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20/01/19 | 19 h 19 min par Martha Mendoza

Une firme américaine arrête son partenariat avec les camps d’internement d’ouïghours

Selon The Independent (10 janvier 2019),  suite à une controverse au sujet de matériel de sport en provenance de camps d’internement chinois, l’entreprise Badger Sportswear réagit en coupant officiellement ses liens avec ces camps de travail. En décembre, avec cette publicité peu reluisante alors qu’elle travaille principalement avec les universités américaines, l’entreprise  américaine avait annulé les livraisons de son clients chinois.

Notons qu’une enquête journalistique (Associated Press) a été capable de faire changer les choses et a  poussé l’entreprise à prendre en compte sa responsabilité

 

Pour mémoire :

 

HOTAN, Chine (AP) — Dans l’extrême Ouest de la Chine, des barbelés et des centaines de caméras de surveillance cernent une enceinte gigantesque comportant plus de 30 bâtiments abritant des dortoirs, des salles de cours, des entrepôts et des ateliers. Des dizaines d’officiers en armes et un Doberman irascible montent la garde à l’extérieur.

Derrière les grilles cadenassées, des hommes et des femmes fabriquent des vêtements de sport qui pourraient bien se retrouver sur les campus ou les terrains de sport américains.

Il s’agit là de l’un des camps d’internement dont le nombre ne cesse de croître dans la région du Xinjiang ; on estime qu’un million de musulmans y sont internés, forcés à renoncer à leur langue natale et à leur religion et soumis à l’endoctrinement politique. De plus, le gouvernement chinois oblige actuellement certains détenus à travailler dans les secteurs manufacturier et alimentaire. Certains d’entre eux se trouvent dans les camps d’internement ; d’autres sont employés dans des entreprises privées et subventionnées par l’état, où sont envoyés les détenus une fois libérés.

L’Associated Press a récemment découvert des expéditions régulières de marchandises à destination de Badger Sportswear, un important fournisseur de Statesville, en Caroline du Nord, depuis une usine située dans un camp. Ces envois montrent à quel point il est difficile d’empêcher des produits issus du travail forcé d’entrer dans la chaîne mondiale d’approvisionnement, même si de telles importations sont illégales aux Etats Unis. Le PDG de Badger, John Anton, a affirmé que l’entreprise s’approvisionnerait ailleurs pendant le temps de l’enquête, et le gouvernement américain a déclaré mardi dernier que les rapports relatifs au travail forcé dans les usines seraient réexaminés.

Un reportage d’Associated Press révèle que les détenus d’un camp d’internement chinois fabriquent des articles de sport que l’on peut retrouver au final sur les campus et les terrains de sport américains. (AP Video/Dake Kang).

Les autorités chinoises présentent les camps, qu’ils appellent centres de formation, comme offrant une qualification professionnelle gratuite aux Ouighours, Kazakhs et d’autres, principalement musulmans, et comme faisant partie d’un dispositif visant à faire accéder les minorités à un monde « moderne civilisé » et à éradiquer la pauvreté au Xinjiang. Ils affirment que les gens détenus dans les camps ont tous signé un contrat pour accéder à cette formation professionnelle.

Le Département de la Propagande du Xinjiang n’a pas souhaité répondre à une demande  de clarifications envoyée par fax. Un porte-parole du Ministère Chinois des Affaires Etrangères  a accusé lundi les media étrangers de diffuser des « informations inexactes » sur les centres de formation, mais n’a pas répondu à une demande de précisions.

« Ces rapports sont totalement basés sur des on-dit ou purement et simplement inventés, » a déclaré, la porte-parole Hua Chunying, lors d’un point de presse quotidien.

Cependant, une douzaine de personnes qui avaient été détenues dans un camp ou y avaient des amis ou des parents, ont déclaré à l’AP que les prisonniers qu’ils connaissaient n’avaient pas eu d’autre choix que de travailler dans ces usines. La plupart des Ouighours et des Kazakhs en exil qui ont été  interviewés ont dit aussi que même ceux qui avaient déjà un métier étaient à nouveau formés à des tâches subalternes.

