Le premier site d'actualité sur le Tibet

www.tibet.fr

31/08/15 | 14 h 08 min par France Tibet

17 points de désaccord. 65 ans d’échecs de la politique chinoise au Tibet.

echecs_de_la_politique_chinoise_au_Tibet

Voilà 65 ans que l’Armée Populaire de Libération a envahi le Tibet, ce que la Chine – en une grossière distorsion des évènements – a appelé la « Libération Pacifique du Tibet ». Pour les Tibétains et tous ceux qui les soutiennent, il y a plus de six décennies que la République Populaire de Chine est passée en force pour consolider son occupation militaire au Tibet.  ‘L’Accord en 17 points’, signé le 23 mai 1951 par le Gouvernement chinois et, sous la contrainte, par celui du Tibet,  a capoté en raison de l’opposition grandissante des Tibétains à l’hégémonie chinoise, et à la fuite du Dalaï Lama en 1959 (a).

La Chine dirige le Tibet depuis maintenant 65 ans ; 65 ans au cours desquels Pékin cherche à conquérir le cœur et l’esprit des Tibétains, à affaiblir l’influence du Dalaï Lama en exil, et à absorber le Tibet. Pourtant, au cours de ces décennies, les Tibétains ont rejeté l’autorité chinoise et continuent à s’y opposer activement, à travers des mouvements de protestation, des actions directes non violentes, ou par la fuite en exil.

Lors de sa dernière visite au Tibet, en juillet 2011, Xi Jinping, l’actuel Président chinois, a  présidé une importante cérémonie sur la place en bas du palais du Potala à Lhassa. Au cours de cette cérémonie, il a proclamé : « La libération pacifique du Tibet a anéanti les tentatives de forces extérieures pour séparer le Tibet de la Chine. Cela a permis de maintenir la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale, et de sauvegarder l’unification nationale et l’unité interethnique. Cela a ouvert la voie à un million de serfs au Tibet qui ont relevé la tête  et sont devenus maîtres de leur propre destin,  laissant augurer de brillantes perspectives de prospérité et de progrès pour le Tibet ». (b)

Et pourtant, au moment même où Xi s’exprimait, des mouvements de protestation avaient lieu dans d’autres parties du Tibet. Cette nouvelle vague de contestation avait vu le jour en 2008 quand les Tibétains du plateau s’étaient soulevés et avaient participé à des manifestations d’une ampleur  et d’une détermination jamais vues auparavant, en une dénonciation claire de la mainmise de la Chine. Le point marquant des manifestations, très largement pacifiques, de 2008 a été  la participation des jeunes, dont beaucoup portaient des photos du Dalaï Lama et appelaient à son retour. Malgré une répression féroce et la promesse de Xi Jinping de « combattre les actions séparatistes » et  « d’écraser toute tentative de déstabilisation au Tibet », les mouvements de protestations continuent à ce jour, parmi lesquels une vague tragique d’auto-immolations au cours de laquelle l’immense majorité des opposants, qui demandaient la liberté et appelaient au retour du Dalaï Lama, a perdu la vie.

La réponse de la Chine a été brutale. La promotion de Xi Jinping et de la 5ème génération de dirigeants en 2012 n’a apporté aucun changement positif aux droits de l’homme, plutôt l’inverse. Au cours des deux dernières années le Gouvernement chinois a manifesté de plus en plus d’hostilité envers les défenseurs des droits de l’homme et a déclenché une répression farouche contre la société civile, tout particulièrement au Tibet.

Néanmoins l’identité nationale tibétaine est plus forte que jamais. Dans le cadre de la renaissance culturelle du Tibet, des chanteurs et écrivains tibétains invitent les Tibétains à s’unifier dans les provinces de Kham, Amdo et U’Tsang. Les paroles des chansons annoncent le retour du Dalaï Lama et l’unification des Tibétains, au Tibet comme en exil. Il ne fait aucun doute que les Tibétains ont un sentiment d’unité nationale plus fort que jamais. 65 ans de domination chinoise n’ont pas réussi à broyer l’âme tibétaine, et, malgré toute la souffrance, la détermination des Tibétains demeure intacte.

