Le premier site d'actualité sur le Tibet

www.tibet.fr

13/01/17 | 14 h 22 min par Yeshe Choesang

Encore des centaines d’expulsions à Larung Gar, Tibet, malgré l’ampleur des critiques.

Plusieurs moines et moniales auraient été hospitalisés suite à des malaises à Larung Gar, comté de Sertar, à l’est du Tibet. Plus de 600 moines et moniales ont été expulsés de l’Académie bouddhiste les 24 et 28 décembre 2016.

Dharamshala, 4 janvier 2017 – Alors que se poursuit la démolition de l’Académie bouddhiste de Larung Gar dans le comté de Sertar, à l’est du Tibet, les autorités chinoises ont encore procédé, en toute illégalité, à l’expulsion de centaines de moines et moniales, entraînant malaises et larmes chez la population restante face à la rééducation patriotique forcée au Tibet.

Un groupe de 50 moines et moniales ont été évacués de force le 24 décembre. Selon nos sources, la plupart étaient originaires du comté de Golok (en chinois : préfecture autonome tibétaine de Guolo, province de Qinghai), et ils ont été emmenés dans des bus et des camions militaires payés par le gouvernement chinois. « Une bonne centaine de moniales ont également été chassées par la force de l’Académie bouddhiste le 28 décembre, » nous précisent nos sources.

‘Les témoins de leur départ étaient désemparés. Ils avaient le cœur brisé de les voir contraints de quitter leur Académie bouddhiste. Une dizaine de moines et moniales auraient fait des malaises et auraient dû être hospitalisés’ selon nos sources, qui souhaitent garder l’anonymat.

Les autorités ont d’abord ignoré l’incident, affirmant que les malaises étaient simulés, mais les moines et moniales affectés auraient par la suite été hospitalisés en urgence. Un campement temporaire composé de bâtiments à deux étages semblable à un précédent campement établi dans le comté, a été maintenant installé à Golok pour accueillir les moines et moniales originaires de cette région et expulsés la semaine dernière de Larung Gar, nous indiquent nos sources.

Les autorités chinoises du comté de Kare semblent avoir durci les restrictions pour quiconque souhaitant étudier à l’Académie bouddhiste de Larung Gar. Tout étudiant potentiel serait au préalable soumis à  un ‘examen politique’ de la part de la police. Un responsable du bureau des affaires religieuses de la province autonome tibétaine de Ganzi explique que tous ceux désirant étudier le bouddhisme tibétain doivent maintenant subir un examen géré par la police. Il précise que ‘la police vous fera d’abord passer un examen politique, et qu’il ne vous sera pas accordé de permis si vous ne le réussissez pas. Avant, tout le monde pouvait se rendre à Larung Gar et y étudier, mais maintenant la communauté s’est étendue et ils cherchent petit à petit à la contrôler. »

En août et septembre, les autorités chinoises auraient expulsé plus d’un millier de moines et moniales de l’Académie bouddhiste de Larung Gar, les obligeant à « participer à une campagne de rééducation patriotique ». « Plus d’un millier de moines et moniales ont été chassés de l’Académie bouddhiste depuis le mois d’août dernier, dont 400 originaires du comté de Golok, Amdo tibétain, 300 du comté Yulshul, Kham, et 300 autres de Riwoche, comté de Chamdo, » avions-nous indiqué dans un précédent reportage, citant des contacts dans la région.

Le 30 septembre, plus de 700 moines et moniales ont été expulsés de l’Académie bouddhiste de Larung Gar, dont 400 originaires du comté de Golok et 300 du comté de Yulshul. En septembre, plus de 300 autres en ont été à leur tour expulsés ; ils auraient été détenus par la police chinoise, sans que nous connaissions le lieu exact, avant d’être renvoyés chez eux à Riwoche, comté de Chamdo, à l’est du Tibet.

