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25/05/15 | 8 h 28 min par Tsering Dolker Gurung

Impression de déjà-vu pour les réfugiés du Tibet

La centenaire Namgyal Dolma indique que les jours après le tremblement de terre étaient plus stressants que de fuire le Tibet. Photo: Gopen Rai

Pour les Tibétains, vivre sous la tente dans des camps rappellent des souvenirs

Traduction France Tibet

Namgyal Dolma avait la quarantaine lorsqu’elle a fui son village du Tibet oriental avec ses trois enfants et sa mère âgée en 1959. Il a fallu trois ans à Dolma et à sa famille pour arriver jusqu’au Mustang à travers les montagnes. Constamment sous la menace d’être capturés par les soldats chinois, ils voyageaient uniquement de nuit, empruntant les cols d’altitude.

Jusqu’au tremblement de terre du mois dernier, Dolma, âgée de cent ans, considérait ce voyage comme la chose la plus dure à laquelle elle avait dû faire face dans sa vie. Mais après avoir vécu trois semaines dans une tente avec quatre autres familles après le tremblement de terre, la réfugiée tibétaine a changé d’avis.

« Quand je suis arrivée au Népal pour la première fois, j’étais jeune et valide. Ce n’est plus le cas. Maintenant mon dos me fait mal, mes jambes me font mal, tout mon corps me fait mal, » dit Dolma (photo ci-dessus) assise sur une chaise à l’extérieur de son petit deux-pièces marqué de  quelques lézardes. Dolma a insisté pour revenir dans sa maison cette semaine en dépit des tentatives de son petit-fils pour l’en dissuader.

Bien qu’aucune des maisons à l’intérieur du camp de réfugiés tibétains d’Ekantakuna ne se soit effondrée, ces 200 familles campent sur un terrain de football proche. Quelques unes avaient recommencé à dormir chez elles, mais elles ont réintégré les tentes à la suite de la réplique du 12 mai.

« Voir une solide structure en béton s’effondrer comme un château de cartes ne nous donne pas confiance pour retourner dans nos maisons qui, franchement, sont mal construites, » dit Phuntsok Namgyal, membre du club local des jeunes qui coordonne l’ apport et la distribution d’eau et de nourriture pour la communauté.

Une majorité des familles de la région vit dans des deux-pièces comme celui de Dolma, construits avec l’aide d’organisations internationales. Les bâtiments sont largement reliés les uns aux autres et les résidents craignent que si l’un s’effondre, les autres suivent.

Les maisons ont été rénovées en 2001 avec l’ajout de structures en béton, un procédé dont beaucoup pensent qu’il a protégé les bâtiments pendant le tremblement de terre. Mais certains, tel l’édifice dans lequel Tseten Dhundup, 35 ans, habite avec sept autres familles, ont seulement été enduits de l’extérieur. 

« Un ingénieur du NSET a inspecté le bâtiment et estimé le coût de la rénovation à 3 millions de roupies, » dit Dhundup, mais cela représente beaucoup trop d’argent pour les familles qui gagnent leur vie en tissant des tapis au Centre d’Artisanat de Jawalakhel fermé depuis le 25 avril (voir encadré).

Sonam Palmo (à droite, ci dessous ) n’est cependant pas inquiète. « Nous sommes forts, nous sommes venus ici sans rien et nous avons construit tout cela. Nous pouvons le refaire, » dit-elle.

Palmo avait 14 ans quand elle a fui le Tibet avec sa famille, habitant initialement Ghiling au Mustang, et travaillant comme ouvrière agricole avant de partir pour Pokhara puis Dhorpatan où ils vécurent dans des camps de réfugiés.

En 1986 la famille est venue à Katmandou, et s’est installée à Ekantakuna après que ses parents aient obtenu un travail au Centre d’Artisanat de Jawalakhel. Ce fut aussi l’année où la famille vécut dans une maison pour la première fois. Palmo elle-même travaille dans un jardin d’enfants dirigé par le centre.

Cette communauté soudée a survécu à la réplique du tremblement de terre sans aide du gouvernement. Ceux qui avaient des tentes et des bâches ont abrité ceux qui n’en avaient pas, et tous ont partagé la nourriture. Même si les secours en provenance de Tibétains de l’étranger et de monastères ne sont arrivés qu’une semaine après le tremblement de terre, pas une famille n’a manqué de nourriture.

