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27/05/16 | 17 h 47 min par rédaction d'iTELE

Un trafic de bois au profit de la Chine menace la Casamance de déforestation

bois senegal

Images à l’appui, l’ancien ministre de l’Environnement sénégalais a dénoncé un trafic de bois illégal dans la région de Casamance. Depuis la Gambie, des trafiquants organisent le pillage des terres pour le marché chinois. D’ici deux ans, les dernières forêts du pays pourraient disparaître.

C’est un cri d’alarme que lance le Sénégalais Haidar El Ali. Cet ancien ministre de l’Environnement a alerté la communauté internationale sur le pillage de la forêt en Casamance, lors d’une conférence de presse à Dakar ce jeudi 26 mai. Cette région frontalière de la Gambie, confrontée depuis 1982 à une rébellion armée indépendantiste, est pourtant la plus boisée du pays, mais d’ici deux ans ses arbres pourraient disparaître.

En cause: un trafic de bois organisé de Gambie vers la Chine. Pour appuyer ses dires, Haidar El Ali a projeté des images filmées par un drone montrant un village gambien, Saré Bodjo, transformé en scierie géante et les a commenté:

Des centaines de milliers de troncs, pillés, hélas, avec le fait que le gouvernement sénégalais ne met pas les moyens pour surveiller le Medina-Yorofoula. Les Chinois installés en Gambie pillent et souillent notre pays.

« D’ici deux ans, ce sera trop tard »

Le bois de vène, présent en Casamance, est un bois très prisé en Asie mais sa coupe est interdite au Sénégal. Ce pillage « a atteint un seuil de non-retour et d’ici deux ans, ce sera trop tard. Nous tirons la sonnette d’alarme » a indiqué Haidar El Ali. Selon les statistiques des douanes chinoises, les importations de bois de vène provenant d’Afrique ont effectivement explosé ces dernières années. Plus de la moitié des bois rouges importés par la Chine en 2015 provenaient d’Afrique, la Gambie arrivait en deuxième position des pays exportateur alors que le territoire en comporte aucune forêt.

Le Sénégal a perdu plus d’un million d’arbres depuis 2010 tandis que les exploitants basés en Gambie ont empoché près de 140 milliards de francs CFA (plus de 213 millions d’euros) en exportant ce bois vers la Chine où la demande de meubles a explosé ces dernières années.

Un trafic juteux, au profit de la Chine

Ce trafic serait tellement juteux qu’il pousserait des émigrés sénégalais, partis faire fortune en Europe, à revenir au pays. Selon le militant écologiste, les implications sont dramatiques: la destruction des forêts « aura un impact irrémédiable sur la fertilité des sols. Le taux de précipitations chutera dramatiquement et impactera l’agriculture et le tourisme dans l’une des régions les plus pauvres du pays. »

Cette contrebande se fait, selon lui, avec la complicité de Gambiens et de Sénégalais mais aussi « d’exploitants et de Chinois mafieux qui installent le désert dans notre pays », a-t-il affirmé. En avril, une équipe du ministère sénégalais de l’Environnement qui réalisait une étude sur les ressources naturelles en Casamance avait été arrêtée en Gambie en train de prendre des images de bois coupé et entreposé, pour être relâchée au bout de 48 heures.

Un manque de volonté politique

Selon Haidar El Ali, les dirigeants doivent agir. « Ce n’est pas un combat facile parce que les intérêts en jeu sont énormes. Le gouvernement sénégalais ne met pas les moyens » pour juguler le phénomène, « c’est une question de volonté politique ».

Article rédigé par la rédaction d’iTELE avec AFP –

Photo : Vue aérienne d’un dépôt de bois à Sare Bodjo en Gambie, à un kilomètre de la frontière sénégalaise – Association sénégalaise de protection de l’environnement Oceanium

 voir aussi : http://www.voaafrique.com/a/en-images-le-trafic-de-bois-a-la-frontierre-gambienne/3347003.html