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28/01/16 | 13 h 45 min

Chine : « Sans fin »… tel sera le programme de surveillance instauré au Tibet

15 novembre 2015, le Barkhor, dans le vieux quartier de Lhassa, capitale de la région autonome du Tibet, 
en Chine. Au centre de la cour où les femmes tibétaines lavent les vêtements, une cabine a été construite. Le Barkhor, l’un des foyers de dissidence pendant les émeutes voit la présence des paramilitaires remplacée par ces cabines faisant partie d’un vaste système de réseaux de surveillance, visant à gérer la société sans lacunes, sans angles morts, sans espace, selon les médias d’Etat.

21.000 FONCTIONNAIRES  EN POSTE  DEFINITIF DANS TOUS LES VILLAGES DU TIBET.

(New York) – Les autorités chinoises étendent le programme de surveillance intensif dans les villages à travers la Région Autonome du Tibet (RAT). Un programme qui devait prendre fin en 2014, a déclaré Human Rights Watch. Ce régime « d’équipes de responsables du Parti», mise en place en Chine, deviendra permanent.
Les droits fondamentaux à la liberté d’expression, de réunion pacifique, de religion et de vie privée sont déjà très limités dans la RAT. Le prolongement de ce régime vise à supprimer tout signe de dissidence ou de critique parmi les Tibétains. Depuis le soulèvement en 2011, les équipes ont mené une surveillance intrusive des Tibétains, dans les villages, en les questionnant au sujet de leurs opinions politiques et religieuses. Puis en soumettant des milliers d’entre eux à une politique d’endoctrinement avec la création d’unités de sécurité partisane ayant pour but de surveiller les comportements et de collecter les informations qui pourraient mener à la détention ou autre sanctions à leur égard. Les rapports officiels décrivent les équipes comme persécutant les villageois et les obligeant à montrer publiquement leur soutien pour le Parti Communiste au pouvoir, et à s’opposer au Dalaï Lama.

« LA DÉCISION DU GOUVERNEMENT CHINOIS D’ÉTENDRE SON PROGRAMME DE SURVEILLANCE AU TIBET, N’EST NI PLUS NI MOINS, QUE LA CONTINUITÉ D’UNE VIOLATION DES DROITS HUMAINS »

