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23/01/18 | 18 h 10 min

Le jeune cheval a-t-il dompté le dragon?

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Les chinois sont connus pour leur incapacité à prononcer les noms étrangers; néanmoins Pékin a tenté de la tourner à son avantage lors de la récente visite d’Etat du Président français en Chine. Dans la presse locale, Emmanuel Macron est devenu « Ma Ke Long » soit « le cheval domptant le dragon ». Tout cela afin de flatter abondamment le Président français qui a débuté sa visite d’Etat de trois jours par Xian, dans la province du Shaanxi. Trois questions majeures étaient à l’ordre du jour. La première étant la coopération économique et commerciale avec Pékin. La France, comme l’Inde, a un lourd déficit avec la Chine, devant être rééquilibré.

Paris tient beaucoup à un abaissement des barrières d’importation sur des produits agricoles tels que le boeuf ou le vin; il prône un meilleur accès au marché chinois ainsi que des politiques d’investissement plus équitables pour les entreprises françaises opérant en Chine.

Le changement climatique était un autre thème abordé, avec une Chine comme principal tenant de l’accord de Paris sur la lutte contre le réchauffement climatique. Après que le Président Trump a annoncé le retrait des Etats-Unis de cet accord, Paris et Pékin ont indiqué la formation d’un « front commun » pour combattre le changement climatique.

Enfin, Macron est venu à Pékin en tant qu’ « ambassadeur » de l’Europe. Avec les démêlés actuels d’Angela Merkel à former un gouvernement et donc de son retrait temporaire de porte-parole de l’Europe, Macron est devenu la figure de proue de l’UE.
Avant sa visite, le South China Morning Post  écrivait: « La France pourrait avancer à grands pas vers un rôle de premier plan. Macron s’attend à une relation constructive avec la Chine alors que la France tente de s’affirmer sur la scène internationale ».

Du côté chinois, le Président Xi Jinping tient à ancrer la participation de la France (et de l’Europe) dans la Nouvelle route de la soie (BRI). La veille de l’arrivée du Président français, l’AFP livrait son analyse: »La France a longtemps considéré avec prudence les projets de Pékin de rétablir les anciennes voies commerciales terrestres et maritimes, mais cela pourrait changer si le Président français cherche à rééquilibrer le déficit de plusieurs milliards d’euros. »

Malgré le lancement ambitieux de la connexion de l’Europe à l’Asie par voies routière, ferroviaire et maritime, les nations européennes n’ont guère manifesté leur enthousiasme pour la Nouvelle route de la soie.

L’économie était au coeur de cette visite; Macron était accompagné de plus de 50 chefs d’entreprise pressés de collaborer avec la Chine.
D’après les médias français, le Président français s’est effectivement présenté comme l’ambassadeur de l’Europe. Le Point commentait: « La visite a débuté « symboliquement » dans le Nord du pays à Xian, l’ancienne capitale de l’empire chinois et point de départ principal de la route de la soie ». Le Parisien relatait le discours « lyrique » prononcé par Emmanuel Macron, dans lequel il a invoqué la relation sino-française pour lutter contre le réchauffement global et en faveur du multilatéralisme. Le dirigeant français a déclaré: » Le monde est une filature de soie fragile ». Il a parlé d’une « alliance franco-chinoise pour un « avenir mondial », que la France veut transformer en profondeur, et le retour de l’Europe pour bâtir une coopération harmonieuse avec la Chine ». La Chine a dû attendre ces déclarations à propos de la BRI.

A Xian, en s’adressant à un public de professeurs, d’étudiants et d’hommes d’affaires, réunis dans la résidence royale de la dynastie des Tang pendant plus de 220 ans, Macron a affirmé un travail commun de l’Europe et la Chine sur une BRI mais pas à « sens unique ».
Il s’est exprimé: « Après tout, les anciennes routes de la soie n »étaient pas seulement chinoises » en ajoutant: »Par définition, ces routes n’existent que si elles sont partagées. S’il y a des routes, elles ne peuvent être à sens unique. Elles ne peuvent être les routes d’une nouvelle hégémonie qui transformerait les pays qu’elles traversent en Etats vassaux. Le multilatéralisme signifie une coopération équilibrée ».