Ce rapport liste 17 ‘points de désaccord’ entre la Chine et les membres du Réseau International pour le Tibet, rassemblement de 180 groupes tibétains œuvrant pour le rétablissement des droits du peuple tibétain dont France Tibet fait partie. Il a été rédigé pour contrer la campagne de propagande prévisible de la Chine.

pic01B

1 / Occupation militaire et non pas libération pacifique

Ce que dit la Chine : « La libération pacifique du Tibet a été un évènement majeur dans l’histoire de la Chine moderne et a marqué un tournant qui a fait date dans le processus de développement du Tibet ». Président Hu Jintao (1a).

La réalité : La ‘libération pacifique’ du Tibet par la Chine est une invasion militaire qui a débuté en 1949. Le 7 octobre 1950, 40 000 soldats de l’Armée de Libération Populaire (ALP) ont traversé le Drichu (Yangtse), fleuve du centre du Tibet.

En totale infériorité numérique, l’armée tibétaine s’est rendue (1b). Le Tibet, pays indépendant depuis 1911 (1c) est devenu un état occupé (1d). La persécution chinoise n’a cessé de croître, en même temps que la résistance tibétaine. En mars 1959 des mouvements de protestation populaire ont éclaté à Lhassa. Quand l’APL a commencé à bombarder la ville, le Dalaï Lama a été contraint de fuir le Tibet. La Chine a fait état de 87 000 morts ou blessés parmi les Tibétains suite au Soulèvement (1e). En 1989, la loi martiale a été instaurée, et la Chine maintient toujours une forte présence militaire, avec un effectif estimé entre 150 000 et 500 000 soldats appartenant à l’ALP stationnés sur le plateau du Tibet (1f). La présence militaire visible augmente sensiblement pendant les périodes de troubles. En dépit de l’importante répression qui a suivi les Soulèvements de 2008 à travers tout le plateau, les Tibétains continuent à s’opposer à l’occupation chinoise. Depuis 2009, une série d’auto-immolations de moines, nonnes ou laïcs tibétains ainsi que des mouvements de protestation d’ampleur (1g) montrent que la Chine n’a pas réussi à conquérir les cœurs et les esprits.

pic02B

2 / Les Tibétains : une nation et non pas une minorité.

Ce que dit la Chine : « En tant que membre de la grande famille de la nation chinoise, le peuple tibétain a créé et développé sa culture, unique et remarquable,  au travers d’une longue histoire d’échange et de contacts incessants avec les autres groupes ethniques ». Liu Yandong, Front Uni (2a).

La réalité : la RPC prétend que les Tibétains font partie des 55 groupes ethniques liés par un destin commun (2b). Cette affabulation, enracinée dans le profond ethnocentrisme historique de la Chine, a été à la base de la colonisation du Tibet et d’autres territoires avoisinants par la Chine (2c). Non seulement le Tibet est une nation clairement définie,  mais son gouvernement remplissait déjà les critères d’un état souverain trois décennies avant la fondation de la RPC. Avant l’invasion, Tibétains et Chinois avaient peu, voire aucun contact, et la Chine n’exerçait aucun contrôle formel sur le Tibet (2d). Les dirigeants chinois mettaient cependant les Tibétains au rang des peuples ‘barbares et non civilisés’ qu’il fallait ‘assimiler’ ou ‘éliminer’ (2e). Les Tibétains, indépendants et d’une fierté farouche, n’ont montré aucun signe d’assimilation, et donc le Parti Communiste chinois a poursuivi sa politique d’élimination de la nation tibétaine.

pic03B

3 / Gouvernance autoritaire et non pas consentement.

Ce que dit la Chine : « Il nous faut construire une Grande Muraille dans notre lutte contre le séparatisme, sauvegarder l’unité de la patrie et faire de la stabilité de base relative du Tibet une stabilité à long-terme ». Hu Jintao (3a)

