Le premier site d'actualité sur le Tibet

www.tibet.fr

25/02/16 | 14 h 06 min

Tianjin / Chine : Un hôpital construit pour tuer…

Des reportages de médias chinois vantaient le Dr Shen Zhongyang qui avait effectué plus de 1600 transplantations de foie en 2006, lorsqu’il travaillait à l’hôpital central de Tianjin. Cet hôpital, où il dirige le centre de transplantation, a récemment déménagé dans un nouveau bâtiment généreusement financé par les autorités locales. Avec ses propres techniques chirurgicales de perfusion et d’extraction rapide du foie, les sites officiels de transplantation ont surnommé Shen Zhongyang le « grand innovateur de la transplantation ».

Des dizaines de milliers de personnes tuées pour que l’hôpital de Tianjin vende leurs organes.

En glorifiant le chirurgien pour les vies sauvées grâce à ses opérations, la presse chinoise n’a pourtant pas accordé beaucoup d’attention à la source des organes qu’il avait transplantés. Il devient aujourd’hui évident que la carrière du Dr Shen soulève une question : d’où proviennent ces organes ?
Selon l’explication officielle, seuls les organes des prisonniers officiellement exécutés sont utilisés dans ce but. Par conséquent, le nombre de greffes devrait correspondre à peu près au nombre d’exécutions. À Tianjin, ce serait environ 40 exécutions par an – un nombre proportionnel à la population et au nombre total de condamnés à mort dans toute la Chine. Mais à l’hôpital central de Tianjin, les chiffres sont beaucoup, beaucoup plus élevés.
Cela signifie que la grande majorité des organes transplantés au premier hôpital central de Tianjin et, par extension, dans d’autres grands hôpitaux à travers le pays, ne peut pas provenir des prisonniers exécutés ni du système de dons volontaires très récent et balbutiant.
Cela soulève une question que les autorités chinoises ont toujours trouvé particulièrement embarrassante et qu’elles n’ont jamais abordée : d’où proviennent en réalité ces organes ? Quelle est cette source secrète qui, à partir de 2000, a soudainement permis une expansion des capacités de transplantations d’organes à l’échelle nationale, dont l’hôpital central de Tianjin a été le modèle ?Depuis des années, des enquê- teurs des droits de l’homme ont suggéré que les pratiquants de Falun Gong, une discipline spirituelle persécutée en Chine, constituent cette source secrète.

Tianjin_hopitalL’ascension d’un chirurgien

À la fin des années 1990, Shen Zhongyang, un chirurgien de transplantation du foie, ne pouvait pas aller plus loin dans sa carrière : l’industrie de transplantation d’organes était peu développée en Chine et les opérations étaient risquées. Les clients désirant recevoir des organes étaient peu nombreux et les sources d’organes très limitées.

De retour du Japon en 1998, où il avait obtenu son diplôme de docteur en médecine, il investit son propre argent pour mettre en place une petite unité de transplantation à l’hôpital central de Tianjin.

Au début, le progrès est lent : à la fin de l’année 1998, son unité de transplantation n’avait effectué que sept greffes de foie. En 1999, ils en ont fait vingt-quatre. En 2000, les choses ont rapidement changé comme si une nouvelle source d’organes était subitement apparue. Au cours de la décennie suivante, Shen Zhongyang a été à la tête d’un des plus gros business de la transplantation d’organes en Chine.

L’expansion d’un hôpital

L’événement le plus important de l’expansion du premier hôpital central de Tianjin, ainsi que le signe évident de la confiance dans une offre d’organes abondante et continue, a été l’investissement de 130 millions de yuans (17,5 millions d’euros) effectué en décembre 2003 par le Bureau de la santé municipale de Tianjin. Cet argent était destiné à la construction d’un bâtiment de transplantations de 17 étages (incluant le rez-de-chaussée et deux niveaux en sous-sol).

Surnommé le Centre oriental de transplantation d’organes, le bâtiment de 500 lits et de 36 000 mètres carrés devait devenir, selon Enorth Netnews, un « centre universel de transplantations capable d’effectuer des greffes de foies, de reins, de pancréas, d’os, de peau, de cheveux, de cellules souches, de cœurs, de poumons, de cornées et de gorges ».