Cela a certainement déplu à ses hôtes. Concernant les relations UE-Chine, en reconnaissant la méfiance et les « problèmes légitimes » que soulève la Chine, plus les peurs qu’elle suscite chez les Européens, Macron a invoqué un nouveau départ, basé sur des « règles équilibrées ». Il faisait probablement référence à la question soulevée par Hans Dietmar Schweisgut, l’ambassadeur de l’UE auprès de la Chine, ayant déclaré que l’unité de l’Union européenne « devrait être pleinement respectée, notamment envers les pays d’Europe centrale et orientale, aux frontières les plus proches de la Chine ».
« Les responsabilités de l’UE doivent être complètement respectées » avait affirmé Schweisgut. Il évoquait le groupe 16+1 mené par la Chine, supposé construire des liens avec les pays d’Europe centrale et orientale, à travers des accords d’investissement et d’infrastructure. Depuis son lancement en 2012, il a été vivement controversé au sein de l’UE « telles les inquiétudes de voir la Chine instiller la division en exerçant son influence sur des Etats plus petits. Sur ces 16 pays européens, 11 sont membres de l’UE » expliquait le SCMP (South China Morning Post).
La domination chinoise prendra-t-elle en considération les intérêts essentiels de l’UE au lieu de chercher à la diviser? Il faudra suivre cette question.

Avec sa femme Brigitte, Macron s’est rendu plus tard à Pékin où le Président Xi Jinping et la Première dame Peng Liyuan ont accueilli le couple français à la résidence d’Etat de Diaoyutai. Au cours de de leur première rencontre, Xi a déclaré que la visite de Macron, sa première en Asie, a montré « son attention vigilante à la relation entre la Chine et la France ». Il est à noter que les Premières dames, Peng Liyuan et Brigitte Macron, étaient présentes lors de la rencontre, ce qui est plutôt inhabituel.  Le Président chinois a rappelé que la France a été la première puissance occidentale à rétablir des relations diplomatiques avec la république populaire de Chine en 1964. « Le Président Mao Zedong et le Général de Gaulle ont pris une décision historique avec une remarquable vision politique, en nouant des liens en 1964. La décision n’a pas seulement changé la face du monde à cette époque ». Xi a ajouté: » Dans cette nouvelle ère, nous devons suivre cet esprit de responsabilité envers l’histoire ». Il a insisté sur la volonté de la Chine de « construire une communauté avec un avenir partagé pour l’humanité…La France a des vues similaires » a-t-il complété.

Selon Xinhua, Macron a expliqué que « la France prendrait une part active dans la Nouvelle route de la soie ». Xinhua a noté dans le discours de Xi un monde rencontrant de grandes incertitudes et dans lequel la Chine pourrait collaborer étroitement avec la France sur des question internationales majeures. Cela « renforcerait la coopération dans le cadre de la Ceinture et de la Route. »
Macron a répondu que la France prendrait part à la Nouvelle route de la soie de la Chine: « Je suis venu pour dire à la Chine ma détermination à obtenir un partenariat Europe-Chine au cours du XXIe siècle » mais il a réitéré: »Je veux que nous définissions ensemble les règles d’un partenariat équilibré où tout le monde est gagnant. Nous devons d’abord décider du cadre ensemble ».

Devinez ce que le Président français à apporté à son homologue chinois. Un cheval du corps d’élite de la Garde républicaine.
Cela ne veut pas dire que le cheval a dompté le dragon.

On peut toutefois regretter que la visite du Président français en Inde, programmée au tout début Décembre, ait été reportée. L’Inde, et ses liens en France, aurait dû être le premier pays à recevoir le jeune et dynamique Président français.

Une occasion ratée?

Traduction France Tibet