La réalité : Au bout de 60 ans, la Chine est toujours dépendante d’un contrôle militaire et paramilitaire du Tibet, contrôle  intensifié au moment des dates anniversaires sensibles. Les manifestations de masse se poursuivent à travers le Tibet depuis 2008, par exemple dans l’est du Tibet, courant 2014, pour protester contre la détention de Khenpo Kartse, Supérieur d’un monastère. On compte à l’heure actuelle au moins 824 prisonniers politiques au Tibet (3b). Entre 2088 et 2013, les dépenses nationales de la Chine en matière de sécurité intérieure ont quasiment doublé, et depuis les quatre dernières années, elles ont dépassé le budget de la défense nationale (3c). La Chine n’a jamais fourni d’explication quant aux milliers de personnes emprisonnées en 2008, ou aux multiples morts qui ont suivi les mesures de sécurité adoptées (3d). En août 2014, par exemple, au moins dix Tibétains ont été blessés quand les forces de sécurité chinoises ont ouvert le feu lors d’un rassemblement non armé. Il a été confirmé que trois d’entre eux sont morts de leurs blessures après s’être vu refuser tout traitement médical (3e).

pic04B

4 / La pauvreté et non pas la prospérité.

Ce que dit la Chine : « Le Produit Intérieur Brut (PIB) du Tibet devrait atteindre 92,5 milliards de yuans (15 milliards de dollars) en 2014. Tandis que plusieurs provinces chinoises ont revu leurs prévisions de croissance  à la baisse en raison d’un repli économique, la région du plateau du Tibet conserve un objectif de croissance de 12% grâce à de forts investissements du gouvernement central. » (4a)

La réalité : Malgré des investissements considérables dans la Région Autonome du Tibet (TAR) –avec des investissements en immobilisations qui devraient dépasser130 milliards de yuans en 2015 (4b)- ces fonds bénéficient essentiellement aux migrants chinois et ont en fait contribué à la marginalisation économique des Tibétains. Andrew Fischer, économiste spécialiste du développement, qui a analysé les statistiques du gouvernement chinois, qualifie la croissance du Tibet ‘d’exclusion ethnique’ (4c). La rapidité et l’échelle de la migration des Chinois Han vers le plateau du Tibet, ainsi que les opportunités d’affaires et d’emplois que crée cette migration, sont l’une des raisons principales derrière les mouvements de protestation à Lhassa en 2008.

pic05B

5 / Le Dalaï Lama : une icône de paix et non pas un loup.

Ce que dit la Chine :  » Nous sommes au milieu d’une lutte sans merci, dans le feu et le sang, un combat à la vie à la mort avec le Dalaï Lama et sa clique. » Zhang Qingli, Secrétaire du Parti pour la TAR. Selon le China Daily, Jampa Phuntsog, président de la TAR aurait affirmé que la majorité des Tibétains ne souhaitaient pas le retour du Dalaï Lama (5a).

La réalité : Le Dalaï Lama est le principal représentant du peuple tibétain et une icône de paix mondialement respectée. Il est considéré comme l’ennemi numéro un par Pékin qui le qualifie de « loup revêtu d’une robe de moine » et de « monstre à visage humain » (5b). Son image est interdite au Tibet (5c). Les moines, nonnes et laïcs tibétains qui se sont immolés au Tibet ont systématiquement appelé au retour du Dalaï Lama et à la liberté pour le Tibet. La Chine a fait référence aux prières du Dalaï Lama pour ceux qui sont morts en s’immolant, comme étant du « terrorisme déguisé » (5d). En janvier 2015 des représentants officiels ont été punis pour l’avoir soutenu. Le quotidien chinois, Global Times, a expliqué qu’ils « faisaient partie de l’organisation clandestine illégale ‘Indépendance pour le Tibet’, qu’ils fournissaient des renseignements à la clique du Dalaï Lama, et apportaient leur aide à des activités dommageable pour la sécurité intérieure (5e). La décision du Dalaï Lama en 2011 de déléguer le pouvoir politique à des dirigeants élus n’a fait que renforcer sa position. Il demeure le porte-parole libre de la nation tibétaine.

pic06B

6 / La langue : assimilation et non pas protection.

Ce que dit la Chine : « Toutes les nationalités ont la liberté d’utiliser et de développer leurs propres langues parlées et écrites, » Article 4 de la Constitution de la RPC (6a).

