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21/12/15 | 11 h 50 min par Maximillian Mørch

La situation des droits de l’homme pour les réfugiés tibétains au Népal

refugies

Un policier népalais renvoie un moine tibétain réfugié à Katmandou, Népal.

Katmandou – Le Népal et le Tibet chevauchent l’Himalaya, et depuis des centaines d’années des marchands franchissent les hauts cols pour aller d’un pays à l’autre. En raison des échanges commerciaux relativement importants avec les marchands de sel venant du Tibet et se rendant au Népal, les influences et les exemples de la culture tibétaine fleurissent depuis longtemps au Népal.

Dans la vallée de Mustang, Jigme Dorje Palbar Bista, dernier roi de l’ancien Royaume Bouddhiste, considère avec mépris ce qui fut la bataille de Platées du Tibet, même s’il n’a plus maintenant qu’un rôle honorifique. A Panauti, en lisière de la vallée de Katmandu, s’étend Namo Buddha, l’un des lieux de pèlerinage les plus sacrés, pour les bouddhistes, au Népal. Il abrite un impressionnant monastère tibétain qui domine l’horizon.

Monastères et pèlerins encerclent le Stupa de Boudhanath. Au niveau culturel, le Tibet est inextricablement lié au Népal d’une multitude de façons. Les marchands de sel parcourent le pays depuis des années dans le cadre de ce commerce ancestral. Nombre de groupes ethniques du Népal, tels les Sherpas, peuvent retracer leurs ancêtres jusqu’aux marchands tibétains. Pourtant, de nos jours, ce ne sont plus les marchands de sel qui font ce difficile voyage, mais, à leur place, les réfugiés tibétains.

En 1959, suite à l’invasion chinoise et à l’occupation du Tibet, des milliers de Tibétains ont cherché refuge au Népal. En raison de la répression politique et du manque de liberté religieuse, les réfugiés ont continué à faire ce voyage ardu à travers l’Himalaya jusqu’au Népal.

Cependant quand ils franchissent la frontière et entrent au Népal, ils ne sont plus accueillis à bras ouverts, et ils rencontrent une hostilité et une répression grandissantes. Un nombre croissant d’entre eux ne sont plus autorisés à résider ou à s’installer au Népal. Avant 1989, on accordait des cartes de réfugiés à tous les Tibétains, et ils pouvaient s’installer librement. Mais après 1989, le statut légal des réfugiés tibétains s’est détérioré avec, comme conséquence, qu’ils sont maintenant sans papiers et qu’ils n’ont plus la possibilité de travailler légalement, de posséder des biens, des entreprises ou même des véhicules.

Au cours des dernières années, on a recensé une augmentation des cas de répression, et d’atteintes aux libertés fondamentales pour les réfugiés tibétains vivant au Népal, ainsi que des restrictions de leur droit à manifester et de leurs demandes d’asile. En 1989, le pays a signé un accord informel qui stipulait que le Népal, en accord avec le HCR et le gouvernement tibétain en exil, autoriserait les Tibétains à traverser le Népal en attente de l’autorisation de rejoindre les communautés de réfugiés en Inde. Malgré cela, il y a eu, au cours des dernières années, plusieurs allégations selon lesquelles le Népal aurait violé les termes de cet accord et aurait renvoyé des réfugiés tibétains en Chine, où il est largement admis qu’ils risquent la répression, l’emprisonnement voire la torture.

Il y a actuellement à peu près 20 000 réfugiés vivant au Népal, pourtant, selon le HCR, ils n’ont aucun statut légal puisque le gouvernement n’a pas signé la Convention de 1951 relative aux réfugiés. Dans la mesure où l’absence de papiers revient à rendre très difficile pour les réfugiés tibétains d’obtenir un travail légal, ceux-ci font appel à l’aide ou aux dons pour survivre. Pourtant l’immense majorité d’entre eux préfèrerait travailler. Même s’il existe de nombreux groupes d’entraide sociale où les Tibétains réalisent des travaux d’artisanat et des tapis, l’écrasante majorité des sources de revenus leur sont fermées.

Au niveau politique, ils ont un manque chronique de représentation et d’accès à la justice. Le Congrès de la Jeunesse Tibétaine basé à Dharamshala est interdit au Népal, et parvient à exister dans une semi-clandestinité à Katmandou. Boudhanath, qui accueille la majorité des Tibétains au Népal, regorge d’informateurs et de caméra de surveillance. Des rapports de Human Rights Watch et de l’Organisation des Droits de l’Homme du Népal ont fait état de nombreuses atteintes à la liberté d’expression, à la liberté de manifestation, et à la liberté de réunion. Pékin exerce aussi une influence croissante, qui va de pair avec les investissements énormes de la Chine au Népal.

Ces fonds pour le développement et les infrastructures ont dans le même temps conduit à des restrictions de l’activité des Tibétains engagés politiquement. Lors de l’anniversaire du Dalaï Lama, ainsi que le 10 mars, date anniversaire du soulèvement tibétain de 2010, l’ambassade de Chine à Katmandou connaît une importante présence policière et aucune manifestation n’est tolérée à proximité.

Ces problèmes sont encore aggravés par le fait que le Népal est soumis à des obligations internationales de veiller sur ces réfugiés et d’améliorer leurs conditions. Même s’il n’a pas signé la Convention du HCR sur les réfugiés, le Népal est signataire du pacte international relatif aux droits civils et politiques, de la Convention des Droits de l’Enfant,  ainsi que de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Ces traités établissent l’obligation légale du Népal de respecter le principe de non-refoulement qui stipule que les réfugiés ne doivent pas être renvoyés de force dans un pays où leur vie et leurs libertés seraient menacées. Cela signifie qu’il existe un précédent juridique clair imposant au Népal de s’occuper des réfugiés tibétains et de ne pas les expulser. Ces réfugiés encourent un risque important de répression et on doit donc, d’un point de vue légal et éthique, leur accorder le droit de demeurer au Népal. Le traitement infligé par le Népal aux réfugiés tibétains est proscrit en vertu même de ses engagements juridiques internationaux.

Le Népal doit actuellement faire face à une avalanche de problèmes qui ne se limitent pas à la reconstruction de l’après tremblement de terre, à la crise politique, et à l’embargo sur le carburant. Le gouvernement népalais doit s’attaquer à toutes ces questions de manière pressante. Et dans ce contexte, les conditions de vie des réfugiés tibétains ne sont pas une priorité absolue pour les responsables gouvernementaux. Toutefois, en leur accordant des papiers, le gouvernement népalais enlèverait aux Tibétains un obstacle majeur et leur donnerait la possibilité d’être auto-suffisants et indépendants. Cela coûterait fort peu au Népal, et pourtant, cela ouvrirait la voie à des changements et des opportunités nouvelles considérables pour les Tibétains.

Lundi 30 novembre 2015, Maximilian Mørch, Tibet Post International.

Maximillian Mørch poursuit des études de troisième cycle. Il vit à Katmandou et publie des articles sur la gestion des catastrophes naturelles, les questions politiques et l’actualité.

Traduction Christine Heubert pour France Tibet