Le salaire variait selon l’usine. Certains ne touchaient rien du tout alors que d’autres disaient pouvoir gagner jusqu’à plusieurs centaines de dollars par mois – à peine au-dessus du salaire minimum dans les zones les plus pauvres du Xinjiang. Un témoin ayant une connaissance directe de la situation dans un comté a estimé que plus de 10 000 détenus – soient 10 à 20 pour cent de la population totale emprisonnée là –travaillent dans des usines, certains d’entre eux percevant à peine le dixième de ce qu’ils gagnaient auparavant. Le témoin a préféré rester anonyme par crainte de représailles.

Un ancien journaliste de la télévision du Xinjiang en exil relate que durant sa captivité d’un mois l’an passé, des jeunes gens de son camp étaient conduits au travail chaque matin dans des ateliers de charpente ou des cimenteries sans aucune compensation financière.

« Le camp ne versait aucun salaire, pas un centime » déclare-t-il, demandant à ce que seul son prénom, Elyar, soit révélé dans l’interview car il a encore des parents au Xinjiang. « Même pour les produits de première nécessité, tels que le gel douche ou les vêtements de nuit, ils faisaient appel à nos familles à l’extérieur car ils ne pouvaient pas les payer. »

Rushan Abbas, une Ouighour réfugiée à Washington D.C., dit que sa sœur fait partie des détenus. La sœur, le Dr Gulsham Abbas, a été emmenée dans ce que les autorités appellent un centre de formation professionnel, bien que Rushan Abbas ne sache pas précisément si sa sœur est soumise au travail forcé.

« Les entreprises américaines qui importent depuis là-bas devraient savoir que ces produits sont fabriqués par des gens que l’on traite comme des esclaves, » a-t-elle déclaré. «  Qu’est-ce qu’ils vont faire, apprendre  la couture  à un docteur en médecine? »

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Les minorités ethniques Ouighour et Kazakh majoritairement musulmanes de Chine vivent principalement dans la région du Xinjiang frontalière avec le Pakistan et l’Afghanistan, avec des traditions remontant aux marchands qui parcouraient autrefois la Route de la Soie. Au cours des dernières décennies, de violentes attaques de militants Ouighours ont fait des centaines de victimes et incité le gouvernement chinois à instaurer au Xinjiang un dispositif de sécurité étouffant.

Il y a environ deux ans, les autorités ont lancé une vaste campagne d’emprisonnement et de rééducation. Ils ont aussi recours aux checkpoints, à la localisation GPS et à des caméras de reconnaissance faciale pour surveiller les minorités ethniques de la région. Le plus petit écart de conduite repéré peut envoyer quelqu’un dans les camps d’internement.

Les hommes et les femmes du complexe qui a expédié des produits à Badger Sportswear fabriquent des vêtements pour le groupe privé Hetian Taida Apparel dans un complexe de 10 usines situées à l’intérieur du camp. Hetian Taida affirme ne pas être lié aux camps d’internement, pourtant on compte des prisonniers au sein de son personnel.

Au moment où la Chine était confrontée à une pression internationale croissante  sur la question des camps, les media d’état ont diffusé en octobre dernier un reportage montrant « un centre de formation professionnelle » dans la ville de Hotan, dans le sud du Xinjiang.

Les  images de CCTV montrant des stagiaires au travail dans une manufacture de vêtements. (CCTV via AP Video, File)

 

«Le terrorisme et l’extrémisme sont les ennemis communs de toute civilisation humaine, » a proclamé un programme de la Télévision Centrale Chinoise. En réponse le reportage disait que le gouvernement du Xinjiang utilisait la formation professionnelle pour résoudre ce « problème mondial ».