« De la même manière, plusieurs d’entre eux ont été détenus par la police dans le comté de Dza Sershul, alors qu’ils rentraient chez eux en septembre. Cependant on ignore s’ils ont été contraints de participer à la « campagne de rééducation patriotique », nous indique nos mêmes sources, sous condition d’anonymat. Dans le cadre de ce programme, des centaines de moines et de moniales expulsés, originaires de Riwoche, auraient pu être envoyés de force, en août, quelque part dans la région de Kongpo, où on leur aurait dispensé la version officielle du gouvernement chinois sur l’histoire du Tibet, la politique religieuse et la loi, a ajouté cette même source.  De plus, selon elle, ceux chassés de Larung Gar sont maintenant contraints de participer à une « campagne de rééducation patriotique » à Nyingtri, dans la région de Kongpo, depuis le mois d’août.

Larung Gar, où résident essentiellement des moines et des moniales,  est considérée comme l’une des plus grandes communautés au monde pour l’étude du bouddhisme tibétain. Fondée en 1980 par Khenpo Jigme Phuntsok, elle a été désignée comme institut, plutôt que monastère  – appellation signifiant que Larung Gar n’a pas eu à subir les règles strictes imposées par la Chine à ces derniers.

A l’heure actuelle, les moines et moniales pacifiques de Larung Gar se battent pour préserver leurs maisons. Les démolitions ont commencé, menaçant la pratique religieuse et la culture au Tibet, et ce malgré les protestations qui s’élèvent partout dans le monde contre les actions répressives des autorités chinoises à l’encontre de Larung Gar. Les Tibétains rappellent que c’est la deuxième fois en 15 ans que la ville doit faire face à des démolitions et à des déplacements forcés, alors que la Chine insiste sur la nécessité de réduire la « population » de la ville.

Cependant la taille réelle de la population fait débat – les chiffres oscillent entre 10 000 et 40 000. Les autorités chinoises ont prévenu qu’elle ne devrait pas dépasser 5 000 fin septembre 2017. Une source avait précédemment indiqué qu’en raison  de la politique locale, personne ne voulait admettre le nombre réel.

Une moniale tibétaine, Rinzin Dolma, s’est suicidée le 20 juillet, premier jour de la démolition. Elle a laissé une notre dans laquelle elle disait « ne plus pouvoir supporter la douleur causée par le harcèlement incessant des Chinois à l’encontre d’innocents bouddhistes qui étudiaient tranquillement à l’institut. » Deux autres religieuses se seraient également suicidées.

« La démolition de Larung Gar n’est que la partie émergée de l’iceberg  dans l’attaque systématique de la religion et de la culture du Tibet par la Chine. Celle-ci doit rendre des comptes et les dirigeants du monde entier doivent condamner ces actions – notre silence ne fait qu’enhardir le gouvernement chinois à intensifier les violences à l’égard des Tibétains. »

« Plus de 5 000 moines et moniales résidant à Larung Gar ont été déplacés à ce jour. Ils n’ont pas seulement perdu leur maison et leur communauté religieuse, mais aussi leur sentiment d’appartenance et leur sécurité, » pour le député canadien Arif Virani.

« L’ordre de démolir une grande partie du monastère de Larung Gar marque un pas en arrière dans la politique du gouvernement sur la religion. En imposant des exigences aussi strictes à un monastère d’une telle notoriété, le gouvernement suscite bien des inquiétudes chez les institutions religieuses à travers la Chine.

Si les autorités considèrent que les installations de Larung Gar sont saturées, la réponse est simple : autoriser les Tibétains et autres bouddhistes à construire d’avantage de monastères. Il faut que le gouvernement chinois respecte sa propre constitution et ses obligations juridiques internationales, et qu’il permette une liberté de pratique religieuse pleine et entière » affirme Sophie Richardson, directrice d’Human Rights Watch pour la Chine.

« D’un côté la Chine prétend que la liberté religieuse existe, et met en avant les pseudos enseignements d’un quelconque lama, et dans le même temps elle détruit les bâtiments où résident les moines et moniales à Larung Gar, » s’insurge Lobsang Sangay, Premier Ministre du gouvernement tibétain en exil.

 » Nous exhortons les autorités à mettre un terme à des actes susceptibles d’aggraver les tensions, et à poursuivre des consultations franches avec les responsables de l’institut afin de répondre aux préoccupations concernant la sûreté d’une manière qui n’empiète pas sur le droit des Tibétains à pratiquer librement leur religion, » a réaffirmé Elizabeth Trudeau,  Directrice du bureau de presse du Département d’état américain.

