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20/02/19 | 12 h 16 min par Li Zaili, traduction France Tibet

Xinjiang : ou comment la Chine s’acharne à détruire la foi

Autodafé, Berlin, 10 mai 1933 (crédit photographique : Mémorial de la Shoah/CDJC)

Nous avons choisi une photo d’un autodafé nazi à l’introduction du texte qui va suivre. L’idée des national socialistes en 1933 était de mettre en avant la nouvelle nation forte de l’Allemagne, d’effacer les anciennes pensées et d’éradiquer les juifs et leurs cultures. Dans le texte ci-dessous vous retrouverez tous ces ingrédients.

Le bureau

 

Un journaliste de Bitter Winter s’est rendu à Shawan pour enquêter sur les conséquences quotidiennes de la répression du gouvernement

Au nord-ouest du Xinjiang, le comté de Shawan se compose de 210 000 habitants. Parmi eux, des Huis, des Ouïghours, des Kazakhs et d’autres minorités ethniques comptant pour un tiers de la population totale.

Liushugou, sous l’administration de la ville de Jin’gouhe, est un village musulman typique qui avait encore trois mosquées en février 2018, le gouvernement local a arrêté quatre imams des trois mosquées sous le motif de « contre-terrorisme et de maintien de la stabilité. »

Les arrestations ne s’arrêtèrent pas là. Le 7 avril, trois représentants du gouvernement local sont venus au village pour enquêter sur les croyances religieuses des villageois. A quatre heure le lendemain matin, plus de 20 musulmans huis ont été arrêtés.

Le maire a également trouvé une liste de personnes impliquées dans la constructions des mosquées : plus d’arrestations eurent lieue. Au total, 43 personnes ont été arrêtées, dont le plus âgé avait 75 ans.

Plus encore, après l’arrestation des hommes, toutes les femmes musulmanes du village devaient se rendre tous les soirs au comité du village pour leurs leçons de deux heures. Des fonctionnaires fréquentaient les maisons des détenus pour menacer les familles et les empêcher de parler des arrestations : « si quiconque parle, ils seront amenés aux leçons [du soir] ».

L’un des villageois hui témoigna à Bitter Winter : « Ces personnes ne seront pas libérées tant qu’ils ne seront pas transformés, jusqu’à ce qu’ils renient leurs croyances religieuses. Le parti communiste chinois (PCC) ne s’intéresse uniquement qu’au maintien de la stabilité. Il n’a que faire des gens simples. Après avoir arrêté les musulmans huis et ouïghours, le PCC arrêtera le peuple han qui aura des croyances religieuses. Tout le monde, chrétiens ou bouddhistes seront arrêtés »

De manière sarcastique, un autre villageois déclare : « Je suis une personne qui apprécie manger, boire, parier et aller voir les prostituées. Je fais tout ça. Le parti communiste [le] sait, c’est pourquoi ils me laissent tranquille. Autrement, j’aurai aussi été arrêté. »

Le 10 avril, les trois mosquées du village étaient complètement détruites. Des fossés étaient creusées pour enfouir les remblais, ne laissant aucune trace.

Les mosquées de Liushugou ont été détruites.

Le même jour, une mosquée d’un autre village du comté, sous l’administration de la ville d’Anjihai, a aussi été rasée. Son imam avait été auparavant arrêté. Lorsque son fils s’est rendu au commissariat pour savoir pourquoi son père avait été emmené, il a été lui aussi arrêté pour avoir simplement posé des questions,.

Une mosquée du village de Jiahezi village a été rasée.

 

Quelques semaines auparavant, une autre mosquée du village de Jiahezi a été rasée. Les autorités auraient ordonnées que pas même une brique ne reste sur le site. Au bout des quatre jours de démolition pour une surface de 2000 m², il ne restait plus rien, personne n’aurait dit qu’il y avait une mosquée à cet emplacement.

En comparaison avec ces démolitions, la mosquée du village d’Anjihai peut-être considérée comme chanceuse. Plutôt que d’être détruite, seul son symbole de croissant de lune a été retiré. Les villageois huis supposent que cet agissement modéré pourrait être du fait de l’obéissance de l’imam au Parti.

Toutefois, la normale n’est pas de mise, bien que la mosquée ne soit pas démolie, elle n’a plus que son nom pour elle.

La porte de la mosquée d’Anjihai est fermée et des lanternes rouges avec les mots « Aimez le Parti » et « Aimez la nation » y sont accrochées. Une barrière anti-véhicule est placée devant.

Un villageois a révélé que la mosquée était désormais supervisée 24h/24 par des fonctionnaires du gouvernement qui se relaient. Derrière la porte, il y a un bureau, une chaise et des armures anti-émeutes pour le personnel. Aucun villageois n’a osé entrer pour aller prier.

Du fil barbelé sur un mur entourant la mosquée du village d’Anjihai

 

Selon les villageois, faire disparaître les imams et les mosquées n’était pas suffisant pour le PCC. Les livres religieux ont aussi disparu. Un villageois témoigne que lors d’une cérémonie de levée-de-drapeau, un responsable de Liushugou a déclaré aux personnes présentes : « Toute personne qui détient des livres religieux cachés chez eux doivent les rendre au comité du village. Si ces personnes sont incapables de le faire et sont prises en faute, elles seront emmenées pour étudier et être réformées. » Peu de temps après, les fonctionnaires basés dans le village ont fait du porte-à-porte et ont ordonné aux villageois de donner leurs livres religieux. La plupart des villageois craignaient d’être envoyé dans les camps de rééducation par l’éducation et donnèrent leurs livres.

Un villageois confia que le comité du village brûla tous les livres confisqués : cinq sacs de livres par jour pendant deux semaines.

Voici le visage d’une campagne de la peur. De manière compréhensible, personne à Shawan n’a voulu témoigner à visage découvert ou produire une plainte officielle.