La réalité : « … il y a peu de perspectives de travail rémunérateur pour les Tibétains dont l’éducation ne s’est pas faite en chinois. Un étudiant ayant suivi un cursus en tibétain ne peut pas non plus acquérir de qualifications professionnelles dans l’enseignement supérieur. Il n’existe aucune formation adaptée en langue tibétaine » Tsering Dorje, enseignant (6b). Depuis 2008, la Chine a intensifié ses efforts pour marginaliser le tibétain au profit du chinois (6c). En octobre 2010, plus de 10 000 étudiants et enseignants tibétains ont protesté contre les réformes envisagées dans l’éducation par la Province de Qinghai,  réformes qui visaient à faire passer du tibétain au chinois la langue utilisée dans l’enseignement primaire (6d). Les panneaux des rues sont en chinois, les documents officiels ne sont généralement disponibles qu’en chinois, et le courrier en tibétain n’est pas distribué. En dépit des efforts de la Chine, une résurgence du tibétain comme l’expression d’une identité se fait jour (6e).

pic07B

7 / L’occupation, ça n’est pas des vacances.

Ce que dit la Chine : En 2014, le Tibet a accueilli 15, 53 millions de touristes et le revenu annuel provenant du tourisme a atteint les 20 milliards de yuans RMB, une augmentation respective de 20% et 23% (7a).

La réalité : Avec des millions de visiteurs en provenance de Chine et de l’étranger chaque année, Pékin espère que le tourisme, ‘un des piliers de l’économie’, va accélérer le développement économique du Tibet. Tout en essayant de maximiser la rentabilité du tourisme, les autorités contrôlent ce que les touristes voient et comprennent. Les guides et les hôteliers sont sous pression pour fournir une version accréditée de l’histoire tibétaine. Les guides risquent la suspension ou l’emprisonnement pour ce qui est perçu comme des indiscrétions. Cela inclut se lier d’amitié avec les touristes ou ne pas respecter la ligne du parti. La Région Autonome du Tibet est régulièrement fermée aux touristes au moment des anniversaires sensibles ou des visites de dirigeants chinois. Les représentants officiels prétextant parfois ‘une capacité d’hébergement limitée’ (7b), malgré plusieurs hôtels internationaux, comme le St Regis (7c) et maintenant le Lhasa Paradise du réseau InterContinental.

pic08B

8 / L’oppression et non pas l’émancipation.

Ce que dit la Chine : « Sans la libération pacifique du Tibet, et l’arrivée du parti Communiste et de L’APL, les Tibétains opprimés et asservis n’auraient pas bien compris la politique de la RPC », Zhu Weiqun, Front Uni (8a).

La réalité : Le Parti Communiste Chinois prétend avoir libéré le Tibet de « l’autorité tyrannique et féodale du Dalaï Lama » (8b), et d’une société médiévale se composant ‘de propriétaires terriens, de serfs et d’esclaves’. En mars 2009 le Dalaï Lama a indiqué que les mesures politiques de Pékin « enfonçaient les Tibétains si profondément dans la souffrance et l’adversité, qu’ils vivaient littéralement l’enfer sur Terre » (8c). En fin de compte, la condamnation par Pékin du passé ‘féodal’ du Tibet est un argument colonialiste classique –le ‘sous-développement’ servant d’excuse à l’invasion (8d). Avant l’invasion, de nombreux Tibétains avaient reconnu les inégalités à l’intérieur de leur système et le Dalaï Lama avait commencé à encourager les améliorations. La création de la ‘journée de l’émancipation des serfs’ en 2009 est symbolique de la perpétuelle vision coloniale que la Chine a du Tibet, alors que le gouvernement tibétain en exil est maintenant une démocratie (8e).

pic09B

9 / Répression religieuse et non pas liberté.

Ce que dit la Chine : « La région a parfaitement mis en place une politique accordant la liberté de conscience religieuse  et permettant à tous les Tibétains de jouir de ce droit ». (9a).

La réalité : Depuis l’occupation de la Chine, le Bouddhisme tibétain a été attaqué en vue de saper la croyance fondamentale au cœur de notre système et de briser notre  loyauté envers le Dalaï Lama. On estime à 6 000 le nombre de monastères détruits, et à l’heure actuelle le nombre de moines et de nonnes s’est considérablement réduit. Les institutions religieuses sont étroitement contrôlées, et l’on assiste régulièrement à des campagnes de ‘rééducation patriotique’ (9b). En avril 2011 plus de 300 moines ont été délogés du monastère de Kirty dans l’est du Tibet à la suite de mouvements de protestation (9c). En 1995, Gedhun Choekyi Nyima, 6 ans, choisi par le Dalaï Lama pour être le 11ème Panchen Lama, a disparu et on est sans nouvelles de lui à ce jour. En 1999 le 17ème Karmapa s’est senti contraint de fuir le Tibet. La Chine exige maintenant une permission du gouvernement pour se réincarner (9d). Le rapport annuel de 2014 de la Commission américaine sur les libertés religieuses internationales indique que « Pour les bouddhistes tibétains et les musulmans ouïgours, les conditions sont pires actuellement qu’elles ne l’ont été à aucun moment au cours de la dernière décennie ». (9e)

