politique comme par le passé.

Lors de son interview sur Fox, Trump a critiqué la politique de la Chine, ses activités en Mer de Chine méridionale, sa position en faveur de la Corée du Nord. Il a affirmé que ce n’est pas à Pékin de décider s’il peut prendre un appel de la dirigeante taïwanaise.

« Je ne veux pas que la Chine me dicte ce que j’ai à faire, dans cet appel téléphonique » a dit Trump. « Cela a été une discussion très agréable. En quoi une quelconque nation aurait-elle le droit de me dire si je peux prendre un appel téléphonique? »

« En fait, pour être honnête, il aurait été irrespectueux de ne pas le prendre » a ajouté Trump.

Ce dernier projette de nommer un vieil ami de Pékin, le gouverneur de l’Iowa Terry Brandstad, futur ambassadeur américain en Chine.

D’après une source experte en la matière, Trump réfléchit à la nomination au poste de N°2 du Département d’Etat, John Bolton, un membre de l’ex-administration Bush, qui appelle à une politique plus dure envers Pékin.

Dans un article du Wall Street Journal, daté de Janvier 2016, Bolton avait dit que le prochain Président devrait être plus résolu à contrer l’agressivité militaire de la Chine dans les mers de Chine Méridionale et Orientale.

Bolton expliquait que Washington devrait lancer un « nouveau cycle diplomatique » qui pourrait débuter par la réception officielle de diplomates taïwanais au Département d’Etat et amener la restauration d’une entière reconnaissance diplomatique de Taïwan.

Dans l’interview donnée à Fox, Trump a repris sa litanie de plaintes vis-à-vis de la Chine, celles qu’il avait martelées durant sa campagne présidentielle.

« Nous avons été gravement touchés par la dévaluation monétaire de la Chine, par ses taxes massives à ses frontières alors que nous ne la taxons pas, par sa construction d’énormes forteresses au beau milieu de la mer de Chine Méridionale, ce qu’ils n’ont pas le droit de faire, et en ne nous aidant pas du tout sur la Corée du Nord » a ajouté Trump.
« Voyez la Corée du Nord qui possède l’arme nucléaire : la Chine pourrait résoudre ce problème mais elle ne nous aide absolument pas. »

Les économistes, dont ceux du Fonds Monétaire International, ont bien analysé le soutien de l’Etat chinois au cours du yuan ces dernières années, une preuve que Pékin ne peut plus maîtriser artificiellement la baisse de sa devise monétaire, afin de garantir un bas prix de ses exportations.

La montée d’une « probable incompréhension »

Le « Global Times », un tabloïd influent, édité par le « Quotidien du Peuple », journal officiel du Parti Communiste au pouvoir, a considéré Trump, dans son éditorial, comme « un enfant naïf en diplomatie » et a réaffirmé que la règle « Une Chine » n’était « ni à acheter ni à vendre ».

Le journal ajoute que, le jour venu, la Chine Continentale lancera « une série » de nouvelles lignes politiques envers Taïwan.

« Nous prouverons l’incapacité des Etats-Unis, depuis toujours, à dominer le détroit de Taïwan, et en cela le désir de Trump de vendre la règle « Une Chine » pour des intérêts commerciaux relève d’un caprice puéril ».

Wang Yiwei, un professeur de Relations Internationales à l’Université Renmen, établissement pour l’élite à Pékin, affirmait que Trump utilise certainement la question de Tawan pour essayer de réaliser un marché au profit du commerce américain.

« Il veut obtenir les meilleurs accords commerciaux avec la Chine pour dynamiser l’économie américaine », dit Wang.

Certains experts américains ont mis en garde Trump sur le risque de confrontation militaire s’il pousse la question de Taiwan trop loin.

« La Chine est prête à voir se détériorer totalement sa relation avec les Etats-Unis pour montrer sa détermination sur Taïwan », nous explique Jessica Chen Weiss, une professeur de politique à l’Université de Cornell et experte du nationalisme chinois.

« Quand la décision de clore des décennies de pratiques se fait avec si peu d’avertissements et de communication, cela accroît la probabilité d’une incompréhension et de mauvais calculs, qui sont les ingrédients d’une crise entre les Etats-Unis et la Chine à propos de Taïwan », nous détaille Chen Weiss.

Mike Green, un ancien haut conseiller sur l’Asie auprès de l’ex-Président George W. Bush, souligne que la fin de la règle « Une Chine » serait une erreur car elle plongerait la relation sino-américaine dans des turbulences et compromettrait la coopération de Pékin sur la question Nord-Coréenne.

Pourtant Green, qui est maintenant un expert du CSIS (Centre d’Etudes Internationales et Stratégiques), doute que Trump aille trop loin même s’il y voit « une logique, du fait qu’il ne veuille plus servir Pékin et se laisser dicter sa conduite sur la question de Taïwan ».

« Le Président Obama a été trop conciliant avec Pékin, dès le début, ce qui a réduit son emprise alors que la Chine réaffirmait sa place dans les mers de Chine Méridionale et Orientale », explique Green.

Dimanche dernier, un haut responsable de la diplomatie chinoise, le Conseiller d’Etat Yang Jiechi, était en visite au Mexique, voisin des Etats-Unis, selon l’agence officielle Xinhua, rencontre non détaillée par les officiels mexicains.

Le Mexique a renforcé ses liens avec la Chine, actionnaire d’un énorme réseau de téléphonie mobile de plusieurs milliards de dollars, et dans le même temps, la compagnie China Oil Corporation vient d’acquérir 2 des 8 champs pétroliers off-shore, après des enchères historiques ce mois-ci.

Traduction France Tibet