« Nous savons que beaucoup de gens sont dans une situation beaucoup plus désespérée que la nôtre, mais le moins que le Gouvernement pouvait faire était d’envoyer un représentant sur place, ou de nous rendre une visite de politesse pour vérifier comment nous allions, » dit Karma Dawa, responsable du camp.

La situation est la même pour les réfugiés bhoutanais, certains d’entre eux ayant préféré refuser un relogement digne d’un pays du tiers-monde pour retourner au Bhoutan (lire l’histoire ci-dessous).

Selon le HCR, plus de 40 000 réfugiés vivent au Népal, les plus nombreux étant les Bhoutanais et les Tibétains.


Les entreprises fermées

Un mois après le tremblement de terre du 25 Avril, le Centre de l’Artisanat Jawalakhel à Ekantakuna reste fermé. L’immeuble de quatre étages mis en place par la Croix-Rouge suisse avec l’assistance de l’Agence suisse pour le développement et la coopération en 1960 pour créer des emplois pour les réfugiés tibétains, a été gravement endommagé lors des deux tremblements de terre.

Le rez-de-chaussée du bâtiment principal, qui abrite la section de tissage, a le plus souffert. Des fissures diagonales sont apparues sur les murs et les piliers ont éclaté. Les ingénieurs qui ont inspecté l’établissement ont conseillé que les bâtiments soient démolis puis reconstruits.

« Les estimations préliminaires tablent sur un coût de reconstruction aux alentours de 700 000 euros», indique Karma Dawa, le chef d’établissement et président du centre d’artisanat qui a demandé de l’aide à diverses organisations internationales. « Le centre peut payer 15 à 20% du coût, mais nous aurons besoin d’un soutien extérieur», précise Dawa.

Le Centre d’artisanat, sous la forme de coopérative (SCOP), à servi d’exemple à la Communauté depuis 50 ans avec des emplois, des soins de jour gratuits pour les nourrissons, des soins de santé et l’éducation subventionnés, une retraite et des congés payés.

Des centres similaires ont également été mis en place pour les réfugiés tibétains à Pokhara, Dhorpatan et Solu Khumbu. Ces centres sont devenus le noyau dur de l’industrie et de l’exportation des tapis du Népal qui à un moment donné constituait un tiers du total des recettes d’exportation du pays.


Dormir à la belle étoile dans un camp de réfugiés

Du Secteur I du camp de Beldangi pour les réfugiés du Bhoutan (qui étaient considérés comme des népalais par le pouvoir bouthanais, NdT ), Purnawati Timsina parlait à sa voisine Narmaya Basnet (cf photo) quand le tremblement de terre sévit. Dans la crainte que la maison s’effondre, les deux femmes ont rampé pour sortir dans la cour.

Timsina a 83 ans et vit seule depuis le décès de son mari il y a 8 ans. Elle s’occupe des tâches ménagères mais est dépendante de ses voisins pour aller chercher les rations distribuées tous les 15 jours par le Programme Alimentaire Mondial ( WFP ).

“ Si une autre secousse arrive, il est fort probable que mes voisins devront chercher mon corps sous les décombres, je ne sais plus vers où me diriger, » dit Timsina. Ses voisins sont eux-mêmes des septuagénaires qui font partie de ceux ayant refusé la troisième vague d’émigration ; ils ont préféré retourner au Bouthan. En 8 ans, près de 90 000 des 110 000 réfugiés ont émigré aux Etats-Unis.

Le séisme du 25 avril et ses continuelles répliques ont traumatisé nombre de réfugiés de Beldangi. Netra Lal Giri, 50 ans, avait 25 ans et venait de se marier quand il a été chassé du Bouthan. Ses quatre enfants sont nés dans ce camp de réfugiés et Giri est colère, aucune organisation humanitaire ni aucun membre du Gouvernement népalais n’ont visité [ ces camps de réfugiés ].

“Par chance, il n’y a eu ici ni décès ni dommages, le Gouvernement du Népal ne se soucie pas des réfugiés, alors vous pouvez-vous imaginer les délais qu’il y aurait eu pour voir arriver les équipes de sauveteurs ou de soutien, » déclara Harka Singh Tamang, 22 ans.

En 1958, le Bouthan modifiait sa loi sur la nationalité et les enfants, dont le père ou la mère n’était bouthanais, se voyaient refuser un permis de séjour.

Gopal Gartoula