pic10B

10 / La crise au troisième pôle.

Ce que dit la Chine : Le renforcement de la protection de l’environnement sur le plateau tibétain est important pour « maintenir la stabilité des frontières, l’unité interethnique et la construction d’une société d’abondance, » déclaration du Conseil d’État (10a)

La réalité : Le Tibet, appelé le Troisième Pôle car il détient la troisième plus grande réserve d’eau douce d’origine glaciaire, se réchauffe deux fois plus vite que le reste du monde. La fonte glacière du plateau perturbe l’alimentation en eau, met en péril des moyens d’existence durables, et fait courir un risque à plus d’un milliard de personnes en aval (10b). Depuis quelle occupe le Tibet, la Chine a mené des politiques qui ont entraîné des famines à l’échelle régionale, la désertification des prairies, de graves inondations dues aux coupes à blanc dans les forêts du Tibet, et la destruction de l’environnement en raison de l’absence de règlementation dans le secteur minier (10c). La solution trouvée par la Chine est de construire toujours plus de barrages, ce qui privera les utilisateurs en aval d’un approvisionnement en eau régulier. De son côté, la Chine blâme les nomades tibétains, et non sa propre politique, pour la menace portée à ses précieuses ressources en eau.

pic11B

11 / Une colonisation à la chinoise.

Ce que dit la Chine : « En mettant en place une stratégie de développement à grande échelle des régions de l’ouest, le développement sera grandement accéléré et le talent des hommes se répandra à l’ouest ». Li Dezhu, Commission d’État pour les Affaires Ethniques (11a).

La réalité : Dans les années 80, une politique de ‘porte ouverte’ a encouragé les travailleurs chinois à s’installer dans la TAR. Pour le plateau tibétain –qui englobe les 150 comtés tibétains autonomes- le recensement de 2000 donne le chiffre d’au moins 10 millions d’habitants, sans compter les militaires et les travailleurs migrants. 5,4 millions sont répertoriés comme Tibétains, le reste étant des Hans ou d’autres ethnies chinoises (11b). En 2002 les représentants officiels ont admis avoir encouragé la migration chinoise, et ont expliqué aux journalistes que les Tibétains seraient bientôt minoritaires à Lhassa et que l’afflux de migrants chinois faisait partie d’une volonté de développer l’économie, et d’apporter la prospérité et la stabilité (11c). Pour de nombreux Tibétains, la réalité de la vie coloniale se traduit par la discrimination et l’exclusion.

pic12B

12 / Les nomades chassés de leurs terres.

Ce que dit la Chine : ‘Tous les gardiens de troupeaux devront avoir abandonné la vie nomade à la fin du siècle’ rapport de 1998 citant Qi Jingfa, Vice-ministre de l’agriculture (12a).

La réalité : Au moins 2,25 millions de Tibétains mènent une vie nomade ou semi-nomade, mode de vie inhérent à la société tibétaine (12b). Suite à l’occupation, les nomades ont été répertoriés comme ‘non civilisés’ et leur mode de vie menacé par la politique de collectivisation agricole de la Chine (12c). Bien que la Chine n’ait pas atteint sa date butoir de 2000 pour mettre un terme à la vie nomade, les efforts se sont intensifiés pour obliger les Tibétains à vivre dans des immeubles ghettos depuis le lancement du Plan de Développement des Régions de l’Ouest. En janvier 2011, des représentants officiels ont annoncé que 1,43 million fermiers et bergers bénéficiaient de nouveaux logements (12d) et en 2012, le Conseil d’État de la Chine a approuvé un plan pour débuter des projets d’implantation de colonies pour 1,16 million gardiens de troupeaux en zone rurale d’ici 2015 (12e). Les terres, saisies au prétexte de ‘protection de l’environnement’ à une époque de changement climatique, sont défrichées en grande partie pour laisser place à des barrages et à des exploitations minières. Pendant des millénaires, les Tibétains ont vécu selon un mode de vie durable sur les prairies. A l’heure actuelle, ‘la transformation des terres de parcours en pâtures’ conduit au surpâturage sur des zones clôturées, et accélère la désertification. La sédentarisation forcée entraîne des problèmes économiques et sociaux (12g), susceptibles d’alimenter la contestation.