Le président de Hetian Taida, Wu Hongbo, a confirmé que son entreprise possède une usine à l’intérieur du même complexe que le centre de formation présenté dans le reportage de la Télévision Centrale Chinoise. Hetian Taida offre des emplois à ces même stagiaires qui ont été jugés « non-problématiques » par le gouvernement, a-t-il déclaré, ajoutant que le centre est géré pas l’état.

« Nous apportons notre contribution à l’éradication de la pauvreté, »  a déclaré Wu à l’AP lors d’un entretien téléphonique.

« Les 20 à 30 stagiaires de l’usine sont traités comme des employés normaux et ne constituent qu’une petite partie des quelques centaines de personnes qui y travaillent, » a-t-il dit.

Les stagiaires montrés dans le reportage télévisé ont  loué le Parti Communiste pour les avoir sauvés d’un parcours de délinquance.

«Je n’ose même pas imaginer  ce qui serait advenu de moi si je n’étais pas venu ici, » a déclaré un étudiant Ouighour. « Le Parti et le gouvernement m’ont trouvé à temps et m’ont sauvé. Ils m’ont donné l’opportunité de me réinventer. »

L’extrait montrait qu’en plus de la loi et des cours de Mandarin, le centre de formation collabore avec des entreprises pour fournir aux stagiaires une expérience professionnelle. Les stagiaires étaient filmés courbés sur des machines à coudre dans une usine dont l’aspect intérieur correspond à celui de la principale filiale de Hetian Taida à Hotan, comme précédemment montré dans des reportages des media chinois.

La police avait signifié aux journalistes de l’AP qui s’étaient approchés du complexe plus tôt ce mois-ci qu’ils ne pouvaient pas prendre de photos ni filmer dans cette zone car elle fait partie « d’installations militaires ». Pourtant l’entrée n’était marquée que par un haut portail avec un panneau où l’on pouvait lire « centre de formation professionnelle du textile ».

Des affiches sont disposées tout le long de l’enceinte barbelée, sur lesquelles on peut lire des slogans tels que « Apprends à être reconnaissant, apprends à devenir quelqu’un d’intègre » ainsi que « Pas la peine de payer pour trouver facilement du travail. »

Nathan Ruser, chercheur en cyber-politique à l’Institut Australien de Politique Stratégique (ASPI), a analysé des images-satellite pour l’AP et mis en lumière que dans le cas d’Hetian Taida l’usine de confection et le camp de formation géré par le gouvernement sont reliés par un passage clôturé.

« Il y a des miradors partout » a déclaré Ruser. « Il y a des clôtures entre les bâtiments et les murs pour limiter les déplacements. Les détenus ne peuvent accéder à la zone des usines qu’en empruntant ces passages et les installations sont complètements fermées. »

L’AP n’a pas pu déterminer en toute indépendance si les travailleurs étaient autorisés à aller et venir, ou si et combien ils étaient payés.

 

Badger Sportswear, une entreprise de vente de tenues de sports existant depuis 47 ans, a reçu au moins 10 fois au cours de cette année des containers d’expédition contenant des milliers de T-shirts et de pantalons de polyester pour hommes, femmes et enfants. L’entreprise fabrique essentiellement au Nicaragua et aux USA, et il est impossible de savoir où les produits venus du Xinjiang arrivent en fin de parcours. Mais des experts affirment que les chaînes d’approvisionnement sont considérées comme entachées par le travail forcé et l’esclavage moderne dès le moment où un seul article est fabriqué par une personne que l’on force à travailler.

Des indices épars glanés sur Internet révèlent régulièrement que cette entreprise est liée aux ateliers de l’usine de confection du camp.