a déclaré Sophie Richardson, directrice de recherche sur la Chine au sein de la division Asie de Human Rights Watch.
En 2011, le gouvernement central, toujours dans l’effort de prévenir une récidive des manifestations qui se sont propagées  à travers le plateau tibétain en 2008, a lancé une campagne Orwellienne de « quadrillage » La campagne consiste à envoyer quelques 21.000 fonctionnaires du Parti Communiste de cantons et zones urbaines pour vivre en équipe de quatre ou plus dans chacun des 5.000 villages de la RAT. Ce système a coûté plus de 25% du budget du Gouvernement régional. Il était censé durer trois ans. C’était sans précèdent, en termes de durée et de taille, en Chine. Dans le passé, les émissaires de Gouvernement et des administrations n’ont été que rarement, voire jamais, en poste pendant de longues périodes.
Le but des équipes de fonctionnaires basées dans les villages a été décrit comme visant l’amélioration des services et des conditions matérielles dans les villages ; mais en 2011, selon le chef du Parti de la RAT, leur exigence première était de transformer chaque village en « forteresse » dans « la lutte contre le séparatisme », une référence au soutien à l’indépendance du Tibet et au Dalaï Lama. Cela se réalise par la mise en place de nouvelles organisations du Parti Communiste dans chaque village, établissant tout à la fois  des systèmes de sécurités locales, une collecte d’informations sur les villageois, ainsi que l’application d’autres mesures variées. Les fonctionnaires ont également été employés pour mener à bien la rééducation des Tibétains dans les villages sur le thème  » Apprécier la gentillesse du Parti «  « Feeling the Party’s Kindness » et autres sujets.
Les équipes basées dans les villages sont composées de fonctionnaires du Parti, de responsables gouvernementaux, de membres des entreprises gouvernementales  et d’unités de travail, de membres de la Police Armée du Peuple et les Forces de Sécurité Publique de cantons et des zones urbaines de la RAT. Les médias d’Etat officiels affirment que les membres de ces équipes sont indispensables pour mener à bien les soi-disant « cinq devoirs », dont trois sont des opérations politiques ou de sécurité, « maintenir la stabilité sociale » et la réalisation du programme éducatif « feeling the Party’s Kindness » avec les villageois. Les deux autres fonctions comprennent la promotion du développement économique  et la distribution des « bénéfices» aux villageois.
Le slogan officiel utilisé pour décrire l’objectif des fonctionnaires dans les villages est :« tous les villages deviennent des forteresses, et chaque citoyen en est un gardien. » Les équipes recrutent et forment les nouveaux membres du Parti et établissent la « base du maintien de la stabilité » des organisations telles que les équipes de défense ou les équipes de patrouille. Dans la quatrième année de ce système à Nagchu, l’une des sept zones de la préfecture de  la RAT, les équipes ont organisé 1.686 séances d’éducation politique, 45 903 « visites  de propagande éducative aux ménages » et recruté 1 194 nouveaux membres du Parti.  Depuis quatre ans, les équipes de la Municipalité de Shigatse ont recruté 10.030 nouveaux membres du Parti, tandis que les équipes du quatrième groupe installé dans la Préfecture de Lhokha ont tenu 3 625 séances destinées « à exposer les crimes haîneux réactionnaires  de la clique du quatorzième Dalaï Lama. »
De plus, les équipes « détectent et arbitrent les conflits sociaux » ce qui implique d’agir pour régler et contenir des différends entre les villageois ou entre les familles. Ce sont des préoccupations officielles en Chine, car de petits litiges pourraient conduire à des troubles plus larges ou à « l’instabilité ». L’objectif est d’empêcher les Tibétains de ces villages  de présenter des pétitions aux fonctionnaires. 
Les équipes participent également à des « activités culturelles » comme la construction  de salles de réunion et de salles de lecture pour la diffusion de la littérature officiellement approuvée, de films et de représentations théâtrales visant à inculquer « les valeurs socialistes fondamentales » en dissuadant de conserver « les vieilles traditions.» Les activités économiques incluent la réduction de la pauvreté, la disposition d’une protection sociale dans les monastères,  les formations professionnelles, les prêts aux petites entreprises et la voie de l’enrichissement. »
Le programme devait prendre fin en octobre 2014, et aucune annonce publique n’a été faite. Mais en décembre 2014, les autorités de la RAT ont publié un communiqué qui fait référence au « système mis en place : des villages où sont installés les fonctionnaires »  en évoquant des suggestions sur les moyens de consolider et d’étendre les excellents résultats initiaux, tout en notant qu’il ne devrait y avoir «  aucun changement. » 
En août 2015, un communiqué publié sur un site Web gouvernemental en langue tibétaine déclarait que les autorités de la RAT avaient appelé les équipes de travail « à être constamment en poste dans leurs Comités de village. » Il est ajouté « qu’en entendant cette annonce, les masses rurales étaient enchantées, déclarant que les zones rurales avaient connu une amélioration grâce au Parti et aux meilleures politiques gouvernementales appliquées. »
Depuis ce temps, les médias d’Etat au Tibet ont publié une série de rapports faisant référence au « quatrième groupe » de fonctionnaires basé dans les villages et à la quatrième phase du travail. En novembre 2015, lors d’une réunion exceptionnelle, le départ du cinquième groupe a été officiellement annoncé. Cela confirme qu’aucune date de fin n’a été fixée pour le programme.
Des rapports distincts dans les médias officiels à propos des plans de construction de villages de la TAR indiquent que le système des fonctionnaires postés dans les villages est destiné à être permanent. Ces rapports indiquent qu’entre 2014 et 2015, le Gouvernement de la RAT  a construit 20.092 nouveaux bâtiments à titre de  bureaux ou à usage résidentiel pour des fonctionnaires travaillant dans ces villages et cantons. Ce seront donc 12.008 bâtiments à leur usage quiseront construits d’ici à la fin de 2016. Le coût total de ces bâtiments représentera  5.265 milliards de yuans (US$ 810 millions). C’est le plus grand et le plus cher projet de l’histoire concernant  les constructions dans la Région Autonome du Tibet, selon un rapport apparu dans les médias officiels. Ce chantier signifie qu’il y aura une moyenne de six nouveaux bâtiments gouvernementaux dans chaque village de la RAT. Ce qui changera radicalement la nature des villages desTibétains, qui jusqu’à présent, n’ont jamais eu de bureaux gouvernementaux ou de résidents fonctionnaires du Gouvernement.
« Le programme de surveillance de la Chine viole ouvertement et massivement les droits fondamentaux des Tibétains protégés par la législation chinoise et internationale » a déclaré Sophie Richardson. « Les autorités centrales et régionales de la Chine devront mettre fin aux aspects répressifs de ce régime, immédiatement ».
Human Right Watch
Traduit par Laetitia Fromenteau pour France Tibet