pic13B

13 / Le développement du transport ferroviaire au Tibet

Ce que dit la Chine : « En 2014, les investissements du gouvernement central, des entreprises publiques et du secteur privé ont atteint respectivement 35,3 milliards de yuans, 10 milliards de yuans et 30 milliards de yuans. Le cumul des trois constitue 81 % du PIB du Tibet pour 2014. La mise en œuvre des 251 kms de la ligne de chemin de fer Lhassa-Xigaze et de la centrale hydroélectrique de Zangmu, pour un coût respectif de 13,28 milliards de yuans et 9,6 milliards de yuans, en 2014, ont grandement stimulé la croissance économique du Tibet. »(13a) Bien que notre priorité soit la rapidité du développement, le maintien de la stabilité reste primordial, » Zhang Qingli ‘(13b).

La réalité : Les investissements financiers chinois au Tibet sont conséquents, mais l’accent mis sur de grandes infrastructures plutôt que sur des projets d’initiative locale a conduit à un développement disparate bénéficiant rarement aux Tibétains les plus pauvres. Le projet le plus significatif est la ligne ferroviaire Gormo-Lhassa, achevée en juillet 2006. Il a accéléré l’afflux de Chinois au Tibet, et exclut encore davantage  les Tibétains de l’économie locale. Il a exacerbé la rancœur, et rendu ainsi l’objectif de ‘stabilité’ de la Chine encore plus improbable. La ligne ferroviaire a aussi facilité le déploiement de troupes et l’exploitation des ressources naturelles du Tibet. C’est une menace à la fois pour le mode de vie nomade des Tibétains, et pour l’environnement (13c).

pic14B

14 / Contrôle du Château d’Eau

Ce que dit la Chine : « Bien que le Tibet bénéficie d’importantes ressources hydrauliques et hydroélectriques, l’eau demeure un facteur  limitant essentiel dans le développement du Tibet. » Zhang [Qingli] a souligné l’urgence qu’il y a  à développer des projets d’infrastructure dans le secteur de l’eau au Tibet (14a).

La réalité : Comme dans d’autres projets de développement, les voix des Tibétains ont été absentes des prises de décision dans la construction des barrages. Jusqu’à récemment, c’était au Tibet que se trouvait le plus grand fleuve non aménagé du monde, mais en 2014,  le premier barrage d’une série se voulant le plus grand programme hydroélectrique  au monde (appelé le ‘Projet Zangmu’) a commencé à produire de l’électricité (14b). Parmi les inquiétudes qui ont vu le jour quant à l’impact possible de ces barrages, il y a l’accès à un approvisionnement régulier en eau potable pour les nations en aval, le risque que présente la construction de barrages dans des zones à forte activité sismique, comme cela a été mis en évidence lors des tremblements de terre dévastateurs de 2015 au Népal (14d) et les menaces sur une région qui offre la plus grande biodiversité de la planète (14e).

pic15B

15 / Une longue vie : pas pour les dissidents.

Ce que dit la Chine : ‘L’espérance de vie des Tibétains est de 67 ans, soit presque le double comparé aux  35 ans et demi d’avant la libération du Tibet. Entre 2006 et 2010, 1,7 milliards de yuans ont été dépensés pour financer des services médicaux gratuits destinés aux fermiers et aux bergers tibétains’ (15a).