« Ce que fait le gouvernement chinois à Larung Gar est une atrocité, » a déploré le député chilien Vlado Mirosevic Verdugo, actuel président national du Parti Libéral du Chili, « Le symbole de ce lieu, sa tradition, et tout particulièrement la liberté religieuse des Tibétains doivent être respectés. »

« Les droits fondamentaux tels ceux de religion, d’assemblée pacifique, la liberté d’association, et le respect de la vie privée sont foulés au pied par un gouvernement qui semble pétrifié devant une religion dont la seule arme est l’amour, et le message la paix, » a observé Mangaqa Albert Mncwango, Vice-président de l’Inkatha Freedom Party (IFP) d’Afrique du Sud.

« Malgré les démolitions qui continuent et les restrictions imposées par le gouvernement chinois à ceux qui veulent se rendre à Larung Gar, il est important que ces actes ne se heurtent pas au silence, et il est également important que les efforts  déployés pour sensibiliser le monde ne soient pas vains, » a indiqué Cheri DiNovo,  membre du Parlement provincial de l’Ontario.

« Les démolitions et les évacuations forcées à Larung Gar montrent jusqu’où la Chine est prête à aller pour contrôler la religion. Rejoignez-moi dans le combat pour Larung Gar », a lancé David G. Narcewicz, maire de Northampton.

« … la liberté de croyance religieuse figure dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et dans l’article 36 de la constitution chinoise. Conformément à ces dispositions, nous exhortons le gouvernement central à enquêter sur les agissements des autorités qui ont démoli les édifices religieux, chassé les fidèles, et imposé des limitations aux croyances et aux  pratiques religieuses ; à ordonner l’annulation de ces politiques malencontreuses ;  à assurer la réparation des dommages causés à ce jour ; et à tout simplement permettre aux individus de vivre leur foi en paix, » a insisté Tom Lantos de la Commission des Droits de l’Homme.

« De plus, nous en appelons au gouvernement du Royaume-Uni pour qu’il aborde ces questions directement avec la Chine ;  pour qu’il demande une visite diplomatique immédiate avec accès sans restriction au Tibet, notamment à Larung Gar et Yachen Gar ; pour qu’il rappelle le gouvernement chinois à son obligation de respect de la liberté religieuse telle qu’exprimée dans la Déclaration des Droits de l’Homme et dans sa propre constitution ; et pour qu’il fasse publiquement état de ses graves inquiétudes sur la situation à Larung Gar et à Yachen Gar, et sur les limitations imposées aux activités religieuses au Tibet, » a déclaré Tim Loughton, député, président du Groupe parlementaire multipartite sur le Tibet.

« Les États-Unis suivent avec une vive inquiétude la démolition systématique de Larung Gar … et nous n’y voyons pas les arguments avancés par le gouvernement chinois faisant état de raisons impérieuses à cette destruction, » a indiqué Sarah Sewall, coordonatrice  spéciale sur le Tibet pour les États-Unis.

 » L’Institut de Larung Gar, le plus grand centre bouddhiste tibétain au monde, fondé en 1980, est actuellement en proie à une démolition à grande échelle de la part du gouvernement chinois dont l’objectif est de réduire l’académie de moitié, d’expulser par la force environ 4 600 résidents, et de détruire environ 1 500 habitations. Les autorités chinoises, quant à elles, considèrent cette démolition nécessaire afin d’apporter ‘corrections et rectifications’. Nous exhortons les autorités chinoises à mettre un terme à la démolition de Larung Gar et à l’expulsion de ses résidents, et ainsi à respecter la liberté religieuse  en accord avec ses engagements internationaux dans le domaine des droits de l’homme », a indiqué le Parlement européen.

Le Tibet  a subi l’invasion de la Chine communiste en 1949. Depuis, plus d’1.2 million de Tibétains sur 6 millions ont été tués, plus de 6 000 monastères ont été détruits – les Tibétains vivant au Tibet ont enduré meurtres, viols, emprisonnements arbitraires et torture. On leur a infligé des traitements cruels, inhumains et dégradants. Pékin continue  d’appeler cela une « libération pacifique ».

Traduction France Tibet