 

Shawn Zhang, un chercheur de l’Université de Colombie Britannique, a repéré un post publié discrètement sur le réseau social de la ville Hotan en février où il est dit qu’un premier lot de vêtements d’une valeur de $40 000 vogue vers l’Ouest depuis l’usine Hetian Taida. Posant au milieu d’un groupe de jeunes filles agitant le signe de la paix, apparaît la directrice des ventes  de Badger Sportswear, Ginny Gasswint, qui est citée disant combien elle est étonnée que les ouvriers soient aussi « sympathiques, beaux, enthousiastes et motivés. »

 

D’après ce que l’on peut voir sur son site et dans les publicités, Badger Sportswear est dans toutes les librairies universitaires et équipes sportives, quelle que soit leur importance, du pays tout entier, dans des endroits tels que l’équipe de squash de l’Ecole du Comté de Charlotte, en Caroline du Nord, la Petite Ligue de Coventry de Rhode Island et les classes préparatoires du College Hansberry à Chicago. Des dizaines de librairies universitaires font la promotion de leur équipement avec des impressions sur des tenues fabriquées par Badger Sportswear : l’Université A & M du Texas, l’Université de Pennsylvanie, l’Université d’Etat des Appalaches, l’Université du Nord de l’Iowa, l’Université d’Evansville et le Bates College. Et pourtant il est impossible de savoir si aucun de ces vêtements en particulier provient du travail forcé.

 

Toutes les équipes et écoles qui ont répondu à l’AP ont condamné le travail forcé.

Anton, directeur général de Badger a déclaré dimanche que, suite à des recherches, son entreprise a décelé des articles provenant d’une entreprise affiliée à Hetian Taida depuis des années. Il a révélé qu’il y a environ un an, cette filiale a ouvert une nouvelle usine dans l’ouest de la Chine. Anton a confirmé que des représentants d’Hetian Taida ont visité l’usine et attesté par écrit que l’usine est certifiée par des  experts en conformité sociale.

« Nous allons volontairement mettre un terme à nos recherches et délocaliser la production pendant le temps que nous enquêterons sur ce sujet, » a-t-il déclaré.

Badger Sportswear a été acquis par le fond d’investissement new-yorkais CCPM Conseiller en Capital en août 2016. Depuis lors, CCPM a fait l’acquisition de trois autres entreprises de confection de vêtements de sport, que la firme dirige sous la tutelle du groupe Founder Sport.

Ces dernières années, Badger importait des vêtements de sport – maillots, tee-shirts, pantalons d’entraînement et autres – depuis le Nicaragua et le Pakistan. Mais en avril de cette année, Badger a commencé à importer des tee-shirts et des pantalons en 100% polyester venant de chez Hetian Taida Apparel, en fonction de données douanières fournies par Import Genius, qui analyse les expéditions à la consommation. L’adresse sur les documents d’accompagnement est celle du camp de détention.

Les Etats Unis et les Nations Unies disent que le travail forcé équivaut à une forme moderne d’esclavage, et que les biens produits par des gens que l’on exploite et que l’on contraint sont interdits d’importation aux USA.

Il n’est pas certain que d’autres compagnies exportent elles aussi vers les Etats Unis, l’Europe et l’Asie des biens obtenus par le travail forcé au Xinjiang. L’AP a trouvé deux autres entreprises exportant vers les USA qui partagent à peu près les mêmes coordonnées que des endroits identifiés par les experts comme étant des camps, et les rapports des media chinois mentionnent « formation » à leur propos. Mais l’AP n’a pas pu confirmer si ces compagnies ont  ou non recours au travail forcé.

Le congressiste républicain  Chris Smith, par ailleurs membre du Comité des Affaires Etrangères à la Chambre des Représentants, a exhorté l’administration Trump à interdire les importations provenant des firmes chinoises ayant recours au travail forcé.

«Le gouvernement chinois ne détient pas seulement plus d’un million de Ouighours, en les obligeant à renier leur foi et à faire allégeance au Parti Communiste, mais il tire aussi profit de leur travail, » a déclaré Smith. « Les consommateurs américains ne  devraient pas acheter et les entreprises américaines ne devraient pas importer de biens manufacturés dans des camps de concentration de l’ère moderne. »

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Le système des camps de détention est un chaînon d’un état policier devenu de plus en plus coercitif sous la présidence de Xi Jinping. Plus tôt cette année, certains détenus ont témoigné auprès de l’AP de passages à tabac, de mises à l’isolement et d’autres châtiments qu’ils subissaient s’ils ne récitaient pas les hymnes, les noms et les slogans politiques. L’AP n’a pas eu l’autorisation d’accéder à ces installations en dépit de tentatives réitérées pour obtenir la permission de les visiter.

