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01/01/21 | 21 h 16 min par C dans l'air et France Inter

Washington – Paris – Bruxelles / Pékin : Un choix cornélien ?

Antony Blinken : « Si les Etats-Unis ne retrouvent pas leur rôle de leadership, ce sera à la chinoise ».

Et l’Europe…?

Emission de C dans l’air du 24 novembre 2020

Antony Blinken a été choisi par Joe Biden pour diriger la diplomatie américaine. Nous l’avions rencontré en décembre 2019. Pour le futur secrétaire d’Etat, il est fondamental que les Etats-Unis retrouvent leur place de leadership.

https://www.facebook.com/Cdanslairf5/videos/283

Chronique de Pierre Haski du 1er janvier 2021 France-Inter5681350050314 :

Les défis de 2021 vont de la transition américaine et des équilibres mondiaux avec la nouvelle présidence américaine, à la succession de la Chancelière en Allemagne qui pèsera lourd sur l’avenir de l’Europe. Sans oublier le virus qui est toujours là…

Il y a les défis prévisibles, et ceux qu’on n’anticipe pas ; souvenons-nous, il y a un an, nous n’imaginions pas les ravages qu’allait faire ce virus inconnu apparu au centre de la Chine.

Mais dans les défis prévisibles, 2021 s’annonce costaud. Je ne m’attarderai pas sur le Brexit, qui a effectivement démarré ce matin, on en a suffisamment parlé. J’évoquerai plutôt deux changements majeurs à la tête de deux pays-clés, les États-Unis et l’Allemagne.

Mais d’abord, n’oublions pas Donald Trump. Il est encore président pour près de trois semaines, et beaucoup se demandent quels dégâts il peut encore faire, à la démocratie américaine, mais aussi à la stabilité du monde. Depuis quelques jours, il envoie des bombardiers B52 au-dessus du Golfe, à l’approche du premier anniversaire de l’élimination par un missile américain du Général iranien Qassam Soleimani. Trump ira-t-il plus loin ? Les démocrates redoutent que son dernier acte ne soit de leur laisser une guerre avec l’Iran sur les bras…

Mais projetons-nous plus loin : l’arrivée de Joe Biden et de son administration démocrate est attendue avec impatience par les partenaires comme par les adversaires des États-Unis.

D’abord parce que les quatre années de Donald Trump ont été épuisantes, au rythme des tweets et des obsessions du président le plus dysfonctionnel de la première puissance mondiale. Biden aura au moins une vertu : il sera prévisible.

Deuxièmement, parce que la gouvernance mondiale est plus qu’en panne, elle est devenue chaotique : les Nations Unies ne jouent plus leur rôle depuis longtemps, Donald Trump a mis les États-Unis sur une trajectoire de guerre froide avec l’autre super-puissance, la Chine, et des puissances régionales comme la Turquie en profitent pour mener leur propre jeu.

Joe Biden parle de restaurer le leadership américain, un discours très XX° siècle pas nécessairement adapté au XXI° ; mais il aura aussi les bras chargés par son agenda domestique, et des contraintes politiques dont l’ampleur sera décidée, dès la semaine prochaine, par les élections sénatoriales partielles en Géorgie qui détermineront qui détiendra la majorité au Sénat.

Reste donc l’Europe, et cette grande transition à la tête de l’Allemagne en septembre. La Chancelière Angela Merkel tire sa révérence après les élections générales, après un long règne de seize ans. Son successeur n’a pas encore été désigné par son parti, la CDU, et ce choix a évidemment des conséquences au-delà de l’Allemagne, en en particulier en France et en Europe.

C’est un cliché de le dire, mais l’Europe n’avance que lorsque Paris et Berlin, et donc le Président et la Chancelière, s’entendent, comme ils l’ont montré avec l’adoption du Plan de relance post-Covid cet été. Le choix des Allemands vis-à-vis de l’Europe sera donc décisif pour que l’UE, qui a montré en 2020 qu’elle pouvait enfin être à la hauteur en temps de crise, ne retombe pas dans ses errements passés et continue de se marginaliser.

N’oublions pas enfin ce virus obsédant, qui a bouleversé le monde, ébranlé les économies, et paradoxalement renforcé la Chine d’où tout est parti. Parviendrons-nous à le contenir et à nous remettre à vivre en 2021 ? C’est évidemment LE principal défi, celui qui conditionne, de fait, tous les autres.

 

Bernard Guetta sur France-Inter le 1er janvier 2021 : député du Parlement européen et membre de la Commission des Affaires étrangères de l’UE :

 » Trump, la pandémie et le Brexit ont contribué à un renforcement spectaculaire de l’UE ».

2021 pourrait être une année de rapprochement de l’Europe en direction de la Chine avec une volonté d’investissement réciproque est-ce une belle opportunité pour l’Europe ?

B.G. : Pas à mes yeux, parce que je pense que nous devrions nous concerter avec la nouvelle administration américaine, avec Joe Biden, pour savoir quelle attitude adopter ensemble vis à vis de la Chine ; ça ne veut pas dire dépendre des Américains, ça veut dire proposer aux Américains une attitude commune convergente. La Chine est la principale menace pour la démocratie dans le monde. Pourquoi ? Parce qu’elle lance un défit ouvert revendiqué aux démocraties, en disant que son système politique qui est la dictature d’un Parti unique, et la dictature d’un homme sur ce Parti unique, serait meilleur que le système démocratique,.Il y a une extraordinaire agressivité depuis un an, c’est le deuxième grand changement de l’année 2020, l’agressivité de la Chine sur la scène internationale, en mer de Chine méridionale, à HongKong, vis à vis de Taïwan, vis à vis aussi des démocraties en termes politiques, les démocraties de l’Union européenne et des Etats Unis de Joe Biden et certainement celle de Donald Trump, devraient au minimum rechercher une convergence d’attitude vis à vis de la Chine. Cet accord doit être avalisé par le Parlement et je vous garantis que ça ne se fera pas facilement, et pour ma part je contribuerai beaucoup à ce que ça ne se fasse pas facilement.

Vous allez demander à la Chine à ce qu’elle s’engage plus clairement à la fin du travail forcé par exemple.

B.G. : Absolument car elle ne s’est engagée à rien du tout, elle s’est engagée à s’efforcer à ratifier les conventions de l’organisation internationale du travail prohibant le travail forcé. ça veut dire que la Chine reconnaît qu’il y a aujourd’hui un travail forcé sur son territoire. Et ce travail forcé c’est quoi ? C’est principalement celui des camps de concentrations dans lesquels sont regroupés 1 million de Ouïghours, une minorité totalement persécutée dans des conditions absolument dantesque.

Vous estimez qu’avec cet accord l’Europe s’est faite rouler dans la farine ?

B.G. : Non elle ne s’est pas fait rouler, elle a sacrifié une partie d’ elle-même à la religion du libre échange. L’idée que si les échanges sont libres et contribuent au bien-être général, ce qui est partiellement vrai et partiellement faux, et l’idée totalement fausse que le développement des échanges économiques et industriels contribueraient forcement au développement et à l’affirmation de la démocratie.