En 2004, tandis que le Centre oriental de transplantation était en cours de construction, afin de répondre à la demande, l’empire de transplantation de Shen Zhongyang s’est étendu à cinq succursales ouvertes à Tianjin, Pékin et dans la province du Shandong. Dans leurs documents officiels, le groupe a revendiqué effectuer le plus grand nombre de greffes du foie dans le monde et le plus grand nombre de greffes de reins en Chine.

Le nombre total de lits dédiés aux transplantations de l’hôpital central de Tianjin entre 2006 et 2008 était de 1 226 dont 500 situés dans le Centre oriental. En 2013, 300 nouveaux lits ont été ajoutés, ce qui porte le nombre total actuel à 1 500 lits. De nouvelles constructions commencées en 2015 pré- voient encore d’ajouter 500 lits supplémentaires d’ici à 2017.

Selon des enquêteurs, le fait qu’un centre si grand et sophistiqué ait été construit, rempli de personnel, équipé et utilisé à très grande capacité pendant près d’une décennie – alors que la Chine n’avait pratiquement pas de système de dons volontaires – amène à des conclusions eff rayantes.

Le succès de l’hôpital central de Tianjin reflète tout le système chinois de la transplantation d’organes : l’absence de transparence ; les liens en coulisse avec le secteur paramilitaire ; les sources d’organes qui restent inexpliquées ainsi que leur obtention rapide (ce qui suggère l’existence d’un grand groupe de « donneurs » disponible 24h sur 24) ; et une technique chirurgicale permettant de prélever les organes sur des « donneurs » vivants ou tout juste décédés.

 

Une vue aérienne du Premier hôpital central de Tianjin

La guerre des chiffres

Les chiffres officiels de l’hôpital de Tianjin sont difficiles à trouver, mais en s’intéressant aux informations autour de l’établissement, il apparaît évident que l’hôpital – l’un des plus grands hôpitaux du pays – a transplanté beaucoup plus d’organes que le nombre officiel de prisonniers exécutés. Les seules données officielles pour la période après 2006 sont un chiff re de 5 000 greff es cumulées en 2010 et 14 000 en 2014… Une augmentation linéaire soignée.

Avec une utilisation des 500 lits au Centre oriental de transplantation entre 2007 et fin 2013, le nombre total de transplantations pourrait se situer entre 20 000 et 60 000, en fonction de la durée de séjour des patients. Seules des estimations approximatives sont possibles étant donné les nombreuses inconnues. Ces chiffres sont beaucoup plus élevés que le total cumulé des 10 000 transplantations du foie effectuées sur plus de 15 ans et rapportées par les sources officielles.

Le nombre des prisonniers à lui seul ne peut pas expliquer le nombre des transplantations

Le nombre d’exécutions en Chine est un secret d’État, aucun chiffre n’est fourni, mais des estimations ont longtemps été faites par des organismes tiers. Selon Duihua, une organisation des droits de l’Homme basée aux États-Unis et axée sur la Chine, celles-ci varient entre 1 200 à 2 400 par an au cours de la période en question.

La seule source d’organes sérieuse en Chine est, selon l’explication officielle, les prisonniers exécutés. Dans une interview à China Health News en janvier 2015, Huang Jiefu, fonctionnaire porte-parole politique de la transplantation en Chine, a déclaré : « Pendant longtemps, la Chine n’a pas été en mesure d’établir un système national de dons… depuis les années 1980 jusqu’en 2009, il n’y a eu que 120 cas de dons de citoyens. La Chine est le pays avec le taux de dons le plus bas au monde ». En 2014, l’agence Xinhua, porte-parole du régime, a indiqué qu’il y avait ces dernières années 6 000 hôpitaux en compé- tition en Chine pour la transplantation d’organes. Tous ces centres de transplantation ont eu besoin d’organes, alors d’où ces organes provenaient-ils ?

Tianjin_hopital2

La question interdite

Il y a un indice potentiel pour connaître la source des organes : l’une des nombreuses casquettes du Dr Shen Zhongyang. Il apparaît en eff et sur le site de l’Hôpital des Forces armées de la police géné- rale de Pékin, en tenue de céré- monie paramilitaire, où il officie en tant que directeur du département de la transplantation d’organes. La Police armée du peuple est une armée permanente interne de 1,2 million d’hommes, déployée à travers le pays et mobilisée pour réprimer les émeutes.

