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11/01/16 | 12 h 46 min par Vanessa Dougnac

En se dotant d’une nouvelle Constitution, le Népal cherche la voie d’un renouveau mais suscite des réactions mitigées.

Teraï

5/10/15 –

 En dix ans, l’histoire du Népal a dessiné des virages inouïs. Elle a confronté pêle-mêle le palais des rois décadents, le fusil des rebelles maoïstes, la colère d’une société féodale et l’aspiration démocratique. En 2006, un accord de paix signé avec la rébellion maoïste mettait fin à la guerre civile (13 000 morts). Des protestations de rue poussaient à la dissolution de la vieille monarchie hindoue. Dans la foulée, en 2008, les urnes portaient en vainqueurs les maoïstes reconvertis au processus électoral.
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Le Népal, petit pays de 28 millions d’habitants coincé entre l’Inde et la Chine, promettait de se réinventer. Mais les désaccords politiques ont ensuite épuisé l’ancien royaume himalayen, incapable d’accoucher d’une nouvelle Constitution. La transition s’est enlisée. Meurtri en 2015 par les tremblements de terre qui ont emporté plus de 9 000 personnes, le Népal a soudain voulu tirer les leçons du chaos humanitaire et a précipité les choses.

Le 21 septembre , le pays a adopté sa première constitution démocratique, qui instaure une république divisée en sept provinces fédérales. C’est une bonne nouvelle, qui pourrait annoncer une ère de stabilité mais qui reste aussi marquée d’espoirs déçus.

40 MORTS LORS DE PROTESTATIONS

Aux yeux des critiques, et malgré sept années de gestation, le travail est bâclé. Certes, le président Ram Baran Yadav a insisté sur le respect du« caractère multiethnique, plurilingue, multireligieux et multiculturel » d’un pays composé d’une centaine de groupes ethniques. Mais les revendications se sont crispées. Certains s’opposent à la perte de l’identité hindoue de la nation, et d’autres dénoncent le tracé des provinces en estimant que la représentation des minorités ethniques est lésée.

Depuis septembre, 40 personnes ont été tuées dans le contexte des protestations. Amnesty International a alerté sur « un usage excessif » de la force de la part des forces de sécurité. L’organisation estime par ailleurs que la Constitution ne protège pas suffisamment « les droits des femmes et des communautés marginalisées ».

CERTAINES ETHNIES CRAIGNENT UNE MISE À L’ÉCART« Ce qui aurait pu être une réussite formidable s’est mué en un document inadapté qui ignore complètement l’enjeu du fédéralisme, estime à Katmandou l’analyste et journaliste Yubraj Ghimire. Sa légitimité est en question puisque le texte a été imposé par seulement trois partis principaux. »

L’écrivain et journaliste Narayan Wagle renchérit : « Ces trois partis ont commis l’erreur stratégique de ne pas inclure les groupes ethniques de la plaine du Terai. » Dans cette région qui longe l’Inde sur une frontière de 1 751 km, les paysans madeshis – victimes de préjugés en raison de leur ressemblance physique et de leurs liens culturels, linguistiques et familiaux avec les Indiens de l’autre côté de la frontière –, et les Tharus s’opposent à la création des provinces par crainte d’être mis à l’écart. Et New Delhi a été prompte à se dire préoccupée par la possibilité d’un débordement des violences ethniques sur son territoire.

En retour, de nombreux Népalais s’agacent de voir l’Inde « interférer »dans leurs affaires, dans un contexte où leur pays est l’objet d’une guerre d’influences entre les deux géants, l’Inde et la Chine.

Vanessa Dougnac, à New Delhi