La réalité : Le taux de mortalité chez les nourrissons et les enfants demeure parmi les plus élevés au monde. Les nomades sédentarisés de force disent que l’accès au soin est rare, et les Tibétains en général le trouve inabordable financièrement (15b). L’augmentation de la prostitution à Lhassa provoque des inquiétudes quant au SIDA. Être dissident affecte sensiblement l’espérance de vie. Ceux qui ont été blessés lors de manifestations ont trop peur pour chercher une aide médicale et les décès liés à une incarcération sont monnaie courante. En 2014, Goshul Lobsang et Tenzin Choedak sont tous deux morts quelques jours après leur libération suite aux tortures subies pendant leur détention. En juillet 2015, le prisonnier politique le plus célèbre, le dirigeant bouddhiste Tenzin Rinpoché est mort en prison, après avoir purgé 13 années de sa peine à perpétuité (15d).

 

pic16B

16 /Une deuxième révolution culturelle.

Ce que dit la Chine : « Le gouvernement a beaucoup donné, en hommes et en matériel, pour la protection et la promotion de la belle culture traditionnelle du Tibet… entraînant une protection et un développement sans précédent de toute la culture tibétaine. » Livre Blanc 2008. « Quiconque possède de la musique ou des vidéos illégales sera sévèrement puni. » Site web de l’école de Shigatse (16a).

La réalité : Pékin s’est toujours appuyé sur la musique et les chansons pour faire passer sa propagande, mais les autorités tiennent à jour une liste des chanteurs tibétains ‘tolérés’. Des dizaines de chansons en tibétain sont interdites, et les téléphones des Tibétains sont régulièrement vérifiés lors de contrôles de sécurité, à la recherche de musique et de sonneries défendues (16b). Quelques 30 écrivains et interprètes tibétains se sont vu infliger des peines de prison, comme le chanteur Tashi Dhondup (16c), mais malgré cela, un nombre croissant d’artistes réaffirment leur identité culturelle, appelant à l’unité parmi les Tibétains, et célébrant la ténacité du peuple tibétain.

pic17B

17 / Le bonheur sous la menace des armes.

Ce que dit la Chine : La chaîne de télévision chinoise CCTV a annoncé que Lhassa avait reçu le titre de ‘ Ville où les gens sont le plus heureux’ pour 2010 (17a).

La réalité : Réponse de l’auteure et intellectuelle tibétaine Woeser: « Vivre sous la menace des armes jour et nuit, être suivi par des tireurs isolés même lorsque vous vous rendez au temple pour prier, comment cela peut-il générer un sentiment de bonheur? Est-il concevable qu’après un laps de temps aussi court, les habitants de Lhassa aient oublié l’horrible terreur de 2008 et accroché de nouveau un sourire à leur visage? Puisqu’ils sont plus heureux que tellement d’autres dans tellement d’autres villes chinoises, pourquoi descendent-ils toujours dans la rue? » (17b)

_____________________________________________________

Notes avec les liens

(a) Tsering Shakya, ‘Dragon in the Land of Snows’, 1999.
(b) Extracts from Xi Jinping’s speech, Xinhua, 19 July 2011.
(c) Stand Up for Tibet
(d) International Tibet Network statement, 13 July 2015.

1a. Hu Jintao, Lhasa 19 July 2001.
1b. Tsering Shakya, ‘Dragon in the Land of Snows’, 1999.
1c. « The Tibetans have every moral right to their independence for which they have fought successfully in the past, and we are committed to support them in maintaining it. » (UK Foreign & Commonwealth Office to Chongqing, June 1942).
1d. On 30 March 2011, Court No. 2 of Spain’s National High Court, the Audiencia Nacional, acknowledged Tibet is an occupied state under international law.
1e. Radio Lhasa broadcast, 1 October 1960.
1f. Tibet Justice Center.
1g. Stand Up For Tibet.

2a. Liu Yandong, first China Tibetan Culture Forum October 2006.
2b. China White Paper 28 September 2009.
2c. Delaney, Cusack and van Walt van Praag, ‘The Case Concerning Tibet’, 1998.
2d. Ibid.
2e. International Campaign for Tibet, ‘Jampa, the Story of Racism in Tibet’, 2001, page 24.

3a. Hu Jintao, 9 March 2009.
3b. US State Department Report on Human Rights 2010.
3c. China’s 2013 public security budget was RMB 769 billion, compared to the 2008 figure of RMB 406 billion. Public security spending has exceeded national defence since 2010. For 2013 figures see Reuters 5 March 2013 and for 2008 figures see here. 2014’s budget was withheld.
3d. Human Rights Watch ‘I Saw it With My Own Eyes’, 2010.
3e. Free Tibet, August 2014.