Il n’y a pas de travail forcé dans tous les camps. Beaucoup d’anciens détenus dit qu’ils ont été emprisonnés dans des installations qui ne comportaient pas d’équipements industriels et se consacraient exclusivement à les embrigader politiquement.

« Ils ne m’ont rien appris du tout. J’ai subi des lavages de cerveau, ils ont essayé de nous faire croire à la grandeur de la Chine, à sa puissance, à l’ampleur de son développement économique, » a déclaré Kairat Samarkan, un citoyen Kazakh qui dit avoir été torturé avec un engin métallique qui contraint et déforme le corps, avant qu’il ne soit libéré en février à la suite d’une tentative de suicide.

Les témoins interviewés ont parlé d’une vague d’ouvertures d’usines au début de cette année. L’ex-détenu Orynbek Koksebek a déclaré que peu avant sa libération en avril, le directeur est entré dans sa classe et a annoncé qu’une usine devrait être construite dans le camp. C’est un policier qui a traduit en kazakh les paroles du directeurs  à Koksebek et aux quelques 90 femmes et 15 hommes présents qui ne parlaient pas mandarin.

«Nous allons ouvrir une usine, vous allez y travailler, » rapporte Koksebek. Le policier a poursuivi : « Nous allons vous apprendre la cuisine, la couture et la mécanique automobile. » 

L’automne dernier  plusieurs mois après la libération de Koksebek, la nouvelle se répandit au Kazakhstan que le gouvernement chinois  organisait le travail forcé dans les camps d’internement et que certains détenus seraient transférés dans des usines fermées et gardées. Les travailleurs doivent occuper des dortoirs construits sur le lieu de l’usine. Les contacts avec les familles peuvent prendre la forme d’appels téléphoniques ou des visites personnelles, ou encore de weekends à la maison sous surveillance policière.

En octobre, les autorités chinoises ont admis l’existence de ce qu’elles appellent des centres de formation professionnelle. Les media d’état ont publié une interview avec Shohret Zahir, gouverneur du Xinjiang, où il déclarait que « certains stagiaires » avaient presque achevé leur « formation ».

« Nous allons nous efforcer de mettre en œuvre un lien continu entre la formation à l’école et des emplois sociaux, afin que, une fois leur formation achevée, les stagiaires puissent  trouver un emploi et gagner confortablement leur vie, » a déclaré Zahir.

Le programme de travail forcé va de paire avec une initiative gouvernementale de grande envergure pour développer l’économie du Xinjiang en y construisant d’énormes parcs industriels. Un autre camp d’internement visité par l’AP se trouvait à l’intérieur d’un complexe industriel appelé Parc Industriel de Kunshan, ouvert sous la pression d’un programme anti-pauvreté à l’échelon national. Un responsable local de la propagande, Chen Fang, a déclaré que les travailleurs y fabriquent de la nourriture er des vêtements.

De l’extérieur à travers une clôture de barbelés, on peut  voir un hôpital, un poste de police, des cheminées, des dortoirs et un bâtiment appelé « Maison des Travailleurs ». Une autre zone ressemble à une prison, avec des miradors et de hauts murs. L’AP n’a pas découvert aucune exportation depuis Kunshan vers les Etats Unis.