Les théories, sur la façon dont l’hôpital central de Tianjin a pu ouvrir le robinet des organes, tournent ainsi autour des liens politiques de Shen Zhongyang, y compris lorsqu’il est devenu membre en 2013 du comité consultatif du Parti communiste. C’est cependant son titre paramilitaire qui est le plus important pour l’approvisionnement en organes. Les hôpitaux militaires et paramilitaires sont en eff et branchés sur l’appareil de sécurité chinois qui détient des centaines de milliers de prisonniers politiques.

Une poignée d’enquêteurs ont traqué le lien entre l’armée et les organes pendant des années. Dans son livre publié en 2014, Th e Slaughter : Mass Killings, Organ Harvesting, and China’s Secret Solution to Its Dissident Problem (Ndr. Le massacre : meurtre de masse, prélèvement d’organes et solution secrète de la Chine à son problème de dissidents), le journaliste américain Ethan Gutmann mobilise une quantité de preuves recueillies sur près d’une décennie, montrant que les pratiquants de Falun Gong, une discipline spirituelle traditionnelle de l’école de Bouddha, ont été les principales cibles des prélèvements d’organes forcés en Chine.

Le silence gênant

Même si la communauté médicale internationale ne souhaite pas conclure de manière préventive à un crime de masse contre l’humanité, on pourrait au moins espérer une plus grande attention sur la provenance des organes ainsi que sur les fluctuations du nombre de prisonniers de conscience. Il s’agirait, après tout, de l’un des crimes de masse les plus inquiétants du XXIe siècle.

En effet, un certain nombre d’organisations et d’individus respectés ont clairement fait savoir qu’ils y voyaient un problème sérieux et que l’idée de prélèvements de masse sur les pratiquants de Falun Gong ne devait pas être reléguée au domaine de la théorie du complot.

Le Comité des Nations unies contre la torture en 2008 a déclaré : « Le parti-État chinois devrait immédiatement effectuer ou faire effectuer une enquête indépendante sur les allé- gations selon lesquelles des pratiquants de Falun Gong ont été … utilisés pour des greff es d’organes et prendre des mesures, le cas échéant, pour assurer que les responsables de tels abus soient poursuivis et punis  ».

Tout cela fait que la réaction de certains des acteurs clés de la transplantation sur la scène internationale est d’autant plus choquante. Ceux qui affirment publiquement que ces allégations sont fausses provoquent une censure internationale plus large encore plutôt qu’une demande d’enquête. Ils sont pour la plupart fermés à la question des crimes contre l’humanité et adoptent une position complaisante à la manière de Kissinger – disant qu’« il faut aider le projet de réforme de la transplantation d’organes en Chine ».

L’actuel chef de la Transplantation Society, le Dr Philip O’Connell et l’agent de liaison de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en Chine sur les questions de transplantation d’organes, le Dr Jose Nuñez, n’ont pas répondu aux courriels. Les principes directeurs de l’OMS sur la transplantation d’organes exigent que l’ensemble du processus de la transplantation d’organes soit transparent et ouvert à l’examen, mais pourtant les responsables de l’OMS ont peu fait pour adresser de telles demandes publiques à Pékin. En réponse au peu d’attention des médecins sur la question des sources d’organes secrètes, Kirk Allison, directeur du Programme de droits de l’Homme et de la santé à l’université du Minnesota, a écrit dans un courriel : « Ce genre de questions importe. Tout d’abord, parce que la vérité importe ; le risque moral importe les droits de l’homme importent ; et les vies exploitées, même mortes, importent. Elles ont un droit moral sur nous ».

Le Dr. Jacob Lavee, cardio-chirurgien israélien de renommée internationale, a écrit dans un courriel : « Je me sens gêné que mes collègues du monde entier n’éprouvent pas, comme moi, le devoir moral de demander à la Chine d’ouvrir ses portes pour que la communauté internationale de la transplantation puisse inspecter son système actuel de greffes de manière approfondie et indépendante ». Il a ajouté : « En tant que fils d’un survivant de l’Holocauste, je ne peux pas répéter l’erreur terrible faite par la Croix-Rouge internationale qui, lors de sa visite du camp de concentration nazi de Theresienstadt en 1944, avait signalé le camp comme un lieu de loisirs agréable. »

Matthew Robertson et Sophia Fang

L’enquête complète est disponible sur EPOCH TIMES :

enquête partie 1
enquête partie 2
enquête partie 3