4a. Xinhua, 18 January 2015.
4b. Ibid
4c. A M Fischer, ‘Perversities of Extreme Dependence and Unequal Growth in the TAR’, 2007. Available from Here.

5a. Zhang Qingli, 19 March 2008 & Qiangba Puncog (Jampa Phuntsog), 20 June 2007.
5b. Zhang Qingli, 19 March 2008.
5c. The Independent, 20 May 1996.
5d. The Guardian, 19 October 2011.
5e. International Campaign for Tibet, January 2015.

6a. See Source.
6b. Free Tibet, ‘Forked Tongue: Tibetan language under attack’, 21 February 2008.
6c. Woeser’s Blog, ‘When Tibetan Students fight for the Tibetan language’, 4 November 2010, translated by Hugh Peaks Pure Earth.
6d. BBC report, 20 October 2010.
6e. Tsering Shakya, ‘The Politics of Language’, December 2007.

7a. 10th TAR People’s Congress, 20 March 2015.
7b. Zhang Qingli, 7 March 2011.
7c. The Independent, 3 November 2010.

8a. Interview for « China’s Tibet », 7 May 2011.
8b. Blog post by James Reynolds, BBC, 19 January 2009.
8c. The Times, 10 March 2009.
8d. Lhadon Tethong, ‘China’s favorite propaganda on Tibet… and Why it’s Wrong’.
8e. Tsering Shakya, ‘Tibet and China: the past in the present’, 2009.

9a. Qin Yizhi, Lhasa Party Secretary, 28 March 2011.
9b. Tibetan Government in Exile.
9c. International Campaign for Tibet, 22 April 2011.
9d. Padma Choling, quoted by Reuters, 7 March 2011.
9e. The United States Commission on International Religious Freedom’s 2014 Annual Report.

10a. State Council Meeting chaired by Wen Jiabao, 30 March 2011.
10b. International Campaign for Tibet ‘Tracking the Steel Dragon’, 2008, pg 231.
10c. Tibetan government in exile Environment Report 2008. Available from Here.

11a. Li Dezhu State Ethnic Affairs Commission, in Qiu Shi, 1 June 2000.
11b. See Here.
11c. New York Times, 8 August 2002.

12a. Qin Jingfa, Vice Minister or Agriculture, quoted in Xinhua 18 March 1998.
12b. International Campaign for Tibet, ‘Tracking the Steel Dragon’, 2008.
12c. Gabriel Lafitte, ‘Eight Chinese Myths about Tibetan Nomads’, 2011.
12d. Padma Choling, 16 January 2011.
12e. Xinhua, 30 May 2012.
12f. Oliver W Frauenfeld and Tingjun Zhang, ‘Is Climate Change on the Tibetan Plateau Driven by Land Use/Cover Change?’ 2005.
12g. Feng Yongfeng, ‘The Tibetan Plateau: the plight of ecological migrants’, 2008.

13a. Xinhua, 18 January 2015.
13b. Padma Choling, 28 March 2011 & Zhang Qingli, 6 March 2011.
13c. International Campaign for Tibet, ‘Tracking the Steel Dragon’, 2008.

14a. Zhang Qingli, 28 March 2011.
14b. China File, 14 May 2015.
14c. The Guardian, 24 May 2010.
14d. China File, 14 May 2015.
14e. Conservation International.

15a. Padma Choling, 16 January 2011 and 28 March 2011.
15b. TCHRD report documents crisis of maternal and child health in Tibet, March 2015.
15c. Tibetan Centre for Human Rights and Democracy, 31 March 2014. Goshul Lobsang tortured with pain-inducing injections, leaves a defiant note after untimely death.
15d. International Tibet Network statement, 13 July 2015.

16a. China White Paper, 25 September 2008 & Notice on Shigatse High School Website, April 2010.
16b. Bhuchung D Sonam, ‘Banned Lyrics, Reactionary Songs’, 2010.
16c. International Campaign for Tibet, ‘A Raging Storm’, 2010.

17a. Woeser’s blog ‘Happiness under Gunpoint’ translated by High Peaks Pure Earth, 14 February 2011.
17b. Ibid.