 

 

 

Beaucoup de ceux qui ont des proches emprisonnés dans ces camps disent que ceux-ci avaient un haut niveau d’instruction et un salaire confortable avant leur arrestation et n’avaient donc pas besoin d’un prétendu programme anti-pauvreté. Nurbakyt Kalaiskar, l’épouse d’un bouvier du Kazakhstan, a dit que sa fille, Rezila Nulale, 25 ans, avaient des diplômes universitaires et un emploi bien payé dans la publicité à Urumqi, la capitale du Xinjiang, où elle menait une vie typiquement citadine, avec un ordinateur, une machine à laver et un appartement dans le centre ville.

Et puis, en août dernier, de retour d’une visite dans sa famille, de l’autre côté de la frontière du Kazakhstan, Nulale a disparu. Elle ne répondit plus à ses appels téléphoniques et ne se présenta plus à son travail.

Quatre mois plus tard, un étranger contactait Kaliaskar via internet et confirmait ce qu’elle redoutait : sa fille était emprisonnée pour recevoir une « formation politique ». Au printemps suivant, elle dit s’être évanouie quand deux valises contenant des vêtemenst de sa fille ont été livrées chez elle au Kazakhstan.

Le mois dernier, Kaliaskar apprit par un proche de sa famille que Nulale travaillait dans une usine près du camp où elle avait été détenue. Cet ami l’avait appris par le frère de Kaliaskar  qui avait rendu visite à Nulale pour lui apporter des remèdes alors qu’elle était blessée à la main.

Kaliaskar apprit que sa fille ne recevait pas de salaire et devait remplir un quota journalier de trois articles de vêtements. Elle ne pouvait pas partir. Son oncle l’avait trouvée pâle et amaigrie.

« Ils ont dit qu’ils lui apprenaient à tisser des vêtements. Mais la question est, elle a fait des études universitaires et avait un travail, » déclare Kaliaskar. « A quoi sert donc cette formation ? »

Un ancien détenu, qui a témoigné à condition de rester anonyme pour se protéger lui-même et sa famille, a dit que les autres détenus de son camp avaient eux aussi été forcés de travailler dans des usines très éloignées de chez eux. On les a emmenés dans un bureau du gouvernement et on les a forcés à signer des contrats de travail d’une durée de six mois à cinq ans dans des usines éloignées.

S’ils s’échappent des usines, les a-t-on avertis, ils seront repris en placés dans des camps où ils recevront une « formation approfondie. »

Des fermiers, des bergers et des travailleurs manuels ayant une faible maîtrise du mandarin et un niveau d’instruction élémentaire ont dit qu’ils appréciaient les initiatives passées de Pékin pour aider les pauvres, ce qui inclut des aides au logement et l’installation de l’électricité et de l’eau courante. Mais les camps, les formations forcées et les usines, disent-ils, vont beaucoup trop loin.

« Je n’ai jamais demandé au gouvernement de trouver du travail à mon mari, » a dit Mainur Medetbek, dont le mari faisait des travaux de maintenance et de réparations avant de disparaître dans un camp au cours d’une visite en Chine depuis son foyer au Kazakhstan en février dernier.

Elle a pu récolter quelques informations sur la manière dont il est  traité au travers d’échanges surveillés et par l’entremise du mari d’une femme incarcérée dans le même camp. Il travaille dans une usine de confection et a l’autorisation de passer un weekend sur deux avec ses proches. Bien qu’elle ne sache pas exactement combien gagne son mari, la femme détenue dans le même camp perçoit 600 yuan (environ $ 87) par mois, moins de la moitié du salaire minimum local et beaucoup moins que ce que le mari de Medetbek gagnait autrefois.

Depuis l’emprisonnement de son mari, Medetbek et ses enfants n’ont pas de source de revenus fiable et souffrent parfois de la faim. Ces épreuves l’ont poussée à parfois envisager le suicide.

« Ils disent que c’est une usine, mais c’est une excuse pour les garder en détention. Ils n’ont pas la liberté, il n’a pas le temps de parler avec moi, » a-t-elle dit. « Ils disent qu’ils lui ont trouvé un travail. Moi je crois que c’est un camp de concentration. »

Martha Mendoza depuis Santa Cruz, California